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L’explosion du coût des loyers, un enjeu électoral

Une femme retire une pancarte « logement à louer » sur un immeuble.

Se loger, pour les personnes à faible revenu, est de plus en plus difficile à Montréal, où les nouvelles constructions ne sont que rarement destinées au logement social.

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Danny Braun

Le coût des logements à Montréal et ailleurs au pays est une préoccupation pour beaucoup de citoyens. Et pour cause : quatre personnes sur dix dépensent plus de 30 % de leur revenu pour se loger. Les plus touchés d'entre eux sont les familles qui gagnent moins de 20 000 $ par année et qui consacrent plus de la moitié de leur revenu à payer leur loyer.

À Montréal, sept ménages sur dix sont locataires. Près de 100 000 personnes ont des besoins criants en matière de logement, selon les plus récentes données de la Communauté métropolitaine de Montréal.

C’est le cas de Marie-Soleil, une jeune mère chef de famille monoparentale. Ça fait quelques années que je suis sur des listes d’attente pour obtenir un logement social dans une coop, raconte-t-elle. Ma propriétