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Une firme de Montréal acquiert plusieurs usines de fruits de mer des Maritimes

Une main tient un homard aux pinces fermées par un élastique.

Une firme d’investissement de Montréal a fait l'acquisition de plusieurs usines de transformation de fruits de mer dans les Maritimes.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada
Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

L'acquisition récente de plusieurs usines de transformation de homard et de crabe des neiges par une firme d'investissement de Montréal inquiète des pêcheurs des Maritimes. Ils craignent une trop grande concentration d’usines et un impact sur les prix des fruits de mer.

Les usines de transformation de crabe des neiges et de homard Captain Dan's à Bouctouche et à Cap-Lumière au Nouveau-Brunswick sont les deux plus récentes acquisitions de la firme d’investissement Champlain Financial Corporation basée à Montréal.

Depuis 2017, Champlain a pris le contrôle de huit usines de transformation de poisson et de fruits de mer au Nouveau-Brunswick et en Nouvelle-Écosse.

Normand Leblanc a fondé l'usine de transformation Captain Dan's en 1993. Avant lui, son grand-père et son père ont également été propriétaires d’usines.

Un homme et son père face à face à la réception d'un bureau.

Normand Leblanc et son père Léopold Leblanc dans les bureaux de Captain Dan’s, à Moncton.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Après des mois de négociations avec Champlain Financial Corporation, il a décidé de vendre ses deux usines le 1er octobre.

Pour moi, ça a été une décision difficile. Ce n’était pas dans ma tête, je n'avais pas le For sale [À vendre] en avant de ma bâtisse, admet M. Leblanc. 

Le nouveau regroupement d’usines s’appelle Champlain Seafood. Il est composé des usines de transformation de homards et de crabe des neiges Pêcheries Chéticamp, Petit de Grat Packers et Riverside Lobster en Nouvelle-Écosse ; Cape Bald Packers et Captain Dan’s Seafood au Nouveau-Brunswick ; et Boston Lobster aux États-Unis.

Marc Poulin en entrevue dans un studio de télévision.

Marc Poulin, président du conseil d'administration de Champlain Seafood.

Photo : Radio-Canada

Il y a des choses que chacune des usines ne pouvait faire individuellement, faute de ressources, explique Marc Poulin, président du conseil d’administration de Champlain Seafood. En se regroupant, tout d'un coup on a les ressources pour pouvoir investir dans des nouvelles approches de vente, investir dans le développement de nouveaux produits, investir dans des nouveaux processus d'opération.

Champlain ne ferme pas la porte à d'autres acquisitions dans le futur. On est très heureux de ceux qui se sont joints au groupe, et s'il y en a d'autres qui veulent se joindre, on va le regarder en temps et lieu, lance M. Poulin.

Les pêcheurs ne partagent pas le même optimisme.

Le président de l'Union des pêcheurs des Maritimes (UPM), Gaétan Robichaud, dit ne jamais avoir vu autant d'usines être acquises par des intérêts extérieurs. Un aussi grand nombre, c'est la première fois dans le domaine des pêches que je le vois, relate-t-il.

Gaétan Robichaud accorde une entrevue au quai près d'un bateau.

Gaétan Robichaud, président de l'Union des pêcheurs des Maritimes.

Photo : Radio-Canada

Il craint que la formation d’un monopole ne se traduise par une diminution des revenus tirés de la pêche.

Si ça continue à grandir, le nombre d'usines qu'ils achètent, ça pourrait affecter les prix à la baisse du produit qu'on va apporter au quai. Ça arrêterait la compétition entre différentes usines, soutient Gaétan Robichaud.

Pierre-Marcel Desjardins.

Pierre-Marcel Desjardins, économiste, Université de Moncton.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Pierre-Marcel Desjardins, économiste de l’Université de Moncton, juge de son côté que les récentes transactions démontrent l’attrait incontestable du secteur. En effet, les stocks de homard et de crabe des neiges se portent très bien dans les Maritimes.

La question, c'est jusqu'où ils voudront pousser la note, avertit cependant l’économiste.

Est-ce qu'ils sont prêts à fermer certaines de ces usines pour consolider? Est-ce qu'ils veulent réinvestir, moderniser, améliorer pour revendre?, poursuit M. Desjardins. Ça peut être, au fond, une bonne ou une mauvaise nouvelle, les événements vont nous l’apprendre. Mais il y a quand même un risque lorsque c'est le seul objectif - qui est le profit - qui mène les décisions.

Des travailleurs d'une usine de transformation de fruits de mer.

Des travailleurs d'une usine de transformation de fruits de mer.

Photo : Radio-Canada

Plusieurs anciens propriétaires d'usines ne se sont pas retirés complètement : ils continuent d’avoir des parts dans leurs entreprises, même s’ils sont aujourd'hui minoritaires.

