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Denise Bombardier : les réactions se multiplient

Le reportage de Laurie Trudel

Photo : Avanti Groupe / Karine Dufour

Radio-Canada
Mis à jour le 

Denise Bombardier persiste et signe. Dans le documentaire Denise au pays des francos, elle a de nouveau critiqué la francophonie en milieu minoritaire.

Invitée dimanche soir à l’émission Tout le monde en parle, Denise Bombardier a une nouvelle fois soulevé les passions.

Ce n’est pas parce qu’on parle une langue qu’on possède la culture de cette langue, a-t-elle lancé.

Pour Mme Bombardier, des langues comme le chiac appartiennent à ceux qui les parlent.

C’est incommunicable à l’extérieur, dit-elle. Demandez un taxi en chiac à Montréal, personne ne va vous comprendre.

Selon Mme Bombardier, mélanger le français et l’anglais, c’est ne parler aucune langue.

Invitée à l'émission de Pénélope McQuade lundi, la politologue Stéphanie Chouinard, qui a participé au documentaire, n’a pas manqué de souligner combien les propos de Denise Bombarder sont choquants et insultants pour des francophones en milieu minoritaire, citant une discussion avec trois jeunes dans le documentaire lors d’un échange à Ottawa.

Si elle croit que la langue qu’elle doit parler, c’est la langue dans laquelle elle m’a parlé, y a pas d’avenir pour elle en français, qu’elle parle tout de suite en anglais.

Denise Bombardier

De se faire dire : le français que vous avec entendu, ce n’est plus du français et donc jetez la serviette et passez à l’anglais, c’est difficile d’entendre ça, dit Mme Chouinard.

Caroline Gélineault est l'une des interlocutrices à qui Mme Bombardier faisait référence, dimanche. L'étudiante à l'Université d'Ottawa, originaire de Geraldton dans le Nord de l'Ontario, n'était pas impressionnée par les propos de la chroniqueuse.

Ce n'est pas la première fois qu’on me dit ça, c’est un message classique qu’on reçoit, a-t-elle expliqué. Ça ne change rien dans ma vie […] ce que je trouve dommage, c’est qu’il y en a qui sont encore très insécures par rapport à leur langue, pour toutes sortes de raison.

Mon engagement envers ma communauté reste le même et ce n’est pas Denise Bombardier qui faire en sorte que ça va changer, c’est certain.

Caroline Gélineault, étudiante franco-ontarienne

Malgré tout, Mme Gélineault pense qu'elle et Mme Bombardier ont le même objectif, soit celui de protéger le français en milieu minoritaire. La jeune franco-ontarienne dénonce cependant les moyens préconisés par son aînée.

De venir nous attaquer directement quand on travaille très très fort, aussi fort que Mme Bombardier, dans différents sens, pour protéger notre langue, notre culture, ce n’est pas utile.

Selon la chancelière de l’Université de Moncton, Louise Imbeault, tout est une question de perception.

Photo de Louise Imbeault.

Louise Imbeault rappelle que les jeunes vivant en milieu minoritaire ne sont pas toujours à l’aise par rapport à leur langue et n’osent pas toujours parler français.

Photo : Université de Moncton

Mme Bombardier ne fait pas la différence. Parler un français standard, un français correct, un français châtié est une chose. La survie des populations francophones, c’en est une autre.

Louise Imbeault, chancelière, Université de Moncton

Mme Imbeault ajoute que la France prépare même un dictionnaire des langues françaises, reconnaissant que le français ne se parle pas de la même façon partout.

Il faut donc bâtir la sécurité linguistique des enfants, affirme Mme Imbeault.

Une femme appuyée sur un poteau et qui regarde au loin.

Stéphanie Chouinard enseigne au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario.

Photo : Stéphanie Chouinard/Facebook

Ce documentaire, on l’a fait pour les gens qui vont décider de le regarder, pas pour Denise Bombardier, lançait un peu plus tôt Stéphanie Chouinard, à l’émission Le matin du Nord.

Regrette-t-elle sa participation?

Hésitante, la politologue dit non, mais elle se dit déçue.

On dirait que toutes les énergies déployées n’ont rien fait pour changer sa vision. Les gens ont reçu Mme Bombardier chez eux, dans leur cuisine, ils ont organisé des partys de famille pour qu’elle soit en mesure de vivre elle-même nos réalités, et on dirait qu’il n’y a rien qui a changé quoi que ce soit à sa vision.

Stéphanie Chouinard, politologue

Mais demain, on sera encore là et on ne continuera pas d’exister pour elle. Oui, il est temps de passer à autre chose. Le documentaire va rester, je connais des gens qui disent que par principe ils ne le regarderont pas, dit-elle.

La professeure Chouinard croit toutefois que le documentaire a été une belle occasion de faire parler de la francophonie canadienne au Québec.

Les propos sont regrettables et on passe à autre chose, dit Stéphanie Chouinard.

De Vancouver en passant par le Manitoba et l'Ontario, plusieurs gazouillis dénoncent la position de Mme Bombardier sur la qualité du français.

Mme Chouinard donne raison à Denise Bombardier sur le fait qu’il faille continuellement se battre et protéger les droits des minorités, qu’elles soient francophones au Canada ou anglophones au Québec, mais elle est en désaccord sur la question de la qualité de la langue.

Je me demande si c’est un problème de francos hors Québec, ou [si] c’est un problème générationnel, explique-t-elle. Si l’on assoyait Mme Bombardier avec de jeunes Montréalais de l’âge des intervenants, de ceux rencontrés dans le documentaire, ne réaliserait-elle pas que ce sont simplement les jeunes qui parlent une langue qu’elle n’aime pas? C’est une hypothèse, et je me pose la question, conclut Mme Chouinard.

Même le Commissaire aux langues officielles du Canada, Raymond Théberge, s'est mêlé à la discussion en publiant un gazouillis qui dit : « Je suis profondément ému par la solidarité des communautés en situation minoritaire qui, chaque jour, embrassent la langue et la culture qui forgent leur identité et témoignent de leur indéniable vitalité. »

Pour être bien certain qu'aucune ambiguïté ne subsiste au sujet de son message, le commissaire Théberge a ajouté #tlmep à sa publication, soit le mot-clic associé à l'émission Tout le monde en parle.

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