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Denise Bombardier sous-estimerait la population francophone du Manitoba

Ses cheveux sont blonds. Elle porte une chemise blanche et une veste noire.

Denise Bombardier

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Laïssa Pamou

Denise Bombardier semble avoir sous-évalué le nombre de personnes parlant français à la maison dans sa lecture des données du recensement de 2016 sur le plateau de l'émission Tout le monde en parle. En effet, les 16 000 personnes auxquelles elle a fait référence seraient plutôt 42 000, si on inclut tous les francophones dont le français n'est pas la principale langue parlée à la maison.

Le directeur général adjoint de la Société de la francophonie manitobaine (SFM), Jean-Michel Beaudry, explique que l’affirmation de Mme Bombardier exclut de nombreux francophones.

Il cite notamment les « familles exogames où un des conjoints est francophone, les jeunes de l’immersion qui ont appris le français et qui le parlent bien, les personnes issues de l’immigration qui ont une ou plusieurs autres langues maternelles, mais qui parlent très bien le français et certaines personnes qui travaillent même en français ».

Statistique Canada regroupe les personnes qui parlent français à la maison dans plusieurs catégories, en fonction de la prépondérance de la langue de Molière dans l'usage quotidien.

Parmi les catégories utilisées par Statistique Canada, mais laissées de côté dans l'évaluation de Denise Bombardier, celle des autres langues parlées régulièrement à la maison compte plus de 20 000 francophones dont le français n'est pas la principale langue utilisée dans les relations familiales.

M. Beaudry insiste sur l'importance d’inclure toutes les composantes de la francophonie dans le dénombrement de francophones, entre autres, pour des raisons affectives. Nous sommes un ensemble qui travaillait déjà ensemble, dit-il. Pour la communauté francophone du Manitoba, on se considère tous francophones.

Il note ensuite l'importance d'un dénombrement complet afin d'assurer l’offre de service en français, qu'il considère comme un gage de la vitalité de la langue et de l’épanouissement dans la langue.

Il explique que le nombre de francophones recensés au Manitoba a une conséquence directe sur l’offre de services fédéraux et provinciaux en français. Si on se limite au nombre le plus petit, ça se traduit par une baisse de services, précise-t-il.

M. Beaudry déplore en outre certains propos tenus à l'égard de jeunes francophones hors Québec par Mme Bombardier à Tout le monde en parle.

D'une Franco-Ontarienne rencontrée lors du tournage du documentaire, elle a déclaré : « Si elle croit que la langue qu’elle doit parler, c’est la langue dans laquelle elle m’a parlé, il n'y a pas d’avenir pour elle en français, qu’elle parle tout de suite en anglais! »

M. Beaudry souligne que ce type de propos renforce l’insécurité linguistique. Quand on se fait dire qu’on parle mal notre langue, ça ne va pas nous encourager à essayer de préserver cette langue.

Il raconte que de nombreux Franco-Manitobains ont perdu leur langue par le passé à cause de reproches pareils.

Lorsqu’il y a eu l’abolition de l’enseignement de la langue française, beaucoup de personnes se faisaient dire que leur français n’était pas au niveau, et il y a eu une génération complète qui a perdu la langue.

Jusqu’à présent, il ajoute qu’il y a encore « beaucoup de personnes qui connaissent la langue, mais qui vont refuser de la parler en public ou même de mentionner qu’elles sont bilingues lors du recensement si on arrive à leur faire croire que leur français n’est pas bon ».

Le nombre de personnes capables de soutenir une conversation en français au Manitoba, selon Statistique Canada, est d’environ 110 000.

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