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EN CARTE - Les arrêts stratégiques des chefs de partis pour remporter le Grand Toronto

La ligne d'horizon de Toronto avec la Tour CN

La grande région de Toronto compte 55 des 338 sièges à la Chambre des communes.

Photo : Pexels

Lise Ouangari

La région du Grand Toronto, qui concentre 16 % des sièges à la Chambre des communes, est l’un des théâtres les plus importants de la bataille électorale, si bien que les chefs de partis ont multiplié leurs visites dans la région pour séduire l’électorat. Voici des trajets qui dessinent la stratégie des partis.

En 2011, la banlieue de Toronto avait contribué à la victoire de Stephen Harper, tandis qu’en 2015, le même ensemble de circonscriptions clés avait permis aux libéraux de former un gouvernement majoritaire.

Les chefs de partis se livrent à un jeu d’échecs dans la région de Toronto où ils doivent à la fois défendre leurs châteaux forts et tenter de renverser des sièges.

Un jeu agressif de la part des conservateurs

La banlieue de Toronto attire la convoitise des conservateurs, comme le démontrent les déplacements d’Andrew Scheer dans la couronne de Toronto, des circonscriptions qui n’étaient pas conservatrices à la dissolution de la chambre.

En lançant sa campagne électorale dans Vaughan—Woodbridge — une circonscription libérale où la lutte s’annonce serrée —, le chef du Parti conservateur du Canada a donné le ton : il souhaite rafler des sièges perdus aux mains des libéraux en 2015 dans des secteurs qui ont par ailleurs séduit l’électorat conservateur lors des élections provinciales.

M. Scheer doit gagner des sièges dans la couronne de Toronto. Un peu les mêmes sièges que M. Ford a gagnés lors de la dernière élection provinciale et que M. Harper avait gagnés en 2011. Donc il est très présent dans ces circonscriptions pour essayer de voir si sa présence peut bénéficier aux candidats locaux, parce qu’il y a une couverture médiatique des campagnes locales lorsque les chefs sont présents, explique Peter Graefe, professeur de sciences politiques à l'Université McMaster, à Hamilton.

Le chef conservateur Andrew Scheer a fait un arrêt à Vaughan, en banlieue de Toronto, lundi matin.

Le chef conservateur Andrew Scheer lors d'un arrêt à Vaughan, en banlieue de Toronto.

Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette

S’il prend bien soin de ne pas s’afficher aux côtés de Doug Ford qui est très impopulaire, Andrew Scheer ne manque pas de se promener dans le fief de la Ford Nation pour s’assurer les votes de l’électorat conservateur.

Les conservateurs ont plus de chances de séduire les gens qui sont dans le 905 [l'indicatif téléphonique de la banlieue de Toronto]. Je pense que c’est pour ça qu’il s’est concentré dans ces régions-là, explique la professeure adjointe au département de science politique et d’économie au Collège militaire royale du Canada, Stéphanie Chouinard.

M. Scheer a passé pas mal de temps à toute fin pratique chez Doug Ford dans la région d’Etobicoke par exemple, sans que M. Ford soit là pour l’accompagner, ajoute-t-elle.

La bataille du NPD et des libéraux pour le centre de Toronto

Stéphanie Chouinard explique que le centre-ville de Toronto fait surtout l’objet d’une lutte entre le NPD et le Parti libéral, car le secteur penche plus à gauche sur le spectre politique.

Les visites du chef du NPD dans le centre-ville de Toronto témoignent de l’intérêt des néo-démocrates pour tenter de rafler des sièges dans la région. Jagmeet Singh tente de regagner des circonscriptions qui ont été raflées au NPD par les libéraux en 2015, à l’image de Spadina—Fort York.

Jagmeet Singh fait une annonce en santé à Brampton au début de la campagne électorale

Jagmeet Singh fait une annonce en santé à Brampton au début de la campagne électorale

Photo : Radio-Canada

Le chef du NPD a par ailleurs lancé sa campagne à Brampton, où Peter Graefe explique que Jagmeet Singh détient une base électorale, car le parti du NPD de l’Ontario y occupe des sièges.

Au cours des dernières semaines de campagne, le politologue s’attend donc à voir de nouveau le chef du NPD de passage dans la région détenue au fédéral par les libéraux.

Les néo-démocrates traînent beaucoup la patte dans les sondages et donc je crois que la stratégie des néo-démocrates a été de sauver les meubles, et de passer du temps dans les circonscriptions qu’ils considèrent comme des châteaux forts, mais qui ne sont plus nécessairement acquises aux néo-démocrates dans les derniers sondages.

