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chronique

Ces enfants qui nous épatent

Greta Thunberg, en gros plan, sourit en regardant vers la lumière.

« Le changement arrive, que vous l'aimiez ou non », a lancé aux décideurs politiques Greta Thunberg, lors d'un discours clôturant la manifestation montréalaise pour le climat.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Jean-Marie Yambayamba

L'adolescente Greta Thunberg fait partie des enfants dont l'audace et la force me fascinent. Sa campagne actuelle contre les changements climatiques représente à mes yeux un test aux adultes que nous sommes et ce, à plusieurs égards!

J'étais pris d'étonnement d'entendre cette jeune de 16 ans parler dans l'enceinte de l'ONU, un endroit que je me représente habituellement comme une « cour des grands ».

L'audace de cette adolescente m'a subjugué, alors qu'elle sermonnait les dirigeants du monde entier : « Comment osez-vous? »

Ces mots ont fait un tour dans ma tête, tournant mes pensées vers mes enfants dont certains ont un âge près de celui de Greta. « Comment réagirais-je si mon fils ou ma fille me tenait un tel langage? » Je ne pouvais pas me contenter de soutenir que la jeune Suédoise affirmait des choses dépassant son âge. Je ne pouvais pas non plus tourner son audace en dérision.

Pas un prétexte

Le « bien penser » n'est pas le monopole des adultes. Ce qui sort de la bouche d'une Greta Thunberg ou d'une Malala Yousafzai n'est pas à minimiser.

À de nombreuses occasions, mes enfants m'ont surpris là où je croyais être leur maître. À l'une ou l'autre reprise, j'ai pu compter sur leur ingéniosité pour me sortir d'un casse-tête pendant le travail manuel ou même au volant de la voiture familiale!

Une mère est impatiente avec son enfant qui fait ses devoirs.

Une mère manifeste de l'anxiété au moment où elle aide son fils à se préparer à un examen.

Photo : iStock

Les réactions des enfants peuvent avoir quelque chose de fou, de bousculant, mais de redressant aussi. C'est ce que je vois dans l'obstination de la jeune Malala ou dans le combat déterminé de la petite Greta.

Barack Obama, Justin Trudeau, divers leaders politiques, au Canada et ailleurs, des chefs autochtones et des environnementalistes de renom, ont récemment rencontré Greta Thunberg. Je n'y ai pas vu une simple empathie paternelle, ou l'empathie d'un adulte bienveillant envers un enfant, ni même une simple opération de séduction politique. J'y ai plutôt vu l'humilité d'un engagement partagé.

Défier les complaisances

Se confiant au Time, en avril, Greta Thunberg expliquait que les enfants pouvaient bien se préoccuper de leur futur si personne ne s'en inquiétait et qu'ils devaient apprendre les faits dans une société qui s'en foutait. Ce raisonnement lui a fait entreprendre en août quinze jours de voyage en bateau sur l'Atlantique suivi d'une tournée dans les Amériques pour rappeler que la crise du climat est une crise existentielle, la plus grande crise de l'humanité, qui menace toute la civilisation.

Les deux sont assis et discutent.

Greta Thunberg et Justin Trudeau ont discuté pendant une quinzaine de minutes.

Photo : La Presse canadienne / Ryan Remiorz

En 2014, la Pakistanaise Malala Yousafzai, alors âgée de 17 ans, partageait le Prix Nobel de la paix avec l'Indien Kailash Satyarthi qui avait alors 60 ans. L'enfant et le militant adulte étaient honorés pour leur combat contre l'oppression des enfants et des jeunes et pour l'éducation des enfants et des jeunes.

Il nous est difficile d'en rire quand nous acceptons de regarder la réalité en face. De la bouche et de la tête des enfants peuvent sortir des choses étonnantes, des initiatives qui démasquent les complaisances, les indifférences, voire la violence dans nos sociétés.

Pas des adultes rétrécis

Mais je ne crois pas qu'il faut pour autant faire de ces enfants des « adultes rétrécis ». Ils ont droit à une croissance normale et les adultes doivent accompagner leurs pas progressifs dans leur monde. J'admire les parents de ces héroïnes militantes qui, souvent, dans la discrétion, restent à leurs côtés, parfois au sacrifice de leurs occupations ordinaires.

Suivre les pas de nos enfants, même dans leurs exploits, c'est leur donner et nous donner en même temps, la possibilité d'apprécier la beauté et la richesse dans la croissance. C'est aussi porter nos attentes dans les limites de l'acceptable.

Suivre les Greta Guntenberg et les Malala Yousfzai de ce monde, c'est pour moi continuer de découvrir la richesse vitale qui anime chacun de mes enfants et chacun des jeunes qui réveillent notre monde, dans le respect de ce qu'ils restent encore : des enfants.

Nos enfants peuvent donc nous impressionner, mais ils ont aussi droit à leurs enfantillages!

Alberta

Société