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Et si la Saskatchewan devenait un pays indépendant?

Une casquette avec la mention « The West wants out ».

Contrairement au Parti réformiste des années 90, Wexit Canada veut que les provinces de l'Ouest, dont la Saskatchewan, quittent le Canada.

Photo : Radio-Canada

Nicolas Duny

En Saskatchewan, le rejet des mesures énergétiques proposées par Justin Trudeau et un contexte difficile pour les matières premières et agricoles (canola, porc, etc.) poussent une partie de la population à se sentir détachée du Canada. Le groupe Wexit Saskatchewan veut s’inspirer du Bloc Québécois pour exploiter ce sentiment d’aliénation et promouvoir une séparation de la province du reste du Canada.

Le fondateur de Wexit Canada, le groupe qui chapeaute Wexit Saskatchewan, Peter Downing, estime qu'une réélection de Justin Trudeau « va faire exploser le mouvement séparatiste dès le 22 octobre ».

Un ancien député du Parti réformiste de la circonscription de Blackstrap, dans le centre de la Saskatchewan, Allan Kerpan, fait la même analyse : « Je pourrais facilement voter pour une Saskatchewan indépendante si Justin Trudeau est réélu. »

Un fort renouveau de l'indépendantisme provincial

Selon le professeur de sciences politiques de l’Université de l’Alberta Frédéric Boily, le thème de la séparation de l’Ouest canadien n'est pas nouveau, mais il refait surface avec vigueur en cette campagne électorale. « Symboliquement, explique le chercheur, cela envoie le message que l’insatisfaction atteint un niveau beaucoup plus élevé qu’auparavant. »

En 2015, on ne parlait pas des questions d’aliénation, car on avait un gouvernement conservateur avec de bonnes chances de poursuivre.

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques, Université de l’Alberta

Depuis quelques mois, Allan Kerpan fait le tour de la Saskatchewan pour parler de sa vision de l’état de la fédération. « Tout au long de ma carrière politique, j’ai toujours cru que toutes les provinces devraient avoir plus de contrôle sur leur destin économique et culturel », affirme-t-il. Sans en faire partie, il fait des conférences pour le groupe Wexit Saskatchewan.

Quel que soit le parti au gouvernement lors des 30 dernières années, les changements pour faire mieux fonctionner cette fédération ne sont jamais arrivés.

Allan Kerpan, ancien député du Parti réformiste

Wexit Saskatchewan s’attaque en priorité aux lois créées par le Parti libéral ces dernières années qui, d'après ses partisans, sont un frein au développement de la province. La taxe sur le carbone fait grincer des dents, mais également les deux lois portant sur l’énergie récemment adoptées.

Allan Kerpan en conférence de presse.

Allan Kerpan, un ancien député fédéral pour le Parti réformiste en Saskatchewan, a donné une série de conférences durant l'été 2019 sur le sujet : « Est-ce que la fédération peut être réparée?»

Photo : Radio-Canada

Dans ses conférences, Allan Kerpan remarque que les participants sont souvent des acteurs du secteur de l’énergie. S’ils sont nombreux, selon lui, c’est parce qu'ils « souffrent plus que ceux des autres secteurs en Saskatchewan ».

Wexit Saskatchewan reçoit l’appui de l’organisation supra-provinciale Wexit Canada, qui fédère les mouvements Wexit à travers l’Ouest canadien. Le fondateur de ce groupe, Peter Downing, est connu pour ses positions séparatistes. « La gestion en matière d’agriculture de Justin Trudeau est catastrophique, affirme-t-il. L’arrêt de certaines exportations vers la Chine touche de plein fouet les agriculteurs de la Saskatchewan. »

Un parti basé sur le modèle du Bloc québécois?

À l’heure actuelle, les groupes Wexit tentent de s’organiser en parti politique tant sur la scène provinciale que sur la scène fédérale. Wexit Canada espère un jour être capable de présenter des candidats aux futures élections fédérales.

Peter Downing dans les rues d'Edmonton.

Peter Downing, le fondateur de Wexit Canada, est un militant de la première heure de l'indépendance de l'Ouest. Il a notamment fondé le mouvement Prairie Freedom.

