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Denise Bombardier : « Le gossage, c’est de parler une langue à peu près inintelligible »

Denise Bombardier

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Patrick Lacelle

En octobre 2018 sur le plateau de Tout le monde en parle, Denise Bombardier a affirmé que « toutes les communautés francophones ont à peu près disparu » au Canada. De nouveau interviewée par Guy A. Lepage à l’émission dimanche soir, elle a jeté de l’huile sur le feu.

Denise Bombardier est allée à la rencontre des communautés francophones du Canada à l’extérieur du Québec pour réaliser un documentaire. Cette tournée pancanadienne ne lui a pas fait changer d'idée, au sujet de la viabilité de ces communautés.

Au terme de ce voyage à travers la francophonie hors Québec, ai-je changé d’opinion? Pas vraiment, dit-elle. Une question demeure : serons-nous encore des francophones dans 50 ans? demande-t-elle dans le film.

En entrevue dimanche, pour parler du documentaire Denise au pays des francos (Nouvelle fenêtre), elle a souligné qu'elle constate une diminution de la population francophone au Canada et une régression de la qualité de la langue.

Dans le film, Mme Bombardier explique à une intervenante manitobaine que les francophones comptent pour seulement 3 % de la population de cette province. La dame rétorque qu’ils sont 10 %. L'écrivaine rappelle également dans le film qu’à l’époque de Louis J. Robichaud, les francophones comptaient pour 42 % de la population au Nouveau-Brunswick et qu’aujourd’hui ils ne sont que 32 %.

C’est sûr qu’il y a des gens qui n’aiment pas les chiffres parce qu’ils ont le sentiment qu’ils se battent et qu’ils existent. Madame est très enthousiaste dans son combat. D’ailleurs, je dois vous dire que son combat est impressionnant, a-t-elle lancé dimanche soir.

Lors de son plus récent passage à Tout le monde en parle, Mme Bombardier a aussi critiqué la qualité du français parlé dans les milieux minoritaires où souvent l’anglais influence la langue de Molière.

Le gossage, c’est de parler une langue à peu près inintelligible pour nous et de dire que le français qu’on parle, c’est ça.

Denise Bombardier

Le chiac, c’est une langue qui appartient à ceux qui la parlent, mais c’est incommunicable. Si vous voulez sortir de là et venir ici… Demandez un taxi en chiac à Montréal, personne ne va vous comprendre, a-t-elle ajouté.

Elle a de plus attaqué les compétences linguistiques d’une jeune intervenante d’Ottawa, Caroline Gélineault, dans son documentaire.

Il n’y a pas d’avenir pour elle en français, qu’elle parle tout de suite en anglais, a déclaré Mme Bombardier.

Une pluie de réactions en Acadie

Le portrait d'un homme dans un stationnement

Yves Doucet, enseignant

Photo : Radio-Canada / Guy LeBlanc

Yves Doucet, un enseignant et un des intervenants dans le documentaire de Mme Bombardier, croit que l'écrivaine est allée trop loin dans ses commentaires concernant la qualité de la langue.

Je sens que Mme Bombardier est dérangée par le fait qu'il n'y a pas assez de gens qui parlent français comme elle.

Yves Doucet

Louise Imbault est présidente de la Société nationale de l'Acadie et elle a également été interviewée dans le cadre du documentaire. Comme pour M. Doucet, elle soutient qu'il existe plusieurs niveaux de langue et qu'il faut le reconnaître.

Ça fait 50 ans qu'on prédit notre disparition et ça fait 50 ans qu'on sait très bien qu'on va rester [...] parce qu'il y a une histoire, parce qu'il y a une coutume, parce qu'il y a culture et parce qu'on a choisi de vivre en français. On va continuer de le faire et on va continuer et le transmettre à nos enfants, a déclaré Mme Imbault.

Pourquoi on donne deux fois à la même personne l'occasion de dire quelque chose et qu'on n'a pas fait appel aux communautés pour répondre elles-mêmes aux commentaires, a-t-elle par ailleurs déploré.

Le président de la Société de l'Acadie du Nouveau-Brunswick, Robert Melanson, abonde dans le même sens. Envoyer des gens du Québec, venir nous dire qu’on va mourir pendant qu’on est en train, de nous, lutter pour notre survie, je trouve ça disgracieux.

Venir avec de pareils propos, moi je trouve que c’est une attitude colonialiste fin 19e siècle, a-t-il renchéri.

Les propos de Denise Bombardier ont aussi fait grandement réagir sur les médias sociaux.

Premièrement, je ne vois pas pourquoi on s'acharne à convaincre Mme Bombardier... Arrêtons de perdre notre temps avec cette dame et lui donner de l'importance et dépensons nos énergies à conserver notre langue et se battre dans notre province pour contrer les effets de notre gouvernement et autres. Quel temps perdu, écrit une internaute, Fleurette Landry.

D'autres disent partager les inquiétudes de l'écrivaine.

La Québécoise a cependant salué le combat des francophones hors Québec, qui font face à un climat politique difficile en ce moment.

C’est vrai que quand t’es obligé tous les jours de te battre et quand tu te retrouves par exemple, actuellement, à cette période-ci, au Manitoba, au Nouveau-Brunswick, en Alberta et en Ontario... Les premiers ministres sont anti-français. On le sait. Et, tout ce qu’ils peuvent faire et qu’ils essaient de faire, c’est de diminuer les services en français, a conclu Mme Bombardier.

Denise Bombardier en entrevue au Téléjournal Acadie

Le documentaire Denise au pays des francos peut être visionné sur Tou.tv (Nouvelle fenêtre).

Avec les informations de Wildinette Paul et de Michèle Brideau

Nouveau-Brunswick

Francophonie