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chronique

La renaissance de Bernard Adamus

Un homme en concert avec sa guitare sur scène.

Bernard Adamus en concert au Club Soda, le 3 octobre 2019.

Photo : Louis Pelchat-Labelle

Philippe Rezzonico

« Bob, y est temps que tu te fermes la trappe pour un temps pis vite à part de t’ça », vite avant de tout brûler, vite avant de perdre le principal, vite avant de plus en avoir le goût…

Le message écrit sur la page Facebook de Bernard Adamus le 9 août 2017 était limpide. Épuisé, crevé, vidé, le monsieur. Et sa voix intérieure lui disait qu’il fallait mieux mettre un terme à la tournée de l’album Sorel Soviet So What avant d’imploser ou d’exploser. C’est selon.

Il n’était pas le premier artiste à interrompre une tournée à succès pour des raisons de santé. Ni le dernier, d’ailleurs. Une chanteuse de chez nous mondialement connue multiplie les reports depuis quelques semaines.

Cela soulevait quand même quelques interrogations pour la suite. En fait, nous étions même en droit de nous demander : allions-nous avoir droit à une suite? Nous avons eu la réponse au mois de mai, quand Adamus a mis en marché son quatrième album, C’qui nous reste du Texas.

Deux salles combles

Cinq mois après la renaissance de l’artiste sur disque, le Club Soda affichait complet jeudi soir – comme ce sera le cas vendredi – pour la rentrée montréalaise de celui qui a été révélé au grand public par Brun, il y a 10 ans.

Dire que j’ai eu l’impression qu’il ne s’était écoulé que deux semaines depuis le concert de la tournée de Sorel Soviet So What vue dans ce même Club Soda lors de Coup de cœur francophone il y a quatre ans, relève de l’euphémisme : un rude visage qui s’illumine en un instant d’un grand sourire, une casquette toujours vissée sur la tête et guitare en mains, rien n’a changé.

On pourrait presque dire la même chose de la musique. Les deux premières offrandes proposées ont démontré qu’Adamus n’avait pas perdu la main.

Chipotle, baignant dans des effluves western ultra-mélodiques, a ouvert la prestation dans une mouture acoustique sans heurts, puis, Le ciel, avec son tempo dansant et le trio de cuivres qui a provoqué un joyeux bordel est venue nous rappeler qu’une prestation de l’ami Bernard, ce n’est pas fait pour s’endormir.

Les nouvelles compositions ont des charpentes musicales folk, bluegrass, rock ou rap, mais aussi – plus qu’avant – de jazz. Boudin libré repose sur un swing que ne renieraient pas les Triplettes de Belleville, tandis que L’erreur fait la part belle à une contrebasse discrète, à un piano un peu décalé et à un solo de saxophone explosif. Du saxo, complètement débridé cette fois, il y en avait durant Entre les lignes, un « rock and roll de destruction massive portant sur la consommation de drogues dures ».

Les solos (piano, banjo, basse, violon, etc.) ont été aussi nombreux et variés que certaines structures atypiques des chansons d’Adamus. Mais pour la beauté pure, mon vote va à Le bleu pis l’vert, chanson écrite lors d’un périple de ressourcement en Californie. Pas de doute, on voit l’océan à ce moment… même du parterre du Club Soda.

Bernard Adamus en concert au Club Soda, le 3 octobre 2019.

Les solos ont été aussi nombreux et variés que certaines structures atypiques des chansons d’Adamus.

Photo : Louis Pelchat-Labelle

Dans une soirée musicale de plus de deux heures, accompagné d’une dizaine de musiciens, musiciennes et choristes, Adamus aura livré la quasi-totalité des compositions du nouveau disque et pigé à parts à peu près égales dans les trois autres (Brun, No 2, Sorel Soviet So What).

Non seulement ça coule de source entre les anciennes chansons et les nouveaux titres, mais le public connaît presque autant les petites nouvelles que les classiques, ce qui n’est pas une mince affaire quand on est familier avec la plume verbeuse et singulière d’Adamus qui est capable d’aligner un maximum de mots en un minimum de temps.

Bon, j’admets. Le public connaît quand même mieux certaines chansons fédératrices du passé : 2176 était digne d’une séance de karaoké à la puissance dix, tandis que Y fait chaud tombait à pic en cette soirée moche et glaciale pour la saison à Montréal. Quant à Brun (la couleur de l’amour), si elle a eu l’impact habituel, elle a eu droit à une introduction digne de son statut de désormais classique dans un contexte contemporain.

« La première chanson que j’ai écrite. Une blague qui a changé ma vie. Mais peut-être pas autant que Bad Guy pour Billie Eilish… »

L’écriture, très personnelle et parfois crue de l’auteur-compositeur et interprète gagnant du prix Félix-Leclerc, demeure un point fort en spectacle. Il faut voir les spectateurs s’égosiller à chanter. Il y a une ferveur et un abandon hors du commun. J’ai d’ailleurs pensé une fois ou deux durant la soirée que les deux jeunes femmes au balcon gauche allaient passer par-dessus la rampe tellement elles s’abandonnaient au moment présent.

Et de l’abandon, il y en a eu du parterre au balcon dans la dernière ligne droite avant le rappel, lorsque Bernard et tous ses collègues et amies étaient sur scène durant une enfilade de chansons endiablées et rassembleuses (Rue Ontario, Cadeau de grec, Donne-moi z’en, Hola les lolos).

On ne parlera pas de résurrection. Il y a deux ans, Bernard Adamus était lessivé, certes, mais pas mort. Cela dit, après la renaissance sur disque du printemps, la renaissance sur scène est désormais accomplie.

Il faudra juste s’assurer de ne plus brûler la chandelle par les deux bouts dans l’avenir...

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