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La pêche aux anguilles se meurt à l’Île-du-Prince-Édouard

Robert Henderson dirige son bateau dans l'eau.

Robert Henderson n'a pas connu de pire saison depuis 50 ans.

Photo : CBC/Pat Martel

Radio-Canada

Robert Henderson, un pêcheur d’anguilles de Kildare River, dans l’ouest de l’Île-du-Prince-Édouard n’a pas connu de pire année en 50 ans de carrière. L’effondrement des prix l’a poussé, comme d’autres, à retirer ses filets de l’eau la semaine dernière.

La saison de pêche aux anguilles devait se terminer le 25 octobre, mais il ne sert à rien de continuer à pêcher, compte tenu de la faiblesse des prix, selon M. Henderson, l’un des quelque 50 pêcheurs d’anguilles de l’Île.

C’est une activité que j’aime, mais on dirait que la pêche aux anguilles se meurt, dit-il. J’aimerais bien que quelqu’un puisse nous trouver de nouveaux acheteurs quelque part!

Les prix se sont effondrés à cause d’une surabondance de l’espèce sur les marchés.

La situation a bien changé

Cette pêche a connu de meilleurs jours : en 1990, les pêcheurs de l’Île-du-Prince-Édouard ont capturé 124 tonnes métriques d’anguilles. Ce volume avait chuté à 68 tonnes métriques en 2017, bien que la valeur des prises soit passée de 390 000 $ à 516 000 $.

Robert Henderson songe à remettre ses dernières prises à l’eau, de même que les anguilles qu’il conserve dans neuf grandes cages en mer, qui contiennent chacune 45 kilos d’anguilles.

Des cages en mer contenant des anguilles.

Certains pêcheurs de l'Île-du-Prince-Édouard conservent une partie de leurs prises dans des cages en mer en espérant que la demande s'améliore.

Photo : CBC/Pat Martel

Il ne semble pas y avoir grand marché pour elles, donc il est très difficile de les vendre en ce moment.

Robert Henderson, pêcheur d'anguilles

Il y a peut-être surabondance d’anguilles sur les marchés mondiaux, mais elle ne se constate pas dans la rivière Kildare, selon M. Henderson.

La faiblesse des prises contraste avec la situation au début de sa carrière de pêcheur, dit-il. Les anguilles étaient tellement nombreuses qu’il pouvait remplir son bateau avec les prises de seulement trois filets. Pour obtenir le même volume aujourd’hui, il lui faut pêcher une saison entière, précise-t-il.

Et les prix ont suivi la même courbe descendante que les prises. Il y a 7 ans, il recevait 3 $ la livre; c’est maintenant 1 à 2 $, selon la taille des anguilles.

Il n’y a plus beaucoup d’argent à faire [dans cette pêche]. Lorsqu’on déduit le coût du carburant et de tout le reste, et des filets s’il faut en acheter ou en fabriquer [il ne reste plus beaucoup d’argent].

Des anguilles entremêlées dans un panier.

Les paniers des pêcheurs se remplissent beaucoup moins vite qu'il y a quelques années.

Photo : CBC/Pat Martel

Des marchés saturés

Ce qui a changé la donne, c’est la reprise des populations d’anguilles en Europe. « Ils ont d’excellentes prises », lance Paul Filminger, porte-parole de l’entreprise South Shore Trading de Port Elgin, au Nouveau-Brunswick, qui achète la plupart des anguilles pêchées au Canada atlantique.

La Nouvelle-Zélande a d’excellentes prises, les États-Unis aussi, et nous devons faire concurrence à toutes ces industries.

Paul Filminger, porte-parole de l’entreprise South Shore Trading, acheteur d'anguilles

La Chine s’est d’autre part mise à faire de l’élevage d’anguille pour satisfaire à la demande intérieure.

La demande sur les marchés internationaux s’est donc tarie, explique M. Filmingter. « C’est bien plus facile de capturer une anguille et de la vendre dans son propre pays que de l’expédier. »

Un marché subsiste pour les grandes anguilles

South Shore Trading en est donc réduite à répondre à la demande des restaurants et des supermarchés dans les grandes villes canadiennes comme Toronto et Montréal. Ses clients recherchent surtout les grandes anguilles.

Alors qu’elle expédiait 22 680 kilos d’anguilles par semaine il y a quelques années, South Shore Trading n’en écoule plus de 2268.

Des morceaux d'anguille dans une assiette.

Les restaurants et supermarchés achètent presque exclusivement de grandes anguilles.

Photo : CBC/Pat Martel

L’entreprise a cessé d’acheter des anguilles dans sa propre province, le Nouveau-Brunswick, parce qu’elles sont trop petites.

Elle achetait encore d’une poignée de pêcheurs à l’Île-du-Prince-Édouard, mais lorsque le camion de l’entreprise est arrivé sur l’Île le mois dernier, les acheteurs insistaient beaucoup sur la taille des prises.

Tout ce qui n’avait pas l’air de faire deux livres, ils les mettaient de côté, relate Robert Henderson.

C’est ce qui a mené à la décision des pêcheurs de l’Île de retirer leurs filets de l’eau, la semaine dernière.

C’était une sage décision, selon Paul Filminger. Il ne leur sert à rien de continuer à mettre des anguilles dans des viviers et à accroître les stocks; ils ne nous serviront pas!

Robert Henderson espère encore trouver un acheteur pour les anguilles qui se trouvent toujours dans ses cages dans l’eau. Et pour rester occupé, il songe à donner un coup de main à son fils, qui pêche comme lui, mais une espèce beaucoup plus prisée : des huîtres.

Avec les informations de Pat Martel, CBC

Avec les informations de CBC

Île-du-Prince-Édouard

Industrie des pêches