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Expériences secrètes de la CIA : les proches des victimes demandent toujours justice

Chantal Jacob devant le Parlement à Ottawa avec des photos encadrées de ses parents.

Chantal Jacob et une trentaine d'autres proches de victimes d'expériences de la CIA ont marché devant le parlement et devant l'ambassade des États-Unis à Ottawa, le 6 octobre 2019.

Photo : Radio-Canada / Claudine Richard

Radio-Canada

Des Canadiens demandent encore justice pour les traumatismes vécus par leurs proches enrôlés de force dans des expériences menées pour le compte de la Central Intelligence Agency (CIA) au pays au milieu du siècle dernier.

En 1965, la mère de Chantal Jacob était atteinte de dépression post-partum. Elle se tourne vers l’Institut Allan Memorial de l’Université McGill pour recevoir des soins, puisque l'institution jouit d'une certaine notoriété.

Or, les traitements peu orthodoxes qu’elle recevra inquiètent sa famille. Ils ont suggéré des électrochocs comme traitement et une liste de médicaments qu’elle a dû prendre. Ils ont testé toute sorte de médicaments sur elle, a souligné Mme Jacob, samedi, lors d'une manifestation devant le parlement et devant l'ambassade des États-Unis à Ottawa.

Ce qu’elle apprendra plus tard, c’est que la thérapie qu’a suivie sa mère s’inscrivait dans une initiative dirigée par la CIA.

Baptisé MK-Ultra, ce programme a été mené pendant environ deux décennies à compter des années 1950 aux États-Unis et au Canada. Les services secrets américains avaient pour but de développer des moyens de contrôler l’esprit des gens et d’effectuer des lavages de cerveau dans le contexte de la guerre froide.

LSD, électrochocs, hypnose, privation sensorielle, abus physiques, sommeil prolongé induit chimiquement : la CIA n’écartait aucune avenue pour parvenir à ses fins. Un grand nombre de sujets sur qui l’agence de renseignements a conduit ses tests n’ont jamais donné leur consentement.

Ils ont caché de l’information. Aujourd’hui, on aimerait avoir un portrait très clair de ce qu’il s’est passé, lors d’un rassemblement de familles des victimes du programme à Ottawa, samedi.

Des manifestants devant la porte de l’ambassade des États-Unis à Ottawa.

Les familles de personnes utilisées dans le programme MK-Ultra demandent une compensation et des excuses au gouvernement canadien.

Photo : Radio-Canada

Le père d’Allan Tanny a lui aussi été enrôlé malgré lui dans le programme, même s’il ne souffrait pas d’une maladie mentale.

Dans ses dossiers médicaux, ça disait que l’idée était d’effacer sa mémoire de tout. Après les premiers 30-35 jours, le Dr Cameron [Ewan Cameron, responsable des traitements à l’Institut Allan Memorial] n’était pas très heureux, parce qu’il a demandé de voir sa femme, a relaté M. Tanny, en ajoutant que la fréquence et l’intensité des électrochocs ont été décuplées pour le reste du traitement.

Des compensations, mais aucune excuse ou reconnaissance

Ce n’est qu’à la fin des années 1970 que l’existence du sinistre programme est mise au jour aux États-Unis.

En 1992, le gouvernement du Canada a versé 100 000 $ à environ 70 patients en guise d’indemnisation pour leur calvaire, sans toutefois admettre de responsabilité légale.

Mme Jacob, comme bon nombre de proches des patients soumis au programme MK-Ultra, demande que le gouvernement indemnise aussi les familles des victimes et présente des excuses pour sa complicité alléguée dans le dossier.

C’est sûr qu’un dédommagement, c’est important, mais aussi une reconnaissance de ce qu'on a vécu, a-t-elle demandé.

Le père de M. Tanny est l’une des dizaines de victimes qui ont reçu de l’argent du gouvernement canadien, mais la somme était nettement insuffisante pour réparer les séquelles laissées par les traitements sur son père et sa famille.

On est trois enfants, on a dépensé bien plus que 100 000 $ pour de la thérapie, a-t-il noté.

Le gouvernement a conclu d’autres ententes hors cour avec des familles de victimes depuis, assorties de clauses de non-divulgation et de promesse d’abandon des poursuites.

Avec les informations de Claudine Richard

Ottawa-Gatineau

Politique fédérale