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Hong Kong : une nuit de chaos fermement condamnée par la cheffe de l'exécutif

Le récit de Mélissa François

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Agence France-Presse

Hong Kong était partiellement à l'arrêt samedi avec la fermeture du métro et de dizaines de commerces à la suite d'une nuit de violences entre manifestants prodémocratie et policiers.

Les nouvelles manifestations ont été fermement condamnées par la cheffe de l'exécutif hongkongais Carrie Lam, qui a dénoncé des « émeutiers » et assuré que la population est « effrayée ».

Ces incidents ont éclaté à la suite de l'interdiction par les autorités du port du masque lors des rassemblements.

Les actes extrêmes commis par les émeutiers sont à l'origine d'une nuit très sombre pour Hong Kong et la société hongkongaise est à moitié paralysée aujourd'hui. Tout le monde est très inquiet, voire même effrayé.

Carrie Lam, cheffe de l'exécutif hongkongais

Une violence extrêmement terrifiante s'est abattue dans tous les quartiers de Hong Kong, a ajouté la cheffe de l'exécutif, qualifiant de « choquantes », les actions commises par « des émeutiers masqués ».

Scènes de violence extrême

Les autorités hongkongaises ont invoqué vendredi des dispositions d'urgence datant de 1922, auxquelles il n'avait plus été recouru ces 52 dernières années, pour interdire vendredi le port du masque lors des manifestations.

Cette mesure, destinée à mettre fin à quatre mois d'une contestation sans précédent, a au contraire mis le feu aux poudres. À peine quelques heures après son annonce, des actions de protestation ont éclaté un peu partout dans l'ex-colonie britannique.

Dans la soirée, de violents heurts se sont produits entre la police et les manifestants, qui ont envahi les rues, allumé des feux et vandalisé des stations de métro [toutes les lignes ont été arrêtées] et des établissements commerciaux prochinois.

Le gouvernement ne nous écoute pas. Alors nous renforçons notre action, a déclaré Nathalie, une manifestante âgée de 32 ans, tandis que des protestataires radicaux saccageaient une station de métro dans le quartier habituellement calme de Tseung Kwan O.

Un feu allumé dans la rue

Un feu allumé devant une station de métro

Photo : Reuters / Susana Vera

Dans l'arrondissement de Yuen Long, un policier a ouvert le feu lorsque sa voiture a été encerclée par la foule et qu'un cocktail Molotov a explosé à ses pieds, d'après des témoins de la scène.

La police a expliqué que le policier a tiré une balle dans le cadre de la légitime défense.

Une foule importante d'émeutiers a attaqué un policier en civil. Il est tombé au sol, puis a été battu par de nombreuses personnes. Dans ces circonstances de danger pour sa vie, le policier a tiré cinq balles pour sa sécurité, a déclaré la police dans un communiqué.

Dans le même quartier, un garçon de 14 ans a été blessé par balle, a rapporté le quotidien South China Morning Post citant une source médicale, sans pouvoir faire de lien entre les deux événements.

La circulation des transports publics suspendue

Des hommes masqués vandalisent des équipements d'une station de métro.

Des manifestants masqués ont vandalisé une station de métro de Hong Kong.

Photo : Reuters / Tyrone Siu

Après le saccage de stations de métro, l'opérateur public MTR a annoncé samedi que la circulation était suspendue sur tout le réseau, précisant que la situation serait réexaminée dans la journée.

Les services de MTR, qui incluent le métro, les autobus et la ligne express qui dessert l'aéroport international, ne peuvent pas reprendre ce matin, a indiqué l'opérateur dans un communiqué, précisant que la situation serait réexaminée dans la journée.

Certains centres commerciaux et supermarchés sont fermés tout comme de nombreuses banques chinoises, dont les façades ont été couvertes de tags.

La police a envoyé des messages, demandant à la population d'éviter les manifestations au cours des trois prochains jours, lundi étant férié à Hong Kong.

Hong Kong traverse depuis juin sa pire crise politique depuis sa rétrocession à Pékin en 1997, avec des actions quasi quotidiennes et des confrontations de plus en plus violentes entre forces de l'ordre et protestataires masqués.

Carrie Lam a précisé que l'interdiction du masque dans les rassemblements, punie de jusqu'à un an de prison pour les contrevenants, ne signifiait pas que l'état d'urgence avait été décrété dans ce territoire semi-autonome.

Nous pensons que la nouvelle loi aura un effet dissuasif sur les manifestants violents et les émeutiers masqués et aidera la police dans sa mission de maintien de l'ordre, a déclaré Mme Lam au cours d'une conférence de presse vendredi.

Les autorités centrales chinoises ont jugé « extrêmement nécessaire » cette mesure. Il est grand temps de mettre fin aux violences en adoptant une attitude plus claire et des mesures plus efficaces, car le chaos actuel à Hong Kong ne peut pas continuer indéfiniment, a déclaré dans un communiqué le porte-parole du bureau chargé, au sein du gouvernement chinois, des affaires de Hong Kong et de Macao, Yang Guang.

Appel à la résistance

Plus tôt dans la journée, des milliers de Hongkongais avaient devancé l'annonce de Mme Lam pour manifester et promettre de ne pas se plier à l'interdiction.

Pour ne pas être identifiés et éviter les poursuites judiciaires, les manifestants défilent depuis juin le visage masqué. Certains portent aussi des casques, des lunettes de protection ou des masques à gaz afin de se protéger du gaz lacrymogène et des projectiles tirés par la police.

Les jeunes risquent leur vie. Cela leur est égal d'être emprisonnés pour dix ans, donc ce n'est pas le fait de porter un masque qui leur posera problème, a dit à l'AFP un employé de 34 ans ayant dissimulé son visage.

Des manifestants masqués brisent des vitrines

Le métro, des centres commerciaux et des supermarchés sont fermés samedi.

Photo : Reuters / Athit Perawongmetha

Hong Kong avait connu mardi sa journée la plus violente depuis juin. Tandis que la Chine populaire célébrait son 70e anniversaire, l'ex-colonie britannique a été le théâtre d'affrontements dans de nombreux quartiers qui ont considérablement éprouvé les capacités de maintien de l'ordre de la police.

Et pour la première fois, un manifestant a été blessé par balle par un policier dont l'unité avait été attaquée.

Une loi appliquée par les Britanniques

Depuis, des élus fidèles à Pékin et des syndicats de police avaient appelé l'exécutif à recourir à la loi de 1922, qui autorise l'exécutif à prendre n'importe quelle mesure, sans le feu vert du corps législatif, dans l'éventualité d'une situation d'urgence ou d'un danger pour la population.

Pendant les émeutes de 1967 – un mouvement social qui dégénéra pendant sept mois en batailles de rue entre forces de l'ordre et militants gauchistes –, la Grande-Bretagne avait mis en application ce texte pour élargir les prérogatives de la police en matière d'arrestations, mais aussi pour largement censurer les médias.

La majorité politique juge ces mesures d'urgence nécessaires face à une frange radicale de plus en plus violente.

Mais l'opposition estime que permettre ainsi à Mme Lam de court-circuiter le contrôle parlementaire engagerait le territoire sur une pente glissante, d'autant que Hong Kong a assis sa réputation de centre financier mondial sur le respect de l'État de droit et l'indépendance de la justice.

Pour Joshua Wong, une figure de proue du combat pour la démocratie, cette loi annonce le début de la fin de Hong Kong.

Il est ironique qu'une arme de l'ère coloniale soit utilisée par le gouvernement chinois et le Parti communiste chinois, a-t-il dit à l'AFP.

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