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Syrie : indignés, des républicains pressent le président Trump de revenir sur sa décision

Des membres des troupes américaines et des Forces démocratiques syriennes (FDS) à la frontière turque à Hassaké, en novembre 2018.

Photo : Reuters / Rodi Said

Radio-Canada

« Énorme erreur », « désastre » : plusieurs élus de Washington, y compris au sein du camp républicain, ont pressé le président Trump, lundi, de ne pas retirer les troupes américaines stationnées en Syrie des zones frontalières avec la Turquie. Les rebelles kurdes luttant contre le groupe armé État islamique (EI) ont pour leur part dénoncé un « coup de couteau dans le dos ».

Le retrait annoncé la veille a été fermement dénoncé par les démocrates et par plusieurs républicains, dont de loyaux alliés du président.

La décision impromptue de la Maison-Blanche a été annoncée dimanche dans un communiqué de deux paragraphes après un entretien téléphonique entre le président Trump et son homologue turc, Recep Tayyip Erdogan. Le texte précisait que les forces américaines présentes dans le nord de la Syrie, où se trouvent les forces kurdes syriennes, les Unités de protection du peuple (YPG), qui combattent le groupe État islamique, avaient entamé leur retrait.

Le départ des troupes américaines laisse la voie libre à l'offensive turque souhaitée par le président turc, Recep Tayyip Erdogan, pour chasser les YPG.

Dans un communiqué, le leader de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a invité Donald Trump à reconsidérer sa décision. Un retrait précipité des forces américaines de Syrie ne pourrait que profiter à la Russie, à l'Iran et au régime d'Assad. Et cela augmenterait le risque que l'EI et d'autres groupes terroristes se regroupent, a-t-il averti.

Lindsey Graham, le plus ardent défenseur de Donald Trump au Sénat, a offert le même plaidoyer, brandissant le spectre d'un « désastre » qui garantit le retour de l'EI dans la région.

Cette décision d'abandonner nos alliés kurdes et de livrer la Syrie à la Russie, à l'Iran et à la Turquie va doper les islamistes aux stéroïdes.

Lindsay Graham, sénateur de la Caroline du Sud

L'abandon des Kurdes sera une tache sur l'honneur de l'Amérique, a-t-il soutenu. Il a même menacé de proposer une résolution au Sénat pour forcer le président à revenir sur sa décision, disant s'attendre à un fort soutien des élus des deux camps sur ce dossier.

Plusieurs sénateurs républicains, dont Mitt Romney et Marco Rubio, ont joint leur voix aux critiques.

Les Kurdes ont joué un rôle déterminant dans la réussite de notre lutte contre l'EI en Syrie. Les laisser mourir est une grosse erreur, a pour sa part écrit sur Twitter l'ex-ambassadrice des États-Unis à l'ONU, Nikki Haley, qui avait été nommée par Donald Trump.

La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a déploré un développement extrêmement troublant qui ne tient pas compte du fait que le groupe armé État islamique représente toujours une menace.

Cette décision [...] envoie un message dangereux à l'Iran et à la Russie, ainsi qu'à nos alliés, indiquant que les États-Unis ne sont plus un partenaire de confiance, laissant les alliés kurdes qui combattent depuis des années le groupe État islamique à la merci d'Ankara, a soutenu la leader démocrate dans un communiqué.

Une fois de plus, le président Trump abandonne un allié dans une tentative insensée d'apaiser un homme fort et autoritaire.

Nancy Pelosi, présidente de la Chambre des représentants

Des guerres « tribales » et « ridicules », selon Donald Trump

Dans une série de messages publiés sur Twitter, Donald Trump a justifié sa décision. Il faut sortir de ces guerres ridicules et interminables, souvent tribales, et ramener les soldats à la maison, a-t-il martelé.

Il a soutenu que la Turquie, l’Europe, la Syrie, l’Iran, l’Irak, la Russie et les Kurdes devaient résoudre la situation sur place et décider de ce qu’ils comptent faire des combattants de l'EI faits prisonniers dans la région. Désormais, les États-Unis combattront là où se situe leur intérêt, a-t-il ajouté.

Si la Turquie fait quelque chose que, dans ma grande et inégalée sagesse, je considère comme hors limites, je détruirai et anéantirai l'économie de la Turquie (je l'ai déjà fait!).

Donald Trump, président des États-Unis

Le Pentagone a assuré dans un communiqué lundi ne pas cautionner d'opération turque dans le nord de la Syrie, mettant en garde Ankara contre les conséquences déstabilisatrices que pourrait avoir une telle opération pour la Turquie, la région et au-delà.

Brett McGurk, qui a démissionné en décembre de son poste d'émissaire chargé de la lutte contre l'organisation djihadiste, a résumé son analyse en quelques tweets. Donald Trump n'est pas un commandant en chef. Il prend des décisions impulsives, sans connaissances ni délibérations [...] Le communiqué de la Maison-Blanche démontre une absence totale de compréhension de ce qui se passe sur le terrain.

Preuve du malaise suscité au sein même du camp républicain, l'administration Trump s'est employée lundi, dans l'urgence et une certaine confusion, à rétropédaler et à minimiser la portée du communiqué présidentiel de la veille.

Seul « un tout petit nombre » de soldats déployés en Syrie à la frontière turque seront retirés « sur une toute petite distance », a soutenu lundi un haut responsable américain. Selon lui, ce retrait ne concerne que deux très petits détachements, soit moins de 25 personnes au total.

Le silence initial du département d’État et du Pentagone n’a fait que renforcer le sentiment d’un virage stratégique de taille pris sans consultation.

La potentielle offensive turque fustigée de toute part

Les enfants observent le véhicule, au second plan.

Des enfants syriens passent devant une patrouille américaine, près de la frontière turque, à Hassaké.

Photo : Reuters / Rodi Said

Les troupes américaines déployées dans le nord de la Syrie ont commencé lundi leur retrait de ces secteurs proches de la frontière turque. L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a aussi confirmé un retrait des États-Unis de positions clés à Ras Al-Aïn et Tal Abyad.

La Turquie a de son côté annoncé une percée imminente dans le nord de la Syrie. Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a affirmé que l'offensive pourrait advenir à n'importe quel moment : On pourrait entrer n'importe quelle nuit sans prévenir. Pour Ankara, les YPG sont une organisation « terroriste ».

Les FDS ont pour leur part dénoncé un coup de couteau dans le dos. Elles ont averti que l’opération militaire turque entraînerait une résurgence majeure de l’EI et annulerait des années de combats fructueux contre les djihadistes.

Les chefs de l'EI encore en vie pourraient sortir de leur cachette, selon les FDS, pour qui une opération turque menacerait aussi les prisons et les camps qu’elles gèrent et qui abritent de nombreux djihadistes et leurs familles.

L'ONU, qui redoute une nouvelle crise humanitaire, a déclaré se préparer au pire. Le conflit en Syrie a déjà coûté la vie à plus de 370 000 personnes.

L'Union européenne retient elle aussi son souffle. Une offensive turque saperait les efforts engagés pour une résolution de ce conflit, a affirmé une porte-parole de l'UE.

Deux précédentes offensives turques ont été menées en 2016 et 2018 dans le Nord syrien.

Dimanche, l’OSDH a indiqué que les forces kurdes ont creusé tranchées et tunnels en préparation d’une offensive turque dans les zones de Ras Al-Aïn, Tal Abyad et Kobané.

Avec les informations de Agence France-Presse, et Reuters

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