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analyse

L’évitable, mais calamiteuse, histoire d’une semaine perdue

Gros du chef conservateur, qui regarde au loin, avec un mince sourire.

Le chef du Parti conservateur Andrew Scheer est anti-avortement pour des raisons religieuses et morales, ce qui est tout à fait son droit, écrit notre chroniqueur.

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Michel C. Auger

Regarder la campagne conservatrice, cette semaine, était comme regarder un accident de train au ralenti : on peut prévoir tout ce qui va se passer en sachant qu’on ne peut rien faire pour l’éviter.

Une semaine non seulement calamiteuse, mais complètement évitable pour un parti qui a les moyens d’avoir les ressources requises pour mener une campagne avec des standards élevés de professionnalisme.

Le point culminant de cette semaine de campagne allait être, tout le monde le savait, le premier débat des chefs en français, une langue qu'Andrew Scheer maîtrise encore avec difficulté, ce qui rendait l’exercice risqué et l’obligeait à bien préparer des réponses claires aux nombreuses questions prévisibles.

La première d’entre elles était l’avortement. Ses adversaires, et en particulier M. Trudeau, en ont parlé depuis le premier jour de la campagne. Et ils n’allaient pas se gêner pour revenir sur le sujet lors de leur premier face-à-face. Sur cette question, M. Scheer n’a pas à cacher sa position : il est antiavortement pour des raisons religieuses et morales, ce qui est tout à fait son droit.

Mais M. Scheer devait dire ouvertement le fondement moral de sa position au lieu de s’en tenir simplement à son corollaire politique, soit qu’il n’allait pas voter pour un projet de loi restreignant l’accès à l’avortement. Ce n’est pas la même position que celle des trois autres chefs, qui empêcheraient leurs députés de présenter ou de voter pour une telle loi. Mais, encore là, la position de M. Scheer se défend.

Alors qu’il ne pouvait ignorer que la question de l’avortement allait lui être posée directement, il est resté avec la même réponse incomplète.

Ce qui fait que, le lendemain, M. Scheer a encore été questionné là-dessus et qu’il a fini par dire les mots « pro-vie » qui ont fait les manchettes le lendemain. Une journée de campagne perdue...

Une double citoyenneté

Le jour même, une nouvelle controverse éclate : Andrew Scheer a la citoyenneté américaine, son père étant né aux États-Unis. Rien de bien compliqué : près d’un million de Canadiens ont aussi la citoyenneté d’un autre pays.

Le problème, c’est que lorsqu’on a appris que Michaëlle Jean avait aussi la nationalité française, M. Scheer s’était levé en Chambre pour le dénoncer. Ses collègues conservateurs avaient aussi dénoncé Stéphane Dion et Thomas Mulcair pour la même raison, soit qu’ils n’étaient pas « 100 % canadiens ».

M. Scheer savait que la question risquait d’être soulevée au cours de la campagne et il avait pris, dès le mois d’août, des mesures pour renoncer à sa citoyenneté américaine. Mais il n’a jamais pris la peine de le dire publiquement. Pourquoi? « Parce qu’on ne me l’a jamais demandé », a-t-il dit.

En soi, l’incident n’aurait pas beaucoup d’importance, s’il n’arrivait pas après d’autres petites controverses à propos de la biographie de M. Scheer. Était-il, oui ou non, autorisé à être courtier d’assurances par les autorités compétentes de la Saskatchewan? Pourquoi avoir inscrit dans sa biographie qu’il était diplômé de l’Université de la Saskatchewan quand c’est l’Université d’Ottawa qui lui a décerné son diplôme?

Rien de très grave, sauf que cela permet à ses adversaires de poser des questions sur son passé et sur sa probité, sur des choses qui auraient dû être réglées avant le début de la campagne électorale.

Résultat : les conservateurs ont perdu cette première semaine d’octobre, alors qu’ils entament la semaine la plus déterminante de la campagne électorale avec ses deux débats télévisés — dont le seul en langue anglaise – et que les projections de sièges placent les libéraux en vue d’une majorité.

Rien n’est joué, évidemment, mais les conservateurs doivent maintenant défendre des circonscriptions qui leur étaient acquises en début de campagne. C’est particulièrement vrai au Québec, où la remontée du Bloc québécois le rend maintenant compétitif dans un bon nombre de comtés où on retrouve maintenant des luttes à trois.

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