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Un centre de bien-être pour musiciens inauguré à Ottawa

Une femme dans la cinquantaine discute avec un jeune homme dans la vingtaine qui tient un violoncelle.

La posture est un facteur déterminant dans la santé physique des musiciens.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Christelle D'Amours

Saviez-vous que l’art pouvait rendre malade? Il arrive que les musiciens souffrent de problèmes physiques ou mentaux à cause de la pratique intensive de leur instrument. L’École de musique de l’Université d’Ottawa (UdO) organise une journée portes ouvertes, dans le cadre de son 50e anniversaire, pour lancer les activités de son nouveau Centre de bien-être pour musiciens – qu’ils soient professionnels ou amateurs.

80% des musiciens reconnaissent avoir déjà souffert d’anxiété de performance. Entre 80 et 90% des musiciens d’orchestre vont faire l’expérience de problèmes dus à la pratique de leur l’instrument en carrière. Entre 30 et 45% vont devoir abandonner leur instrument pendant une période déterminée en raison de problèmes physiques ou mentaux, détaille Gilles Comeau, professeur titulaire et directeur du Centre de bien-être pour musiciens de l’UdO.

Un jeune homme reçoit un traitement.

Jeff a commencé à jouer du piano à l'âge de quatre ans. Aujourd'hui âgé de 27 ans, il tente de régler un problème de posture.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Ces statistiques inquiétantes ont motivé les professionnels de la Faculté des arts et du Centre de recherche sur la pédagogie du piano de l’UdO à mettre sur pied le Centre du bien-être.

Les musiciens sont très à risque de développer des problèmes reliés à la pratique de leur instrument.

Gilles Comeau, professeur titulaire et directeur du Centre de bien-être pour musiciens de l’UdO

Bien que d’autres centres du même genre existent ailleurs, le professeur soutient que la nouveauté réside dans la combinaison de trois disciplines sous un même toit :

1- Le centre de recherche où travaillent professeurs et étudiants aux études supérieures;

2- Le volet éducatif incluant la pédagogie universitaire, des ateliers grand public et des cours pour la communauté;

3- Le volet clinique intégrant la pratique de professionnels de la santé spécialisés auprès des musiciens.

Ça permettra aux différents paliers de travailler et d’agir ensemble, se réjouit M. Comeau.

Une jeune femme est couchée sur un lit orthopédique et une femme appose une main sur son front.

Le Centre de bien-être des musiciens de l'Université d'Ottawa prévient et traite les problématiques physiques et psychologiques susceptibles d'affecter les artistes.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Abattre les murs

Les chercheurs de l’Université d’Ottawa s’intéressent à la santé des musiciens depuis plus de quinze ans. Pourtant, c'est récemment que le milieu s'est mis à parler ouvertement des enjeux, selon Gilles Comeau.

Révéler qu’on a des problèmes de douleurs ou physiologiques, ça peut faire une différence entre avoir un contrat ou pas. Il y a des inquiétudes, beaucoup de comparaisons avec les pairs.

Gilles Comeau, professeur titulaire et directeur du Centre de bien-être pour musiciens de l’UdO
Une jeune femme regarde la caméra en souriant.

Emma Fleet est étudiante à la maîtrise en pédagogie de la musique et s'intéresse à la prévention des blessures au niveau du réchauffement avant l'exécution des mouvements.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Emma Fleet, violoniste depuis l’âge de cinq ans, est étudiante à la maîtrise en pédagogie de la musique. Elle constate la compétitivité du milieu musical. S'ils démontrent qu’ils ont de l’anxiété sur scène ou des douleurs physiques, ils peuvent perdre leur emploi puisqu’ils ne peuvent pas performer au même niveau que d’autres personnes, avance-t-elle.

La musicienne est d’avis que le centre de bien-être comble un besoin, certes, mais permettra aussi de briser les tabous.

Chez un certain nombre [de musiciens], on va recourir à des médicaments, à de l’alcool et toutes sortes de techniques pour combattre l’anxiété de performance.

Gilles Comeau, professeur titulaire et directeur du Centre de bien-être pour musiciens de l’UdO

C’est une façon pour nous de rendre ça plus sensible, plus réel, plus accessible pour que les musiciens en parlent et aient accès à des ressources, renchérit le directeur du centre.

Un homme portant des lunettes sourit à la caméra.

Gilles Comeau (à gauche) est professeur titulaire. Il travaille étroitement avec les étudiants du laboratoire de recherche en pédagogie de la musique.

Photo : Radio-Canada

Quelque part entre la science et l’art

Gilles Comeau est également directeur du laboratoire de recherche en pédagogie du piano à l'UdO.

Il expose que les problèmes physiques ou mentaux touchent autant les adultes que les jeunes étudiants, que ce soit au niveau universitaire ou primaire. C’était un besoin important, ajoute-t-il.

Qu'ils soient étudiants ou professeurs, professionnels ou amateurs, tous les musiciens de la région d’Ottawa - et parfois même de l’extérieur - auront accès aux services d’une dizaine de professionnels :

  • Physiothérapie

  • Chiropratique

  • Services en santé mentale et coaching

  • Approche somatique : méthode Alexander, méthode Feldenkrais

  • Optométristes et thérapie de vision

  • Protection auditive

  • Yoga

Une femme dans la cinquantaine regarde la caméra.

Brigitte Caron utilise la méthode Alexander pour rétablir l'équilibre postural depuis qu'elle a 20 ans.

Photo : Radio-Canada / Christelle D'Amours

Au centre, Brigitte Caron enseigne la méthode Alexander qui consiste à changer les habitudes, notamment dans la posture ou le mouvement, pour améliorer la coordination du corps.

Ils étaient en développement pendant qu’ils apprenaient [la musique]. Le corps commence à se former autour de ça.

Brigitte Caron, enseignante de la méthode Alexander

Elle utilise cette technique depuis plus de 35 ans et demeure convaincue qu’une approche misant sur l’enseignement plutôt que le traitement est davantage profitable aux musiciens.

Ils utilisent leur corps de façon régulière et ils pratiquent beaucoup, constate l’enseignante.

C’est pourquoi Mme Caron impose un temps d’arrêt aux artistes, et leur enseigne à prendre conscience de leur corps : des notions qu’ils pourront ensuite appliquer par eux-mêmes.

Ils sont concentrés sur la musique, puis souvent, ils ne se rendent pas compte que c’est le corps qui fait la musique, rappelle-t-elle.

Ottawa-Gatineau

Musique