Stéphanie Chouinard, professeure adjointe au département de science politique et d’économie au Collège militaire royale du Canada

Trudeau défend ses acquis dans des circonscriptions fragiles

La présence des chefs de partis dans le Grand Toronto témoigne aussi de l’incertitude quant aux circonscriptions qui peuvent basculer facilement.

On parle de plusieurs luttes à deux, voire de luttes à trois. C’est une des raisons pour lesquelles les libéraux ont passé autant de temps dans la région de Toronto, pour tenter de maintenir ces circonscriptions-là qui sont jugées comme étant comme importantes, explique Stéphanie Chouinard.

Justin Trudeau se promène dans les rues de Toronto.

En visite à Toronto, Justin Trudeau a assuré qu'il bannira les armes d’assaut si les Canadiens lui accordent un second mandat.

Photo : La Presse canadienne / Sean Kilpatrick

Peter Graefe observe aussi que la pression des néo-démocrates et des conservateurs pèse sur le chef du Parti libéral.

On aurait tendance à croire que M. Trudeau, qui représente un gouvernement majoritaire sortant, sera moins fort que la dernière fois, donc la stratégie est surtout celle de garder ses comtés actuels et donc on s’attend à ce que le chef fasse beaucoup plus campagne dans ses propres comtés, explique le politologue.

Si le Parti libéral détient de nombreux sièges dans le Grand Toronto, les dernières élections provinciales ont révélé un nouveau paysage politique suggérant que le vent pourrait tourner pour les libéraux au scrutin fédéral.

Justin Trudeau s’est d'ailleurs déplacé dans des circonscriptions qui ont été perdues par le Parti libéral de l’Ontario aux dernières élections provinciales. Il s’est ainsi rendu dans la région de Brampton où les néo-démocrates de la province ont conquis des sièges ou encore dans la région de Mississauga où les progressistes-conservateurs se sont imposés.

Pour défendre son programme, Justin Trudeau a par ailleurs misé sur un enjeu local, la violence armée, lors de trois visites à Toronto, notamment dans le quartier grec, où un tireur a tué 2 personnes et en a blessé 13 autres le 22 juillet 2018.

Manque de ressources des plus petits partis

Les deux politologues expliquent la présence moins marquée du Parti vert et du Parti populaire du Canada (PPC) dans la région du Grand Toronto par un manque de moyens financiers.

Les verts et le PPC ne peuvent évidemment pas rivaliser de présence avec les trois autres partis au sens où ils n’ont simplement pas les moyens de faire autant de terrains, de villes, ils n’ont pas les mêmes ressources, explique Stéphanie Chouinard.

Selon elle, la cheffe du Parti vert a davantage intérêt à se déplacer dans les circonscriptions qui ont une chance selon les sondages de passer aux verts.

Elizabeth May s’est ainsi rendue à Guelph dans les premiers jours de la campagne où le Parti vert de l’Ontario a fait élire son premier député aux dernières élections provinciales.

Le chef du Parti vert de l'Ontario, Mike Schreiner, en compagnie de la cheffe fédérale des Verts, Elizabeth May, en campagne à Guelph.

Le chef du Parti vert de l'Ontario, Mike Schreiner, en compagnie de la cheffe fédérale des Verts, Elizabeth May, en campagne à Guelph.

Photo : Radio-Canada / Chris Glover/CBC News

La cheffe du Parti vert s’est aussi déplacée au centre-ville de Toronto à l’Université Ryerson pour tenter de rejoindre un électorat jeune.

L’intérêt du Parti vert, c’est de faire un très bon score même s’ils n’arrivent pas à faire élire des candidats et donc c’est peut-être plus intéressant pour eux d’aller rejoindre un amphithéâtre de jeunes à Ryerson et d’avoir cette couverture parmi les jeunes universitaires plutôt que de passer une heure à serrer un nombre pas très intéressant de mains dans une circonscription dans la banlieue de Toronto, commente Peter Graefe.

De son côté, le Parti populaire du Canada a peu de chance de remporter des sièges dans la région, estime Peter Graefe.

Pour Maxime Bernier [le chef du PPC], le fait d’être un peu partout est peut-être moins important que de choisir les tribunes où il aura la capacité d’être vu ou entendu par le grand public en espérant que ça va donner de bons résultats pour ses candidats locaux, explique-t-il.

Maxime Bernier a tout de même lancé sa campagne à Toronto pour soutenir Renata Ford, la veuve de l'ancien maire de Toronto Rob Ford, candidate dans la circonscription d'Etobicoke-Nord.

Stéphanie Chouinard explique que le PPC cherche ainsi à interpeller avec certains personnages connus de la région.

La grande région de Toronto compte 55 des 338 sièges à la Chambre des communes.

Notre dossier Élections Canada 2019

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