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Au Cameroun, le principal opposant, Maurice Kamto, est libéré

Maurice Kamto, photo d'octobre 2018.

L'opposant camerounais Maurice Kamto, président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), a été libéré de prison après 9 mois de détention.

Photo : AFP/Getty Images / REINNIER KAZE

Agence France-Presse

La justice militaire du Cameroun a ordonné samedi la remise en liberté du principal opposant Maurice Kamto, au lendemain de la décision du président Paul Biya d'exiger l'arrêt des poursuites engagées contre lui et des dizaines de ses partisans, afin de tenter de sortir son pays des crises multiples qu'il traverse.

Le tribunal militaire de Yaoundé a ordonné l'arrêt des poursuites et la remise en liberté de 102 opposants, dont le président du Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), Maurice Kamto, candidat malheureux à l'élection présidentielle de 2018.

Maurice Kamto est libéré, a indiqué à l'AFP Me Sylvain Souop, l'avocat à la tête du collectif de défense de M. Kamto et de ses partisans. Ils sortiront de prison après les formalités administratives nécessaires à leur libération, a-t-il ajouté.

Au sortir de la salle d'audience, détenus et militants ont laissé éclater leur joie, chantant, dansant ou se prenant dans les bras. Un détenu et responsable du parti de M. Kamto, Célestin Djamen, est monté sur un banc pour haranguer la foule.

Au moment où Maurice Kamto est monté dans le camion le ramenant à la prison pour les formalités administratives, les autres détenus scandaient : Kamto, notre président, le peuple t'a choisi. Un refrain repris régulièrement par ses partisans depuis la réélection de Paul Biya, 86 ans dont 37 au pouvoir, à la présidentielle de 2018, dont le MRC conteste les résultats, estimant que leur candidat Kamto, arrivé deuxième, l'avait remportée.

Des centaines de personnes se sont massées devant la prison où se trouve M. Kamto. Les axes routiers autour de l'établissement étaient bloqués par des gendarmes.

Scrutin contesté

M. Kamto, arrivé deuxième à la présidentielle d'octobre 2018, conteste la réélection de M. Biya et c'est à la suite d'une des manifestations pour protester contre les résultats officiels de ce scrutin qu'il a été arrêté et emprisonné au côté de plusieurs de ses partisans en janvier dernier.

Lui et plus de 90 de ses partisans sont, depuis, poursuivis par la justice militaire, notamment pour « insurrection », un crime passible de la peine de mort, même si celle-ci n'est plus appliquée au Cameroun. Leur procès s'était ouvert le 6 septembre et devait reprendre théoriquement mardi prochain.

Parmi les 102 personnes ayant comparu devant le tribunal figuraient de nombreuses personnalités de l'opposition qui seront également libérées : l'ex-conseiller économique du président Biya, Christian Penda Ekoka, l'avocate Michèle Ndoki, ou encore le célèbre rappeur Valsero, connu pour ses textes critiques à l'égard du pouvoir.

M. Biya avait créé la surprise en annonçant vendredi soir par un tweet l'arrêt des poursuites contre « certains » responsables de l'opposition, notamment ceux du MRC, sans préciser si M. Kamto était concerné.

Cette annonce était intervenue quelques heures seulement après la clôture du Grand dialogue national, convoqué par M. Biya pour tenter de mettre fin au conflit séparatiste qui ensanglante les deux régions anglophones dans l'ouest du pays.

Paul Biya sourit après avoir voté.

Le président camerounais Paul Biya photographié le jour du scrutin lors de l'élection présidentielle du 7 octobre 2018, après avoir déposé son bulletin de vote dans un bureau de la capitale Yaoundé.

Photo : Getty Images / Alexis Huguet

Le président avait déjà annoncé jeudi la fin des poursuites et la libération de 333 personnes arrêtées dans le cadre de la crise anglophone.

Le chef de l'État réaffirme sa détermination à poursuivre sans relâche ses efforts dans la recherche des voies et moyens d'une résolution pacifique des crises et différends auxquels peut être confronté notre pays.

communiqué de la présidence

De nombreuses crises

Le Cameroun, pays perçu pendant des années comme un relatif havre de paix en Afrique centrale, est confronté aujourd'hui à de multiples crises.

Le nord du pays est sous la constante menace du groupe djihadiste nigérian Boko Haram qui multiplie les attaques.

Dans l'Ouest, dans les deux régions peuplées principalement par la minorité anglophone (16 % des Camerounais), les combats et exactions des deux camps (groupes armés indépendantistes et militaires) ont fait environ 3000 morts en 2 ans, selon des ONG, et forcé plus d'un demi-million de personnes à fuir leur domicile, selon l'ONU.

À cela s'est ajoutée une crise politique inédite après la réélection très contestée de M. Biya en octobre 2018, qui a vu de nombreux Camerounais descendre régulièrement dans la rue pour protester avant la vague d'arrestations de janvier 2019.

Après avoir fait preuve d'intransigeance pendant des mois, l'apparent changement de ton et de cap de M. Biya est sans doute dû en partie à des pressions internationales inédites depuis le début de l'année, à la fois sur la crise anglophone et sur le sort des opposants incarcérés, en particulier de M. Kamto.

Washington avait déclaré en mars qu'il serait « sage de le libérer », suivi de près par l'Union européenne, puis quelques mois plus tard par la France, l'un des plus fidèles soutiens de M. Biya, longtemps restée silencieuse.

Le président est bien conscient que le Cameroun est à la croisée des chemins parce qu'il fait face à d'importantes crises, commente pour l'AFP Richard Makon, un universitaire et politologue camerounais.

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