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[Train de campagne] Un pêcheur de homards à contre-courant

Stephan Leblanc souhaite un changement de philosophie par rapport à la pêche commerciale afin de pêcher plus « responsable ».

Stephan Leblanc dans la cabine de son bateau

Stephan Leblanc est un pêcheur qui réfléchit à l'avenir de son industrie.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Janic Tremblay

À l'occasion de la campagne électorale, les journalistes Janic Tremblay et Marie-France Abastado de Désautels le dimanche entreprennent la traversée du Canada en train à la rencontre des électeurs. Troisième envoi d’une série de cartes postales.

Il vente assez fort cet après-midi à Cap-Pelé. Un pêcheur qui regarde l’horizon me raconte que c’était bien pire à l’aube. Les rafales à plus de 30 noeuds ont convaincu de nombreux homardiers comme lui de rester à quai. Cependant, au loin, un bateau revient après avoir passé presque 12 heures en mer. C’est le Natalie L. du jeune capitaine Stephan Leblanc. Il m’avait offert de l’accompagner. Mais je n’ai pas le pied marin. J’aurais rapidement pris une teinte verdâtre et toute velléité de reportage aurait été anéantie par les nausées.

Quoi qu’il en soit, la pêche a été bonne. Stephan et son équipage composé de son père Paul Leblanc et de son employé Samuel Boudreault ramènent plus de 400 kilos de crustacés. Après des années de vaches maigres, la pêche aux homards va maintenant très bien dans le détroit de Northumberland. Samuel résume éloquemment l’affaire.

Il y a quelques années, on prenait 1 homard pour 6 casiers. Maintenant, il peut y avoir 6 homards par casier. Ça a beaucoup changé. C’est l’fun de sortir.

Samuel Boudreault
Plusieurs homards.

Le homard du Canada est pêché avec des appâts d'Écosse et du Japon.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Paul Leblanc, qui a pêché pendant 40 ans avant de vendre son permis à son fils Stephan, rappelle lui aussi que dans le passé, les homardiers en ont souvent arraché.

Certaines années, on pouvait pêcher moins de 4500 kilos de homards. C’est dur ça.

Paul Leblanc
Paul Leblanc rit aux éclats.

Paul Leblanc a vendu son permis de pêche à son fils Stephan.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Pour vous donner une idée du changement, depuis quelques années, les prises d’un pêcheur peuvent assez facilement totaliser plus de 23 000 kilos de homards pendant la saison. Évidemment, les revenus sont excellents et tout le monde semble de très bonne humeur au quai de l’Aboiteau. Mais le capitaine Stephan Leblanc, lui, est un peu inquiet quand il aborde l’abondance des stocks. Car la situation s’explique certainement en partie par le réchauffement du climat.

Les automnes sont plus doux. L’eau est plus chaude et cela augmente le taux de survie des homards. Par contre, si l’eau se réchauffe trop ou trop rapidement, ça peut devenir inhabitable pour le homard. C’est ce qui est arrivé au Rhode Island, où la pêche commerciale ne va vraiment pas bien. Est-ce que c’est ça qui nous attend? On ne peut pas le prédire, mais ce n’est pas rassurant.

Autre source d’inquiétude pour lui? L’acidification des océans qui absorbent de plus en plus de gaz carbonique de l’atmosphère. Stephan Leblanc rappelle que la carapace des homards est faite de calcium, qui tolère très mal les milieux acides. Ce qu’il adviendra dans le futur, on ne le sait pas, mais à son avis, les stocks et peut-être même l’espèce elle-même pourraient être menacés.

Stephan Leblanc porte la casquette.

Le pêcheur Stephan Leblanc s'inquiète de la tendance de son industrie à toujours vouloir plus gros.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Si le jeune capitaine a une connaissance aussi fine des questions climatiques, c’est parce qu’il a étudié en biologie et possède une maîtrise en écologie des pêches. Après quelques années de travail comme fonctionnaire au ministère des Pêches et Océans, il est retourné à la pêche comme ses ancêtres. Il réfléchit beaucoup aux écosystèmes. Celui des océans. Et aussi celui de son industrie.

Le maquereau que l’on utilise pour nos appâts vient du Japon et de l’Écosse parce que nos stocks ici sont maintenant trop bas. Ce n’est pas écologique du tout. C’est le genre de chose qui me garde réveillé la nuit.

La réflexion de Stephan Leblanc ne s'arrête pas là. Il a une vision globale de son industrie. Il plaide constamment pour une pêche plus responsable.

Il croit que les pêcheurs devraient opter pour de plus petits bateaux pourvus de moteurs moins énergivores et moins polluants. Il est aussi persuadé qu’il faudrait utiliser moins d’appâts dans les cages et accepter de remonter moins de homards qu’en ce moment. Sauf que ce n’est pas la tendance actuelle.

Les bateaux sont plus gros. Les moteurs sont plus puissants et polluants. On utilise beaucoup d’appâts. J’essaie d’aller à contre-courant avec un plus petit bateau et un plus petit moteur. Mais la pêche est une industrie compétitive. Si tous mes collègues adoptent des pratiques qui leur procurent un avantage... je n’ai presque pas le choix de suivre.

Des bateaux alignés à quai.

Stephan Leblanc à bord de son bateau.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Les politiciens

Il lance un appel au prochain gouvernement fédéral en cette période électorale. Il faut repenser complètement la façon dont on fait la pêche dit-il.

On vit au-delà de nos moyens. La croissance économique ça vient de l’environnement. Si notre environnement souffre, l’économie va en souffrir elle aussi un jour ou l’autre. Ce n’est peut-être pas clair en ce moment. Mais un jour on va s’en rendre compte. Le problème c’est qu’une fois qu’on aura passé un certain seuil, on ne pourra pas revenir en arrière.

Janic Tremblay souriant.

Le journaliste Janic Tremblay de l'émission Désautels le dimanche.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

J’ai entrepris mon périple dans l’est du pays à bord d’un train qui s’arrêtera en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick et dans l'Est-du-Québec. Je vous rapporte quelques cartes postales témoignant de mes rencontres. Vous pourrez aussi me suivre à l’émission Désautels le dimanche à 10 h.

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