•  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
Archives

La longue marche du Canada entre 1968 et 1970 pour reconnaître la Chine communiste

Poignée de main historique entre le premier ministre canadien Pierre Elliott Trudeau et le président de la République populaire de Chine, Mao Zedong, à Pékin en octobre 1973.

En 1970, le Canada reconnaît officiellement le gouvernement communiste de la République populaire de Chine.

Photo : Radio-Canada

Radio-Canada

En 1968, le premier ministre Pierre Elliott Trudeau annonce qu’il veut normaliser les relations du Canada avec la République populaire de Chine. S'amorce alors un long processus de négociations qui mènera à l’échange d’ambassadeurs en 1970 puis à un très remarqué voyage officiel du premier ministre canadien en Chine communiste en 1973.

Après des négociations fort longues et, paraît-il, fort délicates, le Canada a reconnu hier la Chine communiste. Pékin et Ottawa ont annoncé simultanément leur décision d’échanger des ambassadeurs.

Wilfrid Lemoine

Des négociations longues, difficiles, voire pénibles

L’animateur de l’émission Format 30 décrivait par ces phrases, le 14 octobre 1970, une décision historique prise par le gouvernement du premier ministre Pierre Elliott Trudeau le jour précédent.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Format 30, 14 octobre 1970

S’ensuit une interview menée par la journaliste Andréanne Lafond avec le directeur du département de sciences politiques de l’Université de Montréal, Gilles Lalande.

Celui-ci rappelle les facteurs qui ont permis la décision canadienne ainsi que ses possibles conséquences.

Le professeur Lalande confirme que les négociations entre Ottawa et Pékin ont été longues, difficiles, voire pénibles.

La principale pierre d’achoppement était la question de la volonté canadienne de préserver ses relations diplomatiques avec le gouvernement nationaliste réfugié sur l’île de Formose (Taïwan).

Le gouvernement nationaliste de Taïwan, était, et demeure encore, l'ennemi juré des communistes de Pékin.

On comprend dans ce contexte que la République populaire de Chine s’opposait catégoriquement à une reconnaissance simultanée.

Ottawa, pour sa part, s’opposait à la politique de Pékin de réintégrer Taïwan dans le giron de la Chine continentale.

Pour en arriver à un accord, il a fallu que le Canada déclare ne pas appuyer, ni contester, la position du gouvernement de Pékin quant au statut de Taïwan.

L’autre obstacle se trouvait à Washington.

L’administration du président Lyndon B. Johnson s’opposait à toute reconnaissance diplomatique de la Chine communiste par ses alliés.

Le gouvernement Trudeau a donc attendu l'arrivée d’un nouveau président, Richard Nixon, pour entamer des discussions sérieuses pour une reconnaissance officielle de la République populaire de Chine.

Le professeur Lalande rejette par ailleurs les craintes relayées par la journaliste Andréanne Lafond que Pékin transforme sa future ambassade à Ottawa en nid d’espions et de subversion.

La longue marche vers la reconnaissance

Pour Pierre Elliott Trudeau et son gouvernement, la reconnaissance officielle de la République populaire de Chine corrigeait une situation qu’ils jugeaient comme anormale et qu’ils tentaient de rectifier depuis 1968.

Ce n’était cependant pas la première fois que le Canada envisageait de reconnaître la Chine communiste.

Le 23 juin 1950, le gouvernement du Canada avait préparé des instructions pour ouvrir des négociations d’échange d’ambassadeurs avec le gouvernement communiste de Pékin.

Mais deux jours plus tard éclatait la guerre de Corée.

Bientôt, des soldats canadiens combattraient les soldats chinois dans la péninsule coréenne. Le projet d’échange d’ambassadeurs a été enterré.

En mai 1968, Pierre Elliott Trudeau, nouvellement assermenté premier ministre du Canada, annonce vouloir établir des relations diplomatiques avec la Chine de Mao Zedong.

Doit-on s’en surprendre? Il faut rappeler qu’avant d’être premier ministre, Pierre Elliott Trudeau a démontré une grande sympathie pour la révolution chinoise.

Il s’était rendu en Chine en 1949, juste avant la victoire des communistes, et en 1960.

Lors de ce deuxième voyage effectué en tant que membre d'une délégation officielle canadienne, il avait brièvement rencontré le président Mao et le premier ministre chinois Zhou Enlai.

Après son retour de Chine, il avait publié avec son compagnon de voyage Jacques Hébert un livre, Deux innocents en Chine rouge, qui se montre dans plusieurs passages élogieux de la révolution chinoise.

Retour d’un vieil ami en Chine

Jusqu’à l’avant-dernière minute, le séjour à Pékin de monsieur Trudeau s’était déroulé dans l’ordre. Sauf pour ce samedi à 17 heures où les journalistes assemblés dans la salle de presse ont appris la nouvelle. Le premier ministre est chez le président Mao.

Extrait d'Actualités 24, 22 octobre 1973

En octobre 1973, le premier ministre Trudeau et son épouse Margaret Sinclair entreprennent une visite officielle en République populaire de Chine.

Radio-Canada a couvert cette visite officielle du premier ministre canadien.

Le 22 octobre 1973, l’émission Actualités 24 présente un long reportage, préparé par Gérard-Marie Boivin, à propos du voyage de Pierre Elliott et de Margaret Trudeau en sol chinois.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Actualités 24, 22 octobre 1973

On constate dans ce premier extrait que l’accueil que leur réservent les autorités chinoises se révèle particulièrement chaleureux et même hors norme.

Le séjour n’est qu’une série de banquets, de spectacles culturels et sportifs et de visites guidées des hauts lieux touristiques de la Chine.

C’est nul autre que le premier ministre Zhou Enlai qui le rappelle.

Pierre Elliott Trudeau est un vieil ami de la Chine. Il dirige le pays qui a donné à la révolution chinoise un de ses héros les plus adulés, Norman Bethune.

Il est évident à la vue des superbes images qu’a rapportées l’équipe d’Actualités 24 que tout a été fait pour faire plaisir au premier ministre canadien.

Le 13 octobre 1973, jour du troisième anniversaire de la reconnaissance diplomatique de la Chine communiste par le Canada, la voiture de Pierre Elliott Trudeau file vers la résidence du président Mao Zedong.

L’événement est relayé à la télévision chinoise. Le vieux révolutionnaire s’entretient pendant de longues minutes avec le premier ministre canadien.

Quelques jours plus tard, le journaliste Gérard-Marie Boivin discute avec le premier ministre canadien sur un bateau voguant dans un spectaculaire paysage de montagnes.

Un contenu vidéo est disponible pour cet article

Actualités 24, 22 octobre 1973

Cette conversation entre le journaliste de Radio-Canada et le premier ministre est le sujet de ce deuxième extrait tiré de l'émission Actualités 24 du 22 octobre 1973.

Pierre Elliott Trudeau partage alors avec Gérard-Marie Boivin ses impressions sur le président chinois de même qu’il fait un résumé de ce dont ils ont parlé.

L’ensemble du reportage montre l’état de satisfaction du premier ministre du Canada par rapport à ce voyage.

Il a beaucoup obtenu des autorités chinoises, notamment des traités commerciaux ainsi que des ententes bilatérales dans les domaines culturel, éducatif et scientifique.

Par la suite, les successeurs de Pierre Elliott Trudeau, comme premiers ministres du Canada, ont développé la relation avec la République populaire de Chine.

Encore plus de nos archives

Commentaires fermés

L’espace commentaires est fermé. Considérant la nature sensible ou légale de certains contenus, nous nous réservons le droit de désactiver les commentaires. Vous pouvez consulter nos conditions d’utilisation.