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Élections fédérales : la GRC a à l’œil les messages haineux en ligne

Un homme utilise un ordinateur portable.

Le Groupe des renseignements relatifs à la protection, de la GRC, passe au peigne fin les publications en ligne en utilisant des mots-clés et le nom des chefs des partis, ont indiqué des sources au fait du dossier, qui requièrent l'anonymat.

Photo : iStock

Radio-Canada

La Gendarmerie royale du Canada (GRC) redoute que les publications haineuses envers les chefs des grands partis fédéraux qui circulent en ligne depuis le début de la campagne électorale mènent à des actions violentes, selon des sources ayant parlé à CBC.

L’une des plus grandes préoccupations des enquêteurs est le nombre croissant de publications véhiculant un message anti-immigration. D’après les sources citées par CBC, la GRC constate que les propos violents sont de plus en plus tolérés sur les réseaux sociaux.

En février dernier, l’ancien greffier du Conseil privé Michael Wernick avait d’ailleurs mis en garde contre les messages haineux qui pourraient circuler pendant la campagne électorale.

Je m'inquiète de la montée des incitations à la violence, lorsque les gens utilisent ouvertement des termes comme "trahison" et "traître". Ce sont les mots qui mènent à l'assassinat. J'ai peur que quelqu'un se fasse abattre dans ce pays, cette année, pendant la campagne électorale, avait-il déclaré tout juste avant de livrer son témoignage sur l’affaire SNC-Lavalin.

Le Groupe des renseignements relatifs à la protection de la GRC passe au peigne fin les publications en ligne en utilisant des mots-clés et le nom des chefs des partis, ont indiqué des sources au fait du dossier, qui requièrent l'anonymat.

Les recherches des agents les ont menés à fouiller les discussions privées en ligne et le web caché (dark web), qui ne sont d’ordinaire pas accessibles aux internautes. Ils ont ainsi mis la main sur d’inquiétantes déclarations, voire des menaces. Grâce à l’adresse IP d'origine, les enquêteurs ont été en mesure d’indiquer aux partis fédéraux si les auteurs de ces publications pouvaient représenter une menace réelle.

Selon les sources qui ont parlé à CBC, la GRC a déjà retracé et parlé à certaines personnes ayant écrit en ligne des menaces de mort à l’endroit de chefs de partis. Le chef libéral Justin Trudeau serait souvent la cible de ces commentaires.

Pour des raisons de sécurité, la GRC n’a pas voulu expliquer la façon dont elle procédait pour identifier les auteurs de commentaires haineux. Tout au long de la campagne, la GRC va mener des évaluations des risques et des menaces et s’adapter en conséquence, a indiqué la caporale Caroline Duval dans un courriel à CBC.

La GRC n’enquête pas sur des mouvements ou des idéologies, mais va se pencher sur les activités criminelles de tout individu qui représente une menace à la sûreté et à la sécurité des Canadiens, a-t-elle indiqué.

Sécurité renforcée

La candidate conservatrice dans la circonscription de Pierrefonds–Dollard, Mariam Ishak, a porté plainte auprès du Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) après que cinq de ses pancartes électorales eurent été vandalisées. Des signes antisémites, comme des croix gammées, avaient été dessinés sur sa photo.

Une pancarte de Mariam Ishak vandalisée avec une croix gammée.

Des pancartes électorales de la candidate conservatrice Mariam Ishak ont été vandalisées.

Photo : CBC/Dennis Cleary

Le SPVM lui a offert d’assurer sa sécurité, mais elle a refusé. J’espère ne pas avoir à me rendre là, a indiqué Mme Ishak, qui est originaire du Caire. Ce n’est pas ma communauté, ce n’est pas l’endroit où je vis. Ce n’est pas ce qu’est Pierrefonds–Dollard ni le West Island, a-t-elle ajouté.

Je n’ai jamais vécu quelque chose comme ça, a-t-elle dit au sujet des attaques racistes en ligne qui visent les immigrants. Mais depuis que je suis une candidate, je reçois de nombreux messages sur Facebook qui me font dire : Vous savez quoi? C’est problématique.

C’est dégoûtant. C’est blessant. Je crois que la haine existe bel et bien et que nous la voyons prendre de l’ampleur.

Mariam Ishak, candidate conservatrice dans Pierrefonds-Dollard

La ministre de l’Environnement, Catherine McKenna, a aussi été la cible de commentaires haineux, et pas seulement en ligne. Début septembre, elle a raconté avoir été insultée par un homme qui passait en voiture à côté d’elle alors qu’elle sortait du cinéma avec ses enfants.

Ces attaques l’ont poussée à demander un service de protection rapprochée.

L’une des collègues de Mme McKenna, la députée de Kanata-Carleton, Karen McCrimmon, a récemment porté plainte auprès de la police après qu’une personne eut installé une pancarte au message haineux dans sa circonscription.

Le week-end dernier, une conversation a tourné au vinaigre à l’extérieur de la bâtisse où le chef du Parti populaire du Canada, Maxime Bernier, participait à un événement en compagnie du youtuber américain et commentateur politique Dave Rubin. Des manifestants qui s’opposaient à la présence de M. Bernier et qui plaidaient en faveur des droits des immigrants avaient accusé les participants de la rencontre d’être des nazis.

La police avait procédé à l’arrestation de quatre personnes, qui ont depuis été libérées.

Notre dossier Élections Canada 2019

Une rhétorique anti-immigration

La plupart des propos haineux en ligne sont ancrés dans une rhétorique anti-immigration, selon Anatoliy Gruzd, directeur du Social Media Lab à l’Université Ryerson, à Toronto.

Les comptes Twitter les plus inquiétants qui ont été suspendus durant l’été sont ceux qui ont partagé des déclarations islamophobes et anti-immigration. Ces comptes ont été supprimés de façon proactive, mais bien sûr, c’est si facile de se créer un nouveau compte, explique celui qui est à la tête de la Chaire de recherche du Canada en gérance des données dans les médias sociaux.

Il y a toujours cette crainte que les conversations en ligne deviennent de plus en plus polarisées, qu’elles se basent sur de la désinformation, qu’elles reprennent des sites ultra-partisans pour appuyer certaines idées […] et qu’elles se poursuivent [en dehors du web], poursuit-il.

Pour le chef néo-démocrate, Jagmeet Singh, de confession sikhe, il est clair que l’identité est un enjeu sensible de cette élection. En début de semaine, il s’est fait interpeller par un homme alors qu’il se promenait au marché Atwater, avant le premier débat des chefs en français.

L’homme lui a suggéré de « couper son turban » pour « avoir l’air d’un Canadien », avant de lui souhaiter de remporter les élections fédérales.

Jagmeet Singh en compagnie d'un électeur au marché Atwater.

«Vous devriez laisser tomber le turban», a lancé cet électeur au chef du NPD, Jagmeet Singh, lors d'un événement au marché Atwater, à Montréal.

Photo : Radio-Canada

S’il assure ne pas avoir personnellement été la cible de violences depuis le début de la campagne, M. Singh a toutefois confié qu’il s’agissait d’une de ses préoccupations.

Je m’inquiète plus pour les Canadiens que pour moi-même, avait-il dit lors d’une entrevue à CBC avant l’incident du marché.

Ça veut dire que des vies sont en jeu. La haine peut ultimement mener à la mort. Alors c’est épeurant, c’est réel, a-t-il déclaré.

D'après le reportage de Catharine Tunney et d'Ashley Burke, de CBC

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