Photo : Radio-Canada

« Nous avons Wexit Saskatchewan et Wexit Alberta. Wexit BC va bientôt être mis en ligne, et ils vont présenter des candidats, un peu comme l’a fait le Parti réformiste dans les années 90, soutient le leader du mouvement. Le slogan du Parti réformiste était "L’Ouest veut être dans la confédération", le nôtre sera "L’Ouest veut en sortir".»

Le parti souverainiste Bloc québécois sert de modèle à Wexit Canada, selon Peter Downing : « Nous allons travailler avec nos partis provinciaux, comme Wexit Saskatchewan, pour faire en sorte que la séparation soit le sujet d’un référendum sur l'indépendance de la Saskatchewan. » Un programme qu’il souhaite appliquer en Alberta, au Manitoba et en Colombie-Britannique.

Est-ce que les provinces de l’Ouest formeront une fédération ou resteront indépendantes l’une de l’autre? Peter Downing ne sait pas encore quelle formule sera appliquée s’il advenait une victoire de la séparation lors d’un référendum. 

Un mouvement encore marginal

Le professeur de sciences politiques de l'Université de l’Alberta Frédéric Boily, ne pense pas que le mouvement puisse jouer un grand rôle dans l'après-21 octobre. « Ils peuvent s’organiser en tant que tiers parti ou groupe structuré, mais cela va être difficile d’avoir une voix politique qui permet d’aller chercher des votes. »

À ce stade-là, ce n’est pas encore une démarche sérieuse.

Frédéric Boily, professeur de sciences politiques, Université de l’Alberta

Alors qu’il ne voit pas comment une réélection de Justin Trudeau pourrait lancer le mouvement à long terme, une victoire conservatrice lors du prochain scrutin pourrait l'atténuer. « Les [circonstances] qui ont permis l’émergence de ce mouvement-là pourraient disparaître suite au résultat de la prochaine élection fédérale. Imaginez un retour des conservateurs, ce qui n’est pas impossible, cela pourrait faire baisser la tension. »

L’économie à la base du mouvement

Selon M. Boily, « le moteur économique » caractérise en « premier » ce mouvement. « Il faut situer le mouvement dans le contexte économique, ces difficultés économiques rencontrées dans les deux provinces. »

« Ce n’est pas encore un mouvement d’extrême droite à ce point-ci, explique le professeur. Mais plus à droite, à la droite économique. » Il évoque aussi l’aspect xénophobe du mouvement. « Ce qui est peut-être la nouveauté, c’est qu’il y a des éléments anti immigration. »

Portrait de Frédéric Boily dans les studios de Radio-Canada.

Le professeur de sciences politiques de l'Université de l'Alberta Frédéric Boily pense que, si Andrew Scheer gagne le 21 octobre, le mouvement Wexit Canada s'essoufflera.

Photo : Radio-Canada / Genevieve Tardif-Edm

Quand il s’agit de parler de l’idéologie de son mouvement, Peter Downing se défend d’être raciste. « Tout ce qui nous importe, ce sont les Canadiens de l'Ouest. Nous croyons dans les libertés économiques, la stabilité sociale, la souveraineté de l’Ouest où les provinces ne sont pas subordonnées à Ottawa, à la reine d’Angleterre ou encore aux Nations unies. »

En ce qui concerne le changement climatique, le sujet est plus épineux. Pour le chef du mouvement Wexit Canada, « le changement climatique est un canular, une arnaque ».

« La taxe sur le carbone, le changement climatique, tout cela est une question de taxation, de désindustrialisation, soutient-il. Cela n’a rien à voir avec le fait d'améliorer l'environnement. »

La remise en cause des changements climatiques reste forte dans les provinces des Prairies. Frédéric Boily pense que les gouvernements locaux en sont en partie responsables. « L’opposition des gouvernements conservateurs de l’Ouest à la taxe sur le carbone ouvre la porte aux climatosceptiques. »

À ce jour, les mouvements autonomistes semblent contenus au sein des partis traditionnels, selon l'universitaire albertain. Toutefois, il estime que ceux-ci vont devoir répondre à cette question : « Est-ce qu’on les met de côté ou alors est-ce qu’on les laisse avoir une certaine voix à l'intérieur du parti? »

Notre dossier Élections Canada 2019

Saskatchewan

Politique fédérale