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Santé des demandeurs d'asile vivant à Montréal : un rapport dénonce des lacunes

Une file de demandeurs d'asile à la frontière entre les États-Unis et le Canada.

Cette photo prise en août 2017 montre une file de demandeurs d'asile qui attendent de franchir un point de contrôle installé au bout du chemin Roxham, à Saint-Bernard-de-Lacolle.

Photo : Reuters / Christinne Muschi

Isabelle Maltais

L’augmentation importante des demandes d’asile à Montréal depuis les deux dernières années a conduit la Direction régionale de santé publique à se pencher sur leurs conditions de vie et de santé. Dans un premier rapport publié lundi sur les demandeurs d’asile, réfugiés et migrants à statut précaire montréalais, celle-ci tente de cerner de quelle façon elle pourrait mieux adapter les services qui leur sont offerts.

« Clairement, on a des défis pour les enfants nés de parents à statut précaire, les femmes enceintes et tout ce qui est l’accès à des services pour protéger les gens contre les maladies infectieuses, que ce soit vaccination, tuberculose, maladies transmises sexuellement. On doit s’assurer que ces gens-là ont accès au traitement », explique Mylène Drouin, directrice régionale de santé publique pour la région de Montréal.

« On voit qu’il y a beaucoup de barrières d’accès à certains services de santé et de services sociaux. […] Comme la capacité d’avoir un interprète pour bien traduire durant les rendez-vous, et toute l’adaptation culturelle des services à ces communautés », poursuit-elle.

Point positif cependant, ces populations sont assez jeunes, ce qui fait qu’en majorité, ils n’ont pas de graves problèmes de santé. Selon le rapport, en 2018, 67 % des demandeurs d’asile avaient entre 18 et 64 ans et 27 % avaient entre 0 et 12 ans.

Le document note également que selon les examens médicaux d’immigration passés par ces derniers entre avril 2017 et septembre 2018, 87 % n’avaient aucun problème médical. L’hypertension et le diabète ont été les diagnostics les plus fréquents chez l’autre 13 %.

Selon Mylène Drouin, toutefois, la situation n’est pas si simple, et leurs conditions de vie « plus défavorables » que celles des autres Montréalais pèsent sur leur santé.

« Au départ, ils consultent moins [de médecins] et donc ils ont des besoins en santé non comblés. Ils travaillent beaucoup dans les premières années à s’intégrer, à intégrer les enfants à l’école. […] Ils ont des conditions de vie plus défavorables, que ce soit lié au logement ou au faible revenu. […] On voit avec les années qu’il y a des enjeux de santé et de santé mentale qui resurgissent », dit-elle.

On peut d’ailleurs lire dans le rapport que « dès les premières années suivant l’arrivée des réfugiés au pays, leur santé tend à se détériorer ».

Les chercheurs ont basé leur constat sur « une étude longitudinale canadienne » qui rapporte que six mois après leur arrivée au pays, 6 % des réfugiés déclaraient un état de santé passable ou mauvais. Cette proportion était de 12 % quatre ans plus tard.

Mais c’est la santé mentale qui semble le plus ébranlée chez les réfugiés au fil des ans. Alors 8 % des réfugiés rapportaient la présence de nouveaux problèmes de santé mentale ou émotionnelle au cours des six mois suivant leur arrivée au Canada, ils étaient 37 % quatre ans plus tard.

Du positif

Mylène Drouin tient cependant à faire remarquer que le taux d’emploi des réfugiés, soit les demandeurs d'asile qui ont vu leur demande acceptée, est « encourageant ».

« Ils arrivent quand même avec les années à avoir un taux d’emploi qui avoisine celle de la population générale montréalaise, malgré le fait qu’ils ont des barrières à l’emploi, que ce soit la langue ou les enjeux de discrimination », dit-elle.

Mme Drouin voit aussi d'un oeil favorable leur sentiment d’appartenance à la société d’accueil, « qui est plus élevé que les non-immigrants ».

« Ce sont des populations qui sont reconnaissantes d’être ici, qui se sentent parties prenantes de la société d’accueil. Donc c’est vraiment un groupe qui s’intègre quand même très bien avec les années », remarque-t-elle.

Montréal, terre d’asile

Le rapport montre que les demandes d’asile ont un fait un bond important à Montréal entre 2016 et 2017, après six ans d’un volume plutôt stable, passant de 4240 à près de 22 000.

Les demandes d’asile, qui ont encore augmenté en 2018, à près de 27 000, pourraient cependant être en voie de diminuer en 2019, puisque de janvier à juin seulement 6000 demandes avaient été enregistrées.

En 2017, les demandeurs d’asile étaient principalement originaires d’Haïti, du Nigéria et des États-Unis. Ils provenaient plutôt du Nigéria, de l’Inde et du Mexique en 2018.

Avec les informations de Marie-Ève Cousineau

Grand Montréal

Immigration