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Joker, ou le miroir plutôt troublant d’une société malade

Un homme souriant (Joaquin Phoenix) porte un maquillage de clown.

Joker, de Todd Phillips

Photo : Warner Bros.

Angie Landry

CRITIQUE - Les échos au sujet du film Joker, en salle seulement depuis jeudi au Québec, envahissent déjà les tribunes. Primé à la Mostra de Venise et applaudi au Festival international du film de Toronto (TIFF), le long métrage, qui met en vedette Joaquin Phoenix, est « troublant » et « dur », et ne manquera pas de vous habiter, selon la chroniqueuse culturelle Eugénie Lépine-Blondeau.

Rien ne réussit à Arthur Fleck, cet homme aux prises avec des troubles de santé mentale, qui réside chez sa mère et qui joue les clowns dans différents clubs de comédie comme gagne-pain.

On passe le tiers du film à présenter le personnage campé par Joaquin Phoenix, qui porte, comme condition particulière, ce réflexe de s’esclaffer lorsqu’il ressent une émotion forte ou une peine. Ses éclats de rire qui font frissonner.

Arthur, qui se métamorphose au cours du récit pour devenir entièrement le Joker, « devient une cible facile pour l’intimidation », affirme Eugénie Lépine-Blondeau.

La réalisation de Todd Philips, qu’on connaît plutôt pour son travail pour des comédies, « est presque impeccable », ajoute-t-elle. « La caméra cible d’ailleurs bien les lueurs de folie dans l’œil de Joaquin Phoenix, la noirceur de la ville... C’est très réussi. »

Elle souligne également l’apport du jeu d’acteur de Joaquin Phoenix, toujours très investi dans ses personnages et reconnu pour la finesse de ses rôles de composition, mais c'est surtout sa transformation physique qui frappe l'imaginaire.

Dans un Gotham City qui se meurt sous les inégalités sociales, la pauvreté et l’insalubrité, l’univers glauque et oppressant dépeint dans Joker est presque tangible, à un point tel que l’atmosphère dans laquelle on est plongé est difficile à absorber.

C’est un film qui n’a aucune lumière, aucune joie, qui est égoïste et très angoissant. Il y a de la violence gratuite, parce que le Joker n’a aucune ambition sociale ou politique. C’est presque un film nihiliste.

Eugénie Lépine-Blondeau

Mauvaise promotion de la santé mentale?

Dans cette œuvre « pessimiste et violente », c’est une lecture plutôt défaitiste de la santé mentale qui est illustrée.

On le comprend tôt au début du film, quand la travailleuse sociale qui accompagne Arthur Fleck lui apprend qu'en raison des failles du système et des compressions budgétaires, son suivi médical ne pourra se poursuivre et ses prescriptions de médicaments ne pourront être renouvelées. « Le système se fout des gens comme toi et moi », lui lance-t-elle.

À travers son personnage, Joaquin Phoenix porte sur lui les marques d’une société occidentale, « à deux ou trois mauvaises décisions de briser le filet social ».

On montre sur grand écran « qu’on laisse tomber dans les craques les gens qui ont le plus besoin de la société », dit la chroniqueuse culturelle de Tout un matin.

Avant même sa diffusion aux États-Unis, le film a suscité une polémique en raison de la violence qui y est dépeinte. 

Le FBI a d’ailleurs « surveillé » sa sortie en salle, craignant entre autres que des gestes violents inspirés du film soient posés. « On craint que les gens voient dans le personnage du Joker un superhéros ».

« Est-ce une lecture alarmiste du long métrage? », se demande Eugénie Lépine-Blondeau.

« Peut-être, mais c’est ce qui m’a le plus habitée depuis que j’ai vu le film. Je ne vous dirai pas de courir au cinéma. C’est un film intéressant, mais ne vous attendez pas à sortir de la salle joyeux. C’est un film très dur. »

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