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Six chefs fédéraux dans le ring pour un débat musclé

Le compte rendu de Daniel Thibeault

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Bernard Barbeau
Joëlle Girard

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, a accusé d'emblée son adversaire du Parti libéral, Justin Trudeau, d'être un « imposteur », lundi soir, donnant le ton à un débat en anglais au cours duquel les chefs de six partis fédéraux ont multiplié les attaques, sombrant parfois dans la cacophonie.

À une question sur le leadership au Canada et dans le monde, Andrew Scheer est passé à l'attaque, rappelant la controverse du blackface survenue en début de campagne électorale et accusant Justin Trudeau de « toujours porter un masque ».

Justin Trudeau ne fait que prétendre qu’il défend le Canada, a accusé M. Scheer. Il est très bon pour faire semblant. Il n’arrive même pas à se souvenir du moment où il s’est maquillé en blackface pour la première fois, et c’est parce qu’en réalité, il porte toujours un masque. Il faisait référence aux positions que le premier ministre sortant a défendues en matière de réconciliation avec les Autochtones, de féminisme, ou encore d’intérêt pour la classe moyenne.

M. Trudeau, vous êtes un hypocrite, un imposteur, vous ne méritez pas de diriger ce pays.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada
Andrew Scheer et Justin Trudeau débattent.

Andrew Scheer a attaqué Justin Trudeau au sujet du scandale SNC-Lavalin dès qu'il a eu l'occasion de lui poser une question directement.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Quand on lui a permis de poser la question de son choix à l’adversaire de son choix, Andrew Scheer a poursuivi sur le même ton combatif pour attaquer Justin Trudeau au sujet du scandale SNC-Lavalin, qui a conduit à la démission de deux ministres, Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, devenue candidates indépendantes dans les présentes élections.

L’échange n’a pas jeté de nouvel éclairage sur l’histoire, les deux politiciens se contentant de camper sur les positions qu’ils défendent depuis que l'affaire a éclaté.

Le chef conservateur avait cependant une attaque toute prête contre Justin Trudeau, lorsque le chef libéral a critiqué le bilan de l’ancien gouvernement de Stephen Harper en matière d’affaires autochtones. Je n’ai rien à apprendre de M. Trudeau, qui a congédié la première procureure générale autochtone parce qu’elle faisait son travail, a lancé M. Scheer.

Le chef du Bloc québécois s'est jeté dans la mêlée pour accuser Andrew Scheer d’être responsable de la débâcle chez SNC-Lavalin à force de taper sur le clou de ce scandale. Il a ajouté que M. Scheer entretenait ainsi l'idée que le Québec serait corrompu.

Les actions [de SNC-Lavalin] sont en baisse, tout le monde s’en va, nous sommes en train de tout perdre à cause de vous.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Les chefs conservateur et bloquiste, dont les partis luttent pour la deuxième place dans les intentions de vote au Québec, ont eu quelques occasions de croiser le fer durant le débat, notamment sur l'idée d'un corridor énergétique défendue par Andrew Scheer.

À Yves-François Blanchet qui lui rappelait l’opposition du gouvernement du Québec à un nouveau projet de pipeline, M. Scheer a répondu : J’ai fait mon choix, acheter de l’énergie de chez nous [des mots qu’il a prononcés en français] et non des États-Unis.

Les Québécois aussi feront leur choix, a répliqué le chef bloquiste.

Bernier pris à partie

Comme prévu, la première présence en débat du chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, n'est pas passée inaperçue.

Dans un débat sur l'immigration, Justin Trudeau s'est même servi de M. Bernier pour attaquer le chef conservateur. Votre rôle ce soir, sur cette scène, c'est de dire publiquement ce que M. Scheer pense personnellement, a-t-il lancé.

Maxime Bernier s'est fait rappeler certaines des déclarations qu’il a faites sur Twitter au sujet du multiculturalisme, de l'immigration et de la jeune environnementaliste suédoise Greta Thunberg, qu’il avait qualifiée de « mentalement instable ». Le chef du Parti populaire a estimé que pour diriger un pays comme le Canada, il fallait avoir le courage de dire la vérité.

Jagmeet Singh et Maxime Bernier débattent.

Jagmeet Singh et Maxime Bernier ont débattu de diversité et de liberté d'expression.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Vous auriez pu simplement admettre que vous avez gaffé, lui a répondu le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh. Parce que ces tweets que vous avez publiés étaient plutôt horribles.

Maxime Bernier a répliqué en questionnant Jagmeet Singh sur sa conception de la diversité. Vous avez affirmé que vous ne vouliez pas que je sois sur scène ici ce soir pour discuter avec vous. Donc, vous êtes pour la diversité, mais qu’en est-il de la diversité d’opinion? J’ai le droit d’avoir une opinion différente de la vôtre au sujet de l’immigration, a-t-il dit.

Croyez-vous en la liberté d’expression seulement lorsque les gens disent ce que vous voulez entendre?

Maxime Bernier, chef du Parti populaire

Le chef néo-démocrate, qui avait laissé entendre avant le débat qu'il ne serrerait peut-être pas la main de M. Bernier, ne s’est pas laissé démonter.

C’est une chose de ne pas être d’accord avec quelqu’un, et c’est correct. Mais quand vous semez la division et la haine […], vous ne méritez pas d’avoir une tribune.