C’est le cas de Normand Leblanc. Il est un des neuf directeurs sur le conseil d'administration de Champlain Seafood. Il assure qu’il maintient toujours son engagement envers les Maritimes et l’industrie des pêches de la région. Il n’y a rien qui va changer, dit-il.

Normand Leblanc.

Normand Leblanc, président de Captain Dan’s.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Captain Dan's emploie jusqu'à 300 personnes en haute saison de production. Il n'y aura pas de compressions d'employés, assure Normand Leblanc. Pour nous, c'est business as usual, dit le président. 

Selon M. Leblanc, les huit usines acquises par Champlain Seafood représentent de 15 % à 20 % de toute la production régionale. Normand Leblanc répond aux pêcheurs qu’ il n'y aura pas d'impact sur les prix payés pour le crustacé.

La stratégie de Champlain Seafood est d'améliorer la rentabilité de ses acquisitions, pour une revente des actifs dans cinq à sept ans.

Le Bureau de la concurrence du Canada, qui avait déjà approuvé les acquisitions de Petit de Grat Packers, Pêcheries Chéticamp, Riverside Lobster et Cape Bald Packers, n'était pas en mesure de confirmer s’il examinait la dernière transaction.

Les candidats dans Beauséjour réagissent

Cinq des huit usines de fruits de mer achetées par le groupe montréalais Champlain se trouvent dans la circonscription fédérale de Beauséjour, au Nouveau-Brunswick. Plusieurs villages côtiers de la circonscription dépendent presque exclusivement de la pêche et de la transformation des fruits de mer.

Jean-Marc Bélanger.

Jean-Marc Bélanger, candidat du NPD dans Beauséjour.

Photo : Facebook / @jeanmarcforbeausejour

Je suis très attristé par la nouvelle que la firme Champlain de Montréal s'est approprié des usines de pêche et de homard au Nouveau-Brunswick, déclare Jean-Marc Bélanger, candidat du Nouveau Parti démocratique dans Beauséjour.

Le néo-démocrate dit ne pas appuyer ce genre de monopole et affirme qu’il fera tout en son pouvoir pour préserver les emplois. On en parle régulièrement au Nouveau-Brunswick avec les entreprises d'Irving. Nous encourageons, au contraire, le développement économique local et l'autosuffisance. L'industrie de la pêche fait partie de notre mode de vie, dit M. Bélanger.

Laura Reinsborough.

Laura Reinsborough, candidate du Parti vert du Canada dans Beauséjour.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

Laura Reinsborough, candidate pour le Parti vert à l'élection du 21 octobre, souligne que la pêche est une richesse et une force pour la région. Elle indique que les pêcheurs et les travailleurs s’inquiètent de l’arrivée de monopoles d’usines qui entraîneraient une perte de contrôle sur la ressource et une perte de bénéfices pour la région.

Un gouvernement vert protégera ses ressources pour créer des bons emplois, pour que ce soit durable et pour que les bénéfices restent ici dans notre communauté, affirme Laura Reinsborough.

Un homme parle devant un micro.

Le député Dominic LeBlanc, candidat du Parti libéral dans Beauséjour.

Photo : Radio-Canada / Mario De Ciccio

De son côté, le député libéral sortant, Dominic LeBlanc, souligne que le rôle du gouvernement fédéral est de protéger les ressources naturelles. 

Depuis mon entrée en politique, j’ai toujours travaillé fort pour les gens qui travaillent dans le domaine de la pêche. Que ce soit les pêcheurs, les travailleurs d’usines ou n’importe quelle personne qui travaille dans cette industrie, je vais toujours travailler fort pour m’assurer de protéger cette industrie et les emplois qui viennent avec, fait valoir Dominic LeBlanc.

Les conservateurs estiment, quant à eux, que ces fusions d’usines sont le résultat de la globalisation et qu’elles permettent aux entreprises d’avoir des avantages sur le marché.

Vincent Cormier devant les locaux de Radio-Canada.

Vincent Cormier, candidat du Parti conservateur du Canada dans Beauséjour.

Photo : Radio-Canada / Nicolas Steinbach

C’est certain qu’il y a une perception qui peut être négative, surtout au niveau des prix. Mais dans ce cas-ci, vous avez des propriétaires qui font partie du nouveau groupe et certains sont des actionnaires. Comme gouvernement, c’est important de s’assurer que la ressource est protégée dans notre région et que la valeur ajoutée est faite chez nous pour bénéficier aux communautés locales, indique Vincent Cormier, candidat pour le Parti conservateur dans Beauséjour.

D’après le reportage de Nicolas Steinbach

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