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Les remords d’un fraudeur, les regrets d’une victime

Un ex-fraudeur d’un centre d’appels en Inde se confie.

Puneet Malik à l'extérieur

Puneet Malik prend conscience des conséquences des fraudes sur des consommateurs.

Photo : Radio-Canada

François Sanche
Mélissa Pelletier

Puneet Malik, de New Delhi, dit avoir escroqué des Canadiens pendant trois ans. Un métier payant, mais qui pèse lourd sur la conscience. Aujourd’hui, il dénonce les fraudes des centres d’appels. L’émission Marketplace de CBC, en collaboration avec La facture, a recueilli son témoignage.

De plus en plus de gens connaissent le piège des appels frauduleux de l’Inde, mais encore aujourd’hui, un grand nombre de citoyens mal informés se font avoir et paient de faux techniciens, sous la pression de menaces. Dans certains cas, les victimes acceptent de payer un montant pour un antivirus inexistant ou acceptent de rembourser une dette fictive à l'Agence du revenu du Canada.

Plus de fraudes, plus de revenus

Puneet Malik affirme avoir fait ses premiers appels pour escroquer des Canadiens alors qu’il avait 18 ans, et avait besoin d’argent pour vivre. Il reconnaît aujourd’hui avoir été stupide, mais... frauder est payant. Il s’agissait d’un travail de vente à commission; plus un fraudeur fait payer, plus il se fait payer.

Publicité frauduleuse sur le web

L’ancien fraudeur a expliqué à nos collègues de Marketplace que des sites frauduleux se faufilent parmi les tout premiers résultats dans les moteurs de recherche sur le web. De faux sites d’aide technique Microsoft attirent les victimes, qui tombent dans le panneau. Lors de notre entrevue, Puneet Malik en a fait la démonstration en tapant les mots clés Microsoft Support Canada dans Google. Des publicités frauduleuses sont apparues dans les premiers résultats.

Le consommateur va cliquer sur le lien et appeler au numéro apparaissant sur le site en pensant qu’il s’agit de Microsoft. Une fois qu’il appelle, il est piégé.

Puneet Malik, ex-fraudeur d’un centre d’appels

Double fraude possible

Les fraudeurs n’ont pas pour seul objectif de vendre un antivirus bidon. Ils profitent de l’accès à l’ordinateur pour voler les renseignements personnels de leurs victimes, ce qui les expose à plusieurs dangers, comme le vol d’identité.

Les fraudeurs fouillent les données et les documents comme des copies de passeport ou de déclaration de revenus. La victime semble avoir eu des problèmes avec l’impôt? On la ciblera avec la fraude de l’Agence du revenu du Canada.

France Bouffard assise sur un divan.

France Bouffard est une victime d'appels frauduleux.

Photo : Radio-Canada

France Bouffard a reçu l’appel d’une entreprise bidon en support informatique. Elle explique : Apparemment, ils avaient détecté sept cents et quelques virus. Et là [la technicienne] dit : "maintenant il faut que je les détruise ces virus-là".

Après 3 heures passées au téléphone, cette fausse technicienne a fini par réclamer 399 $ US à France Bouffard pour le travail accompli et pour l’installation d’un antivirus.

Intrusion et risque de vol de données

Mais après avoir fait analyser le contenu de son ordinateur par un spécialiste en informatique, Mme Bouffard a compris qu’aucun antivirus n’avait été installé. Elle venait de se faire escroquer.

C'est du vol, c'est une prise d'argent. Ils disent avoir fait des choses, mais dans le fond il n'y a rien qui a été fait, affirme le technicien.

Sans compter que les fraudeurs en ont peut-être profité pour voler ses données.

Sitôt [qu’un fraudeur] prend le contrôle de l'ordinateur, c'est là que c'est dangereux. Tu vois la souris se promener et tu le vois faire quelque chose. C'est dangereux.

Patrick Couture, de Wel.com Informatique

Le risque est quand même [élevé] parce que la première affaire qu'ils vont vérifier, la première place, c’est "Mes documents”.

Patrick Couture, de Wel.com Informatique
Patrick Couture de profil.

Patrick Couture de Wel.com Informatique

Photo : Radio-Canada

La perspective de voir ses données aux mains de fraudeurs inquiète Mme Bouffard. J'ai mal au coeur, a-t-elle dit.

Puneet Malik en sait quelque chose. Les fraudeurs compilent les données des victimes : vous avez le nom de la victime, son numéro de téléphone, son courriel, l’adresse où elle vit.

Une mine d’or d’informations, revendue par la suite à d’autres, qui tenteront à leur tour d’escroquer à nouveau ces victimes en ciblant encore mieux leurs points faibles.

Remboursement malgré la fraude

Grâce à l’analyse de son technicien, France Bouffard a pu demander un remboursement à l’entreprise et contre toute attente, elle l’a obtenu. Aujourd’hui, cette entreprise n’existe plus. Selon des experts consultés à ce sujet, Mme Bouffard a fait sa réclamation au bon moment; une entreprise criminelle remboursera rapidement les premières victimes pour ne pas éveiller les soupçons des émetteurs de cartes de crédit, et continuer d’escroquer le plus de gens possible, avant de disparaître.

France Bouffard a aussi annulé sa carte de crédit. Depuis cette mésaventure, elle a reçu quelques appels. Cela indique que son nom figure dans la liste de ceux qui sont tombés dans le panneau, qu’on peut tenter d’arnaquer une deuxième fois. Oui ils m'ont rappelée. J'ai reconnu quasiment la voix de la personne. Elle s'est nommée et a dit : “pour Computer Windows”. Là, j'ai dit : “Non. Vous m'avez déjà poignée, merci”.

Des remords

L’ex-fraudeur Puneet Malik regrette d’avoir escroqué des Canadiens et des Américains. C’est pourquoi il a décidé de dénoncer la situation, pour sensibiliser la population. Si vous devenez conscients de ces pièges, si vous arrêtez de payer, cette industrie va s’effondrer et disparaîtra.

Puneet Malik et le journaliste David Common assis côte à côte.

Puneet Malik et le journaliste David Common regardent une vidéo sur un téléphone cellulaire.

Photo : Radio-Canada

L’Inde, plaque tournante des centres d’appels

Beaucoup d’entreprises occidentales ont délocalisé leurs centres d’appels en Inde. Ce pays a donc développé un savoir-faire qui a aujourd’hui un revers, en servant la criminalité.

Les employés qui travaillent dans ces schèmes frauduleux pendant quelques semaines ou quelques mois peuvent ensuite retrouver un emploi dans des centres d'appels tout à fait légitimes. Ils peuvent alterner entre activités criminelles et emplois légitimes.

Benoît Dupont, titulaire de la Chaire de recherche en prévention de la cybercriminalité de l’Université de Montréal

Selon une étude de l’Université Stony Brook dans l'État de New York, 85 % des fraudes de type Microsoft proviennent de l’Inde.

Beaucoup de victimes au Canada

L’an dernier, plus de 1480 Canadiens ont porté plainte auprès du Centre antifraude du Canada pour dénoncer des escroqueries liées à du soutien informatique. Les pertes sont évaluées à près de 900 000 $ en 2018, mais le Centre antifraude reconnaît que ses statistiques ne représentent probablement que 5 % de l’ampleur réelle du phénomène.

Le reportage du journaliste-animateur François Sanche, de la journaliste à la recherche Melissa Pelletier et du réalisateur Benoît Giasson est diffusé à l'émission La facture le mardi à 19 h 30.

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