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PayPal se retire de Libra, le projet de cryptomonnaie de Facebook

Pièces de monnaie placées devant un écran où il est écrit « libra ».

La libra, monnaie numérique de Facebook, devrait voir le jour en 2020, mais le projet rencontre de plus en plus d'embûches.

Photo : Reuters / Dado Ruvic

Agence France-Presse
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Nouveau revers majeur pour Libra : PayPal, un des partenaires du projet de monnaie numérique de Facebook, quitte le navire après des semaines de scepticisme, voire d'hostilité, de la part de divers gouvernements, experts et concurrents.

L'entreprise californienne de services de paiement n'a pas justifié sa décision, déclarant simplement qu'elle se retirait de l'association Libra, un consortium de partenaires, incluant Visa et Mastercard, à qui Facebook a confié la gestion de la monnaie. Les membres de l'association doivent chacun investir au moins 10 millions de dollars dans le projet.

La nouvelle n'a cependant pas surpris puisque des rumeurs à ce sujet circulaient déjà dans la presse. Interrogée par l'AFP en septembre, Gabrielle Rabinovitch, directrice des relations avec les investisseurs de PayPal, rappelait que l'accord conclu était non contraignant.

Il faut de l'audace et une certaine force morale pour entreprendre un projet aussi ambitieux que Libra. C'est l'occasion pour notre génération de bien faire les choses et d'améliorer l'inclusion financière, a déclaré Dante Disparte, de l'association Libra.

La détermination à accomplir cette mission compte plus que tout pour nous. Nous préférons être au courant d'un manque de détermination le plus tôt possible, a-t-il ajouté.

Sortir des circuits bancaires traditionnels

Au courant de l'année 2020, Libra est censée offrir un nouveau mode de paiement en dehors des circuits bancaires traditionnels, permettant d'acheter des biens ou d'envoyer de l'argent aussi facilement qu'un message instantané.

Toutefois, le projet suscite l'hostilité croissante de bon nombre de régulateurs et de gouvernements, qui s'inquiètent notamment de la mauvaise réputation de Facebook en matière de confidentialité et de protection des données personnelles. Ils redoutent également que la libra soit utilisée pour tromper le fisc.

La taille de Facebook, premier réseau social du monde avec 2,7 milliards d'utilisateurs (en comptant Instagram, WhatsApp et Messenger), implique aussi que la nouvelle monnaie pourrait perturber le système financier mondial et rendre la tâche plus difficile aux banques centrales.

Une source proche de l'entreprise a expliqué au Financial Times qu'il semblerait qu'il n'y ait eu que peu de travail de préparation fait avec les régulateurs financiers et que les services de paiement tels que PayPal ne souhaitaient pas voir l'attention des régulateurs déborder sur leurs affaires.

Le Trésor américain a envoyé des requêtes aux partenaires pour leur demander une revue complète de leurs programmes de lutte contre le blanchiment d'argent, d'après une source proche des organisations concernées.

Un téléphone intelligent qui affiche le logo de Libra est entouré de pièces de monnaie de couleur or ou argent.

Facebook souhaite lancer sa cryptomonnaie Libra en 2020 pour faire concurrence aux autres monnaies virtuelles, comme Bitcoin, Ripple, Ethereum et Litecoin.

Photo : Getty Images / Ulrich Baumgarten

La libra pour venir en aide aux pays émergents?

La libra se veut un outil susceptible d'intéresser notamment les exclus du système bancaire, dans les pays émergents par exemple, une ambition qui correspond à celle affichée par PayPal de démocratiser l'accès aux services financiers pour les populations mal desservies.

Je n'ai vu aucun élément prouvant que la libra allait être capable d'accomplir tout cela, commente Martin Chorzempa, du Peterson Institute for International Economics, pour l'AFP.

« Bien souvent, des personnes sont exclues du système financier existant à cause des lois qui obligent les banques à “connaître leurs clients”, conçues pour empêcher le blanchiment d'argent, explique-t-il. Libra ne me semble pas du tout prête à remplir ces obligations. »

— Une citation de  Martin Chorzempa, du Peterson Institute for International Economics

Un voyage long et difficile

L'expert admet que la taille de Facebook peut jouer en sa faveur par rapport à des entreprises qui développeraient des technologies financières très sophistiquées, sans toutefois disposer d'un immense réseau d'utilisateurs – une monnaie n'ayant des chances de réussite que si beaucoup de personnes s'en servent.

Toutefois, si on regarde leurs précédentes tentatives dans le secteur... Les Facebook Credits n'ont pas vraiment été couronnés de succès, constate-t-il.

Cette monnaie créée en 2009, qui ne pouvait servir que sur la plateforme et dans certaines applications tierces, devait encourager les utilisateurs à passer encore plus de temps sur le réseau social, et donc lui permettre d'accroître ses revenus publicitaires. Elle a été abandonnée en 2013.

Le voyage sera long et difficile, a reconnu Dante Disparte, de l'association Libra.

Les géants des technologies ont entrepris de bâtir des galaxies d'appareils et de services qui maintiennent les utilisateurs dans leur écosystème plutôt que dans celui du voisin, tout en tâchant de redorer leur image, abîmée par des scandales sur le respect de la vie privée ou encore des accusations de faire des montages financiers pour payer le moins d'impôts possible.

« Je suis convaincu que la monnaie doit rester dans les mains des États. Je ne suis pas à l'aise avec l'idée qu'un groupe privé crée une monnaie concurrente. Une entreprise privée n'a pas à chercher à gagner du pouvoir par ce biais. »

— Une citation de  Tim Cook, PDG d'Apple, dans une déclaration au journal « Les Échos »

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