Jagmeet Singh, chef du NPD

Maxime Bernier a souvent voulu répondre à ses adversaires sans attendre qu'ils aient fini de parler, ce qui a amené le chef bloquiste Yves-François Blanchet à se demander combien de temps il pourrait parler avant de se faire couper. « Dix secondes! » a-t-il rapidement constaté.

Ottawa « pourrait devoir intervenir » sur la loi 21, selon Trudeau

La Loi sur la laïcité de l’État adoptée par le Québec a été abordée de front dans le second segment du débat. Justin Trudeau a rapidement tenté de se distinguer en se disant surpris du fait que Jagmeet Singh s’oppose à la loi 21, mais qu'il exclue complètement la possibilité de la contester.

Je suis le seul sur cette scène qui a affirmé que le gouvernement fédéral pourrait devoir intervenir parce qu’il doit protéger les droits des minorités.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada
Jagmeet Singh s'adresse à la caméra.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Le chef libéral a talonné son adversaire néo-démocrate en estimant qu’il se devait de laisser une porte ouverte à une participation fédérale à la contestation de la loi.

Pressé de questions à ce sujet en point de presse d'après-débat, Jagmeet Singh a affirmé que « tout premier ministre devrait prendre en considération » une éventuelle contestation qui remonterait jusqu'à la Cour suprême.

Yves-François Blanchet s'est fait le porte-parole des « 70 % de Québécois » qui appuient la loi 21 en soulignant que les autres participants à ce débat avaient tous « un problème avec la laïcité ».

L'avortement et les droits des femmes

Dans un segment censé porter sur la capacité financière des Canadiens et sur l'insécurité économique, les chefs ont fini par évoquer le sujet de l’avortement.

Justin Trudeau a accusé Andrew Scheer de ne pas vouloir défendre la communauté LGBTQ ou le droit des femmes de se faire avorter. Le chef conservateur a rétorqué qu’il avait le droit d’être, « comme des millions de Canadiens, personnellement pro-vie ».

Jagmeet Singh a rapidement insisté : Un homme n’a pas à se prononcer sur le droit d’une femme à faire le choix qu’elle veut.

La chef du Parti vert, Elizabeth May, en a profité pour frapper un grand coup. Et que dire du droit d’une femme de s’exprimer lors d’un débat?, a-t-elle demandé.

Elizabeth May, derrière un lutrin, lève une main.

Elizabeth May, seule femme à diriger un parti fédéral, a reproché à la plupart des chefs d'avoir accepté de prendre part à un débat qui l'excluait, la semaine dernière, à TVA.

Photo : La Presse canadienne / Justin Tang

Il a été très intéressant, pendant la campagne, d’entendre des hommes parler des droits des femmes, mais aussi de tous vous voir – à l’exception de Max – participer au débat de TVA, où vous étiez tous très heureux d’écarter les femmes.

Elizabeth May, chef du Parti vert

Vous avez participé à un débat qui n’a pas permis à nos petites filles de voir qu’il est possible pour une femme de devenir première ministre dans ce pays, a-t-elle déploré.

Notre dossier Élections Canada 2019

L'environnement... et la balance du pouvoir

Le segment environnemental du débat a surtout été le moment de briller pour Elizabeth May. Elle s’est notamment adonnée à un échange passionné avec Justin Trudeau.

Si on est sérieux, on doit annuler l’expansion du pipeline Trans Mountain. On ne peut pas négocier avec la physique, a-t-elle affirmé. Ça me brise le cœur de vous regarder ici, aujourd’hui, en sachant que vous auriez pu faire tellement plus au cours des quatre dernières années.

Elizabeth May gesticule en parlant à Justin Trudeau sur le plateau du débat des chefs en anglais.

Elizabeth May affirme que le plan de son adversaire libéral Justin Trudeau en matière d'environnement manque d'ambition.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Mon Dieu, s’il vous plaît. [J’espère] que vous n’obtiendrez pas de majorité cette fois-ci puisque vous ne tenez pas vos promesses, a-t-elle ensuite souhaité. Une attaque qui a semblé irriter Justin Trudeau. Le premier ministre sortant a répliqué que seul un gouvernement libéral fort pouvait protéger l’environnement.

Mme May a poursuivi en passant au crible le chef conservateur et, surtout, en invitant les électeurs à lui donner la balance du pouvoir. Avec deux semaines à faire dans cette campagne, les Canadiens savent une chose : au point où on en est, monsieur Scheer, avec tout le respect que je vous dois, vous ne serez pas premier ministre. La question est de savoir si Justin Trudeau aura une minorité ou une majorité. Voter pour des députés verts est la meilleure garantie pour le Canada.

De son côté, Maxime Bernier a accusé tous ses adversaires d’être de faux environnementalistes en raison de l’irréalisme de leur plan. Tous les autres affirment vouloir sauver le monde et le climat, mais ils ne peuvent pas. Ils prétendent être capables d’atteindre les cibles de l’Accord de Paris, mais ils ne peuvent pas et ce sont des hypocrites.

Une première fois en anglais pour Trudeau

C’était la première occasion de voir le chef libéral Justin Trudeau débattre dans la langue de Shakespeare avec ses principaux adversaires. M. Trudeau n’avait pas participé au débat organisé en tout début de campagne, le 12 septembre, par le magazine Maclean’s.

La semaine dernière, le chef libéral et ses adversaires Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet avaient croisé le fer dans un débat en français diffusé sur les ondes du réseau TVA.

Avec la collaboration de Marc-Antoine Ménard

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