•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Saint-Boniface-Saint-Vital : duel libéral-conservateur dans une circonscription baromètre

Les candidats dans Saint-Boniface-Saint-Vital Daniel Vandal et Réjeanne Caron.

Les candidats dans Saint-Boniface-Saint-Vital Daniel Vandal et Réjeanne Caron

Photo : Radio-Canada

Thibault Jourdan

Souvent considérée comme une circonscription baromètre, Saint-Boniface-Saint-Vital fluctue régulièrement au gré des courants électoraux qui forment les gouvernements à Ottawa.

Six candidats se présentent dans cette circonscription, qui compte 89 818 habitants, selon Statistique Canada.

Une carte représentant les différentes circonscriptions à Winnipeg.

Une carte représentant les différentes circonscriptions à Winnipeg.

Photo : Radio-Canada

Seuls les candidats libéral et conservateur semblent pouvoir réellement l’emporter, selon le professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface Raymond Hébert.

Historiquement, c’est une circonscription libérale, mais je pense qu’aujourd’hui cette caractéristique vaut moins qu’auparavant, analyse-t-il.

Depuis 1997, la circonscription a en effet été détenue par le Parti libéral pendant 15 ans. Seule Shelly Glover a réussi à se faire élire en tant que conservatrice entre 2008 et 2015.

Les candidats dans Saint-Boniface-Saint-Vital

  • Réjeanne Caron - Parti conservateur
  • Billie Cross - Nouveau Parti démocratique
  • Ben Linnick - Parti vert
  • Daniel Vandal - Parti libéral
  • Adam McAllister - Parti populaire
  • Baljeet Sharma - Indépendant

Des Métis francophones face à face

Dans son bureau de campagne situé en face de l’énorme temple hindouiste sur le chemin Sainte-Anne, Réjeanne Caron discute des derniers détails avec ses bénévoles avant de faire du porte-à-porte. La candidate conservatrice, policière au sein des forces de l’ordre de Winnipeg, s’est lancée dans la course fédérale sur le tard. C’est Shelly Glover qui m’a approchée, raconte-t-elle.

Elle a un peu le même profil que Shelly Glover, souligne Raymond Hébert. Elle a passé 25 ans dans le service de police.

Réjeanne Caron se définit comme métisse. La langue française est très importante. Tout comme ] notre histoire, notre héritage.C’est ce que je veux expliquer à tout le monde, dit-elle.

Réjeanne Caron et Michelle Rempel installent une pancarte électorale sur une pelouse.

Réjeanne Caron et Michelle Rempel installent des pancartes électorales et font du porte-à-porte dans Saint-Boniface-Saint-Vital.

Photo : Radio-Canada / Thibault Jourdan

Au cours de ses rencontres avec les électeurs, certaines préoccupations reviennent régulièrement, comme une réforme de la Loi sur les langues officielles (LLO). Ça, c’est important pour certaines personnes que j’ai rencontrées et je veux être une voix forte pour la LLO, assure-t-elle. 

Face à elle, son opposant le plus sérieux est le député libéral sortant Daniel Vandal. C’est clair que les deux partis principaux à Saint-Boniface sont les conservateurs et les libéraux, confirme Raymond Hébert. Les néo-démocrates ne sont pas du tout dans la course, contrairement à d’autres circonscriptions.

Radio-Canada a d’ailleurs tenté d’entrer en contact à de multiples reprises avec la candidate du Nouveau Parti démocratique, Billie Cross, sans succès.

Moins d’énergie qu’en 2015

Ancien conseiller municipal du quartier de Saint-Boniface à la Ville de Winnipeg, Daniel Vandal est bien connu des francophones dans la circonscription et il est, lui aussi, Métis.Je pense que c’est peut-être la seule circonscription au Canada où il y a deux Métis francophones qui s’affrontent dans cette élection, relève, amusé, Raymond Hébert.

Pour le député sortant, la réélection n’est pas forcément assurée. Comparé à l’élection d’il y a quatre ans, il ne ressent pas vraiment l’énergie [qui a porté les libéraux au pouvoir] en 2015, admet-il.

Il ne va toutefois pas jusqu’à qualifier sa campagne de difficile. Ça fait des mois qu’on cogne aux portes et on a vraiment un bon feedback des gens du quartier, se défend Daniel Vandal. [Mais] c’est plus facile quand tu es nouveau et que tu n’as rien à défendre.

Daniel Vandal pose devant une porte.

Daniel Vandal tente de se faire réélire dans la circonscription de Saint-Boniface-Saint-Vital.

Photo : Radio-Canada / Gilbert Rowan

Pour séduire les électeurs, le candidat libéral mise sur l’éducation, la petite enfance et les infrastructures. On sait que, pour retenir la langue française, c’est important que nos jeunes grandissent en français.

Vient ensuite l’immigration, pour maintenir la vitalité du français. À Saint-Boniface, on est en présence d’une langue officielle en situation minoritaire et on se fie en partie sur un meilleur système d’immigration pour continuer à faire grandir la langue française, ajoute-t-il.

La prise de position la plus catégorique que prend le candidat sortant, conscient du fait qu’il représente une communauté linguistique minoritaire, concerne la loi sur le bilinguisme des juges à la Cour suprême. Je ne vois rien de mal avec une telle loi, et personnellement, j’appuie ça, déclare-t-il. C’est essentiel que chaque juge qu’on nomme à la Cour suprême soit bilingue.

Perte du poids francophone

Il reste que les candidats s’affrontent dans une circonscription en pleine mutation. De nouveaux quartiers surgissent dans le sud-est de Saint-Boniface-Saint-Vital chaque année et la circonscription a gagné 5000 résidents entre 2011 et 2016.

Le déséquilibre entre le coeur de la circonscription et les nouveaux quartiers est plus important à chaque élection. Le facteur qui change le plus le visage de la circonscription, ce sont les nouvelles subdivisions. Ces endroits-là sont très différents démographiquement du vieux Saint-Boniface, par exemple, qui reste stable, analyse Raymond Hébert.

Le politologue Raymond Hébert.

Selon le politologue Raymond Hébert, la circonscription Saint-Boniface-Saint-Vital est une circonscription baromètre pour les élections provinciales.

Photo : Radio-Canada

C’est d’ailleurs ces nouvelles banlieues qui pourraient peut-être le plus faire basculer à nouveau la circonscription dans le camp conservateur. Les banlieues riches ont tendance à voter conservateur, rappelle l’analyste politique. Je pense que les châteaux forts conservateurs sont dans le sud de cette circonscription.

Ces changements démographiques s’accompagnent aussi d'une perte du poids des francophones. Au fédéral pourtant, Saint-Boniface Saint-Vital représente l’une des seules circonscriptions où il y a une population francophone importante, voire peut-être la seule dans l’Ouest canadien, souligne le politologue.

Pourtant, les francophones sont en perte de vitesse sur l’échiquier politique, estime Raymond Hébert. Ils représentent environ 12 % de la circonscription et c’est constamment en baisse. Par ailleurs, ils ont tendance à se diviser entre plusieurs partis, ce qui n’était historiquement pas le cas, dit-il.

Le professeur émérite à l’Université de Saint-Boniface ne serait donc pas étonné si Saint-Boniface-Saint-Vital changeait de couleur dans moins de deux semaines. À Winnipeg, à la dissolution de la Chambre, il y avait sept députés libéraux sur huit circonscriptions. On peut s’attendre à ce que plusieurs circonscriptions changent de main, et Saint-Boniface-Saint-Vital pourrait en faire partie.

Manitoba

Politique fédérale