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Plusieurs gouvernements demandent à Facebook de renoncer au chiffrement de ses plateformes

Vue en plongée de l'écran d'un téléphone intelligent qui montre une application de messagerie utilisée par une femme.

Facebook a promis de chiffrer les données de sa plateforme de messagerie instantanée Messenger.

Photo : Getty Images

Agence France-Presse

Les gouvernements américain, britannique et australien ont demandé jeudi à Facebook de renoncer à chiffrer les données de l'ensemble de ses plateformes sans en garantir l'accès aux forces de l'ordre, mais se sont heurtés à une fin de non-recevoir.

Washington et Londres ont également annoncé la signature d'un accord bilatéral qui permettra aux policiers d'un pays de s'adresser plus facilement aux entreprises de l'autre pays pour leur demander des données utiles à des enquêtes sur des crimes graves, comme la pédophilie ou le terrorisme.

Les enquêteurs et les enquêtrices du monde entier se heurtent à un vrai casse-tête quand il s'agit de récupérer les courriels, les messages instantanés et les photos hébergés sur des serveurs à l'étranger. Ces preuves numériques sont pourtant essentielles pour connaître la vérité.

Les responsables politiques souhaitent fréquemment pouvoir accéder à ces données, mais cette requête est difficile à concilier avec la nécessité de respecter la vie privée des gens.

Facebook visé

Accusé partout dans le monde de ne pas suffisamment sécuriser ses données, Facebook a d'ailleurs promis récemment de chiffrer les données de sa plateforme de messagerie instantanée Messenger, comme il l'a déjà fait pour l'application WhatsApp.

Dans une lettre ouverte adressée à Mark Zuckerberg, les ministres américains de la Justice Bill Barr et de la Sécurité intérieure Kevin McAleenan, ainsi que leurs homologues britannique Priti Patel et australien Peter Dutton, lui demandent de ne pas mener ce projet à terme sans inclure un moyen pour accéder légalement aux contenus des communications de manière à protéger nos citoyens.

Ils notent qu'en 2018 l'entreprise américaine a effectué 16,8 millions de signalements ayant trait à des images ou des comportements à caractère pédophile. Si Facebook met son projet en œuvre, 70 % de ces signalements ne seront plus possibles, les responsables appellent donc l'entreprise à suspendre sa réforme le temps de trouver une solution.

Un des outils majeurs pour lutter contre les activités criminelles [est l'accès aux contenus problématiques], a reconnu Mark Zuckerberg, le patron de Facebook, lors d'une réunion interne diffusée en direct sur la plateforme jeudi.

[Sans cet accès,] c'est comme se battre avec au moins une main attachée dans le dos, en espérant que vous avez suffisamment de bons outils à disposition dans l'autre, a-t-il ajouté, précisant que la question de la lutte contre l'exploitation des enfants avait été prise en considération lors de la décision de crypter le réseau social.

Facebook met en avant la protection de la vie privée

Le président de Facebook a également rappelé que la protection de la confidentialité des échanges sur les messageries permettait de protéger les journalistes dans les pays sans liberté de la presse, les manifestants de Hong Kong, et les dissidents en général.

Nous avons prévenu les autorités de notre décision pour faire en sorte que cela se passe le mieux possible, a-t-il conclu.

Un porte-parole du géant de l'Internet a également expliqué être fermement opposé aux tentatives du gouvernement de construire des portes dérobées, en référence aux ouvertures introduites à l'insu des utilisateurs et utilisatrices qui permettent de transformer le site web en cheval de Troie.

Nous pensons que les gens ont le droit d'avoir des conversations privées sur Internet, a-t-il précisé, en renvoyant à la loi qui permet aux enquêteurs de demander des données aux entreprises en passant par un juge.

Cette loi, intitulée le CLOUD Act, a été adoptée en mars 2018 et a mis un terme à un contentieux juridique né du refus, en 2013, de Microsoft de livrer à la justice américaine des courriels d'un trafiquant de drogues présumé, au motif qu'ils étaient hébergés en Irlande.

Elle autorise aussi le gouvernement américain à conclure des accords bilatéraux avec les pays respectant les droits de la personne, afin que les enquêteurs des deux côtés puissent formuler directement leurs demandes aux opérateurs privés situés chez leur partenaire.

Londres et Washington doivent signer le premier accord de ce type vendredi soir. L'Australie et le Canada pourraient bientôt en faire de même, mais les discussions sont plus compliquées avec l'Union européenne.

Réduire les libertés au nom de la sécurité?

Le Centre pour la démocratie et la technologie a critiqué à la fois les pressions sur Facebook et l'accord américano-britannique. Ces gouvernements jouent sur les peurs dans un effort concerté pour diminuer la sécurité des communications dans le monde et construire une surveillance gouvernementale, a dénoncé l'association.

Légiférer en faveur de technologies moins sûres, c'est comme de rendre obligatoires des trottoirs qui s'effondrent dans le but d'empêcher les criminels de fuir, a fait remarquer une de ses responsables Hannah Quay-de la Vallee. C'est ridicule, ça ne va pas marcher et ça nous met tous en danger de nous blesser.

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