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Les Noirs, les Autochtones et les Arabes fortement discriminés par le SPVM

Sylvain Caron, chef du Service de police de la Ville de Montréal, lors de la publication du rapport, lundi

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Romain Schué

Les Noirs, les Autochtones et les jeunes Arabes sont particulièrement victimes de « biais systémiques liés à l’appartenance raciale » par les agents du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM), selon un rapport mené par des chercheurs indépendants. Le chef du SPVM reconnaît être « très préoccupé » par cette situation.

Globalement, les personnes autochtones et noires ont « entre quatre et cinq fois plus de chances » d’être interpellées, par rapport aux personnes blanches.

Tel est le principal constat d'un rapport rendu public lundi et qui a été réalisé par des chercheurs mandatés par la Ville de Montréal.

Ces derniers ont analysé les interpellations réalisées par les policiers montréalais durant quatre ans, entre 2014 et 2017. Le résultat est frappant.

Alors que les interpellations ont globalement augmenté de 143 % durant cette période (de 19 000 à 45 000), celles visant les personnes non blanches ont explosé.

Un quart de ces interpellations concerne des personnes noires, alors qu’elles représentent moins de 10 % de la population montréalaise.

« Les personnes noires et arabes sont nettement sur-interpellées », est-il noté dans ce document. La « minorité noire » est d’ailleurs « interpellée de manière très disproportionnée par rapport à la taille de sa population ».

Les jeunes Arabes âgés de 15 à 24 ans ont quant à eux quatre fois plus de risques que les jeunes Blancs d’être interpellés sur l’île de Montréal.

Ce ratio est encore plus important avec les femmes autochtones, qui ont 11 fois plus de risques d’être interpellées que les femmes blanches.

Les chercheurs, qui refusent d'utiliser le terme profilage racial, évoquent plutôt une discrimination systémique  au sein des forces de l'ordre montréalaises.

Victor Armony assiste à la conférence de presse.

Le chercheur Victor Armony a participé à la rédaction du rapport sur les interpellations policières à Montréal.

Photo : Ivanoh Demers

Un rapport réclamé sous l’administration Coderre

Ce rapport a été réclamé en septembre 2017 par une commission municipale, sous l’ancienne administration dirigée par Denis Coderre. Une équipe de trois chercheurs indépendants a ainsi été formée pour se pencher sur la mesure du profilage racial au SPVM : Mariam Hassaoui (Université TELUQ), Victor Armony (UQAM) et Massimiliano Mulone, (UdeM). Les travaux ont duré près d’un an. Ces chercheurs ont cependant noté qu’il n’a pas été possible d’analyser les motifs des interpellations. Par ailleurs, ont-ils souligné, ces résultats ne sont pas complets puisqu'ils n’ont pu avoir accès aux interpellations qui n’ont pas été enregistrées. Impossible, ont-ils expliqué, d’en connaître le volume précis.

Le SPVM promet d'agir « rapidement »

Le chef du SPVM, Sylvain Caron, a admis être « très préoccupé » par ces résultats.

Il est possible que les chiffres dévoilés aujourd'hui choquent et je le comprends très bien.

Sylvain Caron, chef du SPVM

Le patron de la police de la métropole, en poste depuis la fin de 2018, a cependant nié toute possibilité de racisme au sein de ses troupes.

Moi, je vous dis qu’on n’a pas de policiers racistes. On a des policiers qui sont des citoyens et qui nécessairement ont des biais, comme tous les citoyens peuvent avoir, a-t-il affirmé.

Alors qu'il avait admis, en décembre l'an passé, qu'il y avait peut-être du profilage racial au sein du SPVM, Sylvain Caron a refusé de s'avancer sur ce sujet.

Il a néanmoins promis des actions concrètes et rapides, en s'appuyant sur les recommandations de ces chercheurs, qui vont être appelés à réaliser de nouvelles études, dès février 2020, afin de comprendre les « causes organisationnelles ».

Une politique d'interpellation verra ainsi le jour en mars 2020. Elle sera accompagnée d'une équipe de policiers spécialisés dans les interventions auprès des communautés culturelles, a-t-il ajouté.

Par ailleurs, le SPVM lancera, en mai, un sondage mené par un organisme externe, afin de mesurer les relations entre les citoyens et les policiers montréalais.

Ce rapport est publié moins d'un an après le dévoilement par le SPVM d'un plan pour lutter contre le profilage racial et social. En août, un recours collectif en lien avec des accusations de profilage racial, lancé par la Ligue des Noirs du Québec contre la Ville de Montréal et le SPVM, a par ailleurs été autorisé par la Cour supérieure.

Les cinq recommandations faites au SPVM :

  • se doter d’une politique en matière d’interpellation;
  • produire et rendre public un rapport annuel présentant l’évolution des statistiques de traitement différencié;
  • développer des modalités complémentaires de suivi en matière de profilage racial;
  • intégrer la question du profilage racial à l’ensemble des plans, programmes et pratiques;
  • continuer les efforts d’intégration de la question du profilage systémique à la formation policière.

Choquant, selon la mairesse Plante

Au pouvoir depuis 2017, soit la dernière année observée par ces chercheurs, la mairesse de Montréal, Valérie Plante, a avoué elle aussi être troublée par ces données.

Ce qui en ressort est choquant, a-t-elle confié. Ces données ne représentent en rien la Ville que l'on veut.

On voit qu’il y a clairement un problème de fond qui entraîne des discriminations systémiques. Pendant des années, élus et corps policier n’ont pas suffisamment pris au sérieux cet enjeu social d’importance.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Assurant qu'il n'y a désormais plus de faux-fuyants, Valérie Plante a exhorté son corps policier d'accepter la réalité pour évoluer positivement.

La mairesse n'a cependant pas voulu s'avancer, pour le moment, sur d'éventuels quotas ou obligations pour le SPVM de recruter davantage de minorités visibles au sein de ses effectifs. Des discussions sont menées sur ce sujet avec le directeur Sylvain Caron, a-t-elle précisé, tout en mentionnant que le taux de diversité stagne depuis 10 ans.

Ça suffit, a-t-elle clamé.

Selon le dernier rapport annuel du SPVM, seulement 8,2 % des policiers proviennent de communautés autochtones ou sont issus de minorités visibles, contre près d'un tiers de la population montréalaise.

L'opposition officielle, Ensemble Montréal, a abondé dans le même sens, en évoquant une situation très alarmante. L'élu Abdelhaq Sari a par ailleurs fait part des regrets de sa formation politique après l'abandon, par l'administration Plante, d'un projet de caméras portatives pour les policiers.

Après des essais jugés non concluants, la Ville de Montréal a décidé l'hiver passé de ne pas aller de l'avant en raison notamment de coûts trop élevés et d'un système qui ne serait pas encore au point.

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