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Les détenus canadiens pourront voter le 9 octobre

Une main en ombre chinoise dépose un bulletin de vote dans une urne placée devant un drapeau du Canada.

Les détenus peuvent exercer leur droit de vote 12 jours avant la date officielle du scrutin.

Photo : iStock

Benoît Chapdelaine

Les détenus des prisons canadiennes sont appelés à voter mercredi prochain, soit 12 jours avant la date officielle du scrutin. Ce délai permet à Élections Canada de mieux organiser le vote dans les pénitenciers fédéraux, qui est possible depuis cinq élections fédérales.

Le vote est permis pour les détenus purgeant une peine de moins de deux ans de prison, notamment dans les établissements de juridiction québécoise, depuis 1993. La Cour suprême a élargi le droit de vote à tous les détenus du Canada, y compris ceux dans les pénitenciers fédéraux, en 2002, mais c'est lors des élections fédérales de 2004 que l'exercice a pu être testé pour la première fois.

Le vote est toujours interdit pour les détenus à plusieurs endroits dans le monde. C’est notamment le cas aux États-Unis, à l’exception du Maine et du Vermont. Plusieurs États, comme l'Arizona et le Mississippi, interdisent aussi le vote des personnes reconnues coupables de certains crimes après leur sortie de prison, à moins d'obtenir un pardon du gouverneur ou de se soumettre à d'autres procédures.

Voter, c'est un droit, insiste Alexandre Richard, un jeune quadragénaire qui a passé près de la moitié de l’année 2018 en prison pour culture et trafic de cannabis.

Il faut faire attention quand on refuse le droit de vote aux prisonniers parce qu'une société autocratique pourrait prendre avantage de ça. On emprisonne ceux qu'on ne veut pas voir voter, ajoute-t-il.

Maintenant en libération conditionnelle, l'ancien détenu rencontré sur le boulevard De Maisonneuve se réjouit de travailler au centre-ville de Montréal. Il est convaincu de pouvoir contribuer à la société après des années difficiles. Participer à l'élection en fait partie, explique M. Richard.

Quand on traite les personnes d'ordure, de pas bon, ça nous reste dans la tête. On se dit : "OK, je ne suis pas bon, mais je vais retourner dans le crime, parce qu'au moins, eux me traitent de bon", confie-t-il.

Un homme vêtu d'un manteau pose dans la rue.

« Voter, c'est un droit », insiste Alexandre Richard, un jeune quadragénaire qui a passé près de la moitié de l’année 2018 en prison pour culture et trafic de cannabis.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Notre dossier Élections Canada 2019

Les prisonniers, « des citoyens à part entière »

Alexandre Richard a notamment été incarcéré à l'Établissement de détention de Montréal, mieux connu sous le nom de prison de Bordeaux. Plus d'un millier d'hommes condamnés à des peines de moins de deux ans y demeurent.

Il faut franchir plusieurs grilles et contrôles de sécurité avant d'entrer dans l'espace sécurisé de l'établissement centenaire du boulevard Gouin.

Les gens qui sont incarcérés ici sont aussi des citoyens, dit la directrice de la formation des détenus au pénitencier et responsable du vote, Chantal Bouchard, attablée dans une salle de conférence.

Ce sont des citoyens à part entière mis en marge de la société parce qu'ils ont commis un délit.

Chantal Bouchard, responsable du vote à la prison de Bordeaux

Le 9 octobre prochain, huit bureaux de vote seront aménagés à proximité des cellules. Des agents correctionnels accompagneront le personnel d'Élections Canada.

Chantal Bouchard connaît bien la procédure parce qu'elle est responsable du vote à Bordeaux depuis les élections fédérales de 2011. Ça se passe bien, c'est comme une espèce de grand ballet où on travaille très très fort avant. La journée du vote se termine vers 21 h avec le départ des sacs avec les bulletins de vote. On est tous très fatigués, mais très contents de l'opération, raconte-t-elle.

Chantal Bouchard sourit à la caméra devant des barreaux de prison.

Chantal Bouchard est la directrice de la formation des détenus à l'Établissement de détention de Montréal.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Mme Bouchard précise que presque 60 % des quelque 1500 détenus de Bordeaux ont voté aux élections fédérales en 2015, alors que le taux de participation pour l'ensemble des Canadiens était de 68 %. Elle constate un intérêt constant pour les affaires politiques à l'intérieur des murs.

Le taux de participation des détenus aux élections québécoises en 2018 a cependant été nettement moindre, avec seulement 206 votes en provenance de Bordeaux, selon le directeur général des élections du Québec (DGEQ).

Le vote a lieu par correspondance, contrairement aux élections fédérales.

En tout, 1310 détenus ont voté au Québec l'an dernier, alors que 4356 personnes étaient incarcérées seulement dans les prisons de juridiction provinciale, début octobre, selon des données du DGEQ et du ministère de la Sécurité publique.

D'autres données d'Élections Canada indiquent qu'environ le quart des 36 000 détenus au pays ont voté en juin 2004, les premières élections où tous les détenus pouvaient voter.

Le directeur général de l'association des services de réhabilitation sociale du Québec, David Henry, s'attend à une plus faible participation électorale des détenus qu'en 2015, quand le Parti conservateur parlait davantage de loi et d'ordre.

Un homme portant des lunettes et la barbe regarde au loin.

David Henry s'attend à une plus faible participation électorale des détenus qu'en 2015.

Photo : Radio-Canada / Benoît Chapdelaine

Je pense qu'à ce moment-là, ils étaient un peu plus mobilisés à exercer leur droit de vote. Dans la présente élection fédérale, les enjeux de justice ou de services correctionnels ou de prisons et de pénitenciers sont à peu près inexistants, dit-il.

Les détenus votent généralement pour un candidat ou une candidate dans la circonscription où ils habitaient avant d'être incarcérés, et non dans celle de l'établissement de détention, explique-t-il.

Ils vont revenir dans leur communauté. Ils votent pour leur futur député. C'est extrêmement important d'exercer leur droit de vote et de donner son opinion, estime M. Henry. Ces gens-là vont nous gouverner pour les quatre prochaines années.

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