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Les ambitions de Xavier Dolan

Xavier Dolan sourit à pleines dents.

« Matthias et Maxime », le huitième long métrage de Xavier Dolan, prend l'affiche le 9 octobre.

Photo : Reuters / Regis Duvignau

Radio-Canada

À quelques jours de la sortie en salle de son nouveau long métrage, Matthias et Maxime, Xavier Dolan était de passage à l'émission Culture club afin de discuter du langage de sa génération, des périls du métier de réalisateur et de ses ambitions d'acteur de plus en plus prononcées.

Matthias et Maxime prendra l'affiche le 9 octobre. En plus d'en assurer la réalisation, Xavier Dolan y incarne Maxime, un ami d'enfance de Matthias, joué par Gabriel D'Almeida Freitas, avec qui il sera forcé de s'interroger sur les notions d'amour et d'amitié.

Pour le court métrage d'Erika, la sœur d'un de leurs amis, Matthias et Maxime, deux hétéros convaincus, sont contraints d'échanger un baiser. Cet exercice relativement futile bouleversera les deux trentenaires, qui seront catapultés dans une grande remise en question.

René Homier-Roy pose à Xavier Dolan la question qui brûle toutes les lèvres, compte tenu des thèmes auxquels nous a habitués le cinéaste, à savoir s'il y a une dimension homosexuelle à son scénario.

Les deux personnages ne sont pas homosexuels. C’est ça qui les trouble. S’ils ressentaient qu’à 30 ans, ils ont peut-être besoin de vivre une aventure, ils le feraient, explique le cinéaste. Les gens le font, moi je l’ai fait. J’ai eu des aventures avec des hommes hétérosexuels qui avaient envie d’exprimer une partie de leur sexualité.

Contrairement à plusieurs de ses films précédents, le scénario de Matthias et Maxime n'est donc pas nécessairement axé sur l'identité sexuelle, mais plutôt sur la fine ligne entre l'amour et l'amitié. Ce qui les trouble, bien plus qu’une attirance physique, c’est qu’ils ont, l’un envers l’autre, des sentiments.

Deux hommes sont assis côte à côte sur une causeuse.

Matthias (Gabriel D'Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan), les deux personnages principaux du nouveau film du jeune réalisateur québécois

Photo : Shayne Laverdière

Le français « hybride » des jeunes Québécois

Le personnage d'Erika, interprété par Camille Felton, est le portrait tout craché de plusieurs jeunes Québécois. Si son rôle est plutôt secondaire, sa façon de s'exprimer n'a pas manqué de retenir l'attention de René Homier-Roy, qui a demandé au réalisateur si ce personnage n'était pas un « concentré de tout ce qui est haïssable dans la jeunesse d’aujourd’hui ».

Ce qu’elle représente c’est beaucoup de franglais, [...] à travers une langue assez massacrée, hybride, une espèce de sabir qui, même pour ma génération, est souvent incompréhensible et qui nous irrite au plus haut point. En même temps, il y a quelque chose de très moderne chez elle, lance le réalisateur.

Pour moi, la langue – et j’ai toujours essayé de le montrer dans mes films – c’est quelque chose d’évolutif, c’est quelque chose qui se transforme. Il y a des puristes de la langue qui refusent d’y croire.

Xavier Dolan, réalisateur

Pour Xavier Dolan, il n'est pas question de travestir le vrai parler des gens qu'il côtoie dans la vie de tous les jours. Il en profite pour lancer une pointe aux films où se parle « un français qui n'existe pas, un peu pédant, en “trou de cul de poule” ».

On m’a souvent reproché d’écrire dans mes films un mauvais français, un français qui faisait honte aux Québécois devant, par exemple, les Français. [... ] Moi, ma façon de militer pour la survie du français, ce n'est pas en évitant d’écrire des personnages réalistes qui parlent un québécois plus vulgaire. C’est en créant un personnage comme [celui d'Erika] pour faire réfléchir les gens.

Un groupe de jeunes hommes (parmi lesquels Xavier Dolan, Pier-Luc Funk et Gabriel D'Almeida Freitas) se tiraillent dans une rue.

Une scène de « Matthias et Maxime »

Photo : Shayne Laverdière

Un réalisateur à l'écoute de ses comédiens

Pour Matthias et Maxime, Xavier Dolan est allé chercher plusieurs de ses amis proches (Pier-Luc Funk, Catherine Brunet, Adib Alkhalidey, Antoine Pilon, Gabriel D'Almeida Freitas et Samuel Gauthier) afin de compléter la distribution. L'animateur de Culture club cherche à savoir quel type de réalisateur Dolan peut être dans un contexte plus amical : Est-ce qu’il y a eu de l’improvisation? Est-ce que vous les avez menacés du fouet s’ils sortaient du texte?

Le cinéaste en a profité pour remettre les pendules à l'heure par rapport à sa façon de diriger les acteurs en général.

Ça fait 10 ans que je fais ce métier-là, puis ça fait 10 ans que j’écoute ce que les gens me disent. [...] J’écoute tous les gens autour de moi, c’est juste ça que je fais. Après ça, l’impression que les gens ont... Les gens ont bien des impressions, mais, moi, je vous dis comment ça se passe sur mes plateaux, réplique-t-il.

On travaille tous ensemble, puis on fait des sacrifices, on sacrifie nos ego, certaines idées. On appelle ça en anglais “kill your darlings” (sacrifiez vos favoris).

C'est d'ailleurs ce genre de relation qu'il entretient avec celle qui le suit depuis ses débuts, Anne Dorval.

Une scène du film, dans laquelle la comédienne est assise sur un divan.

Anne Dorval dans le film « J'ai tué ma mère », de Xavier Dolan

Photo : K-Films

Anne est une comédienne, mais aussi une artiste. C’est quelqu'un qui a une idée de ce à quoi ressemble sa profession, son art, puis à quoi ressemblent sa vérité et la vérité qu’elle essaie d’incarner. S’il y a quelque chose qui se met en travers de son chemin, elle n’hésitera jamais à le dire.

Parlant d'Anne Dorval, le réalisateur lui a confié un rôle assez éloigné de sa personne. Elle interprète le rôle de Manon, la mère de Maxime, qui est « vulgaire, malheureuse, mesquine, [...] un personnage assez terrible », selon l'animateur. Était-ce un défi d'imposer un tel rôle à son actrice fétiche?

Selon Dolan, il n'en est rien, ce serait même plutôt jouissif. On veut tous faire des méchants, des personnages fourbes. [...] Anne, on la voit dans Le cœur a ses raisons, elle se revire et c’est Hermione dans Andromaque. C’est la femme de Trump dans le Bye bye, ensuite c’est la mère dans Matthias et Maxime. C’est ça qui fait sa force. La raison pour laquelle je l’admire tant, c’est sa polyvalence, sa créativité.

Quand le métier de réalisateur rend fou

René Homier-Roy revient sur le tournage difficile du premier film de Xavier Dolan en anglais, The Death and Life of John F. Donovan, en lui rappelant que Kit Harington, l'acteur principal, l'avait trouvé un peu épeurant sur le plateau puisqu'il « ne lâchait jamais la patate ».

L'acteur regarde la caméra dans un décor vieillot.

Kit Harington dans le film « The Death and Life of John F. Donovan », de Xavier Dolan

Photo : Shayne Laverdière/films Séville

Ça rend fou quand les gens détruisent en une minute un film qu’on a mis trois ans à faire.

Xavier Dolan, réalisateur

Le cinéaste ne s'en cache pas, lorsqu'il s'investit dans un film, cela l'obsède et consomme toute son énergie.

Moi, ça devient toute ma vie faire un film. Je touche aux costumes, j’en achète les tissus. C’est pas moi qui les couds, c’est pas moi qui les assemble, mais je les dessine, je trouve les références. Je monte [le film], je monte la bande-annonce, je fais les sous-titres en anglais, je fais les sous-titres en français, explique-t-il.

Pendant le tournage de John F. Donovan, j’ai [eu] une perte de contrôle et [j'ai perdu] complètement la couche de peau sur mes paumes, sur mes mains, et c’est jamais revenu. [...] Je ne veux plus ce stress-là, je ne veux plus cette responsabilité.

J’ai envie de répondre au pouvoir des autres. Je n'ai plus envie d’avoir ce pouvoir-là, j’ai envie de m’abandonner, j’ai envie de m’oublier. Je n'ai plus envie de contrôler, j’ai envie qu’on me contrôle.

Xavier Dolan, réalisateur

L'appel du jeu, plus fort que tout

Ce besoin de changer d'air, Xavier Dolan le revendique haut et fort. De plus en plus, il multiplie les rôles au cinéma. On a pu le voir en 2018 dans le film Boy Erased, et il a obtenu un petit rôle dans Ça : chapitre 2, le deuxième volet cinématographique tiré du livre Ça, de Stephen King.

Plus récemment, il a également tourné avec le grand Gérard Depardieu, à qui il donne la réplique dans Comédie humaine, le nouveau film du cinéaste français Xavier Giannoli (Marguerite, À l’origine). Il n'a d'ailleurs pas manqué de lui lancer des fleurs.

Personnellement, ça a été très agréable. C'est un personnage qui habite quand même l'espace. Il fait énormément de blagues, il bouffonne énormément, mais quand la caméra tourne, il est vrai, il est présent. [...] Tu te retournes, tu le regardes et, dans son regard, il y a une justesse.

Xavier Dolan est définitivement prêt à prendre une pause de son rôle de réalisateur. En fait, selon ses dires, c'est un désir latent qui le suit depuis toujours, mais qu'il n'a pas eu la chance d'explorer autant qu'il l'aurait voulu.

Ça fait depuis toujours que je dis que je veux jouer. Après, ce que je comprends, c’est que bêtement, dans ma vie, je n’ai pas fait l’espace pour ça. [...] J’avais des films à raconter, j’avais des choses à dire, puis les rôles qu’on m’offrait n'étaient pas tout le temps des rôles que j’avais envie de faire, explique-t-il. Là, j'ai envie vraiment de m'asseoir et d'attendre. J'attends qu'on m'offre un rôle, j'attends de lire quelque chose que j'aime.

Dolan à la barre d'une série télévisée?

Avant de se concentrer sur son autre passion, le jeu d'acteur, Xavier Dolan a un dernier projet en tête en ce qui a trait à la réalisation. Il serait présentement en train d'écrire une série pour la télévision, bien qu'il ne puisse pas en dire beaucoup à ce stade-ci.

On est dans un thriller, dans le suspense, dans l’horreur. Je vais essayer d’en dire plus bientôt sur ce qu’est ce projet. J’attends en fait de savoir si on peut aller de l’avant, précise-t-il.

Que ce soit à la réalisation ou en tant qu'acteur, Xavier Dolan n'a qu'un souhait, celui de toucher les gens. Quand les gens disent qu'ils ont été touchés, c’est gagné pour moi, c’est ça que je veux. [...] S’ils peuvent rire et un peu pleurer, bien, on a gagné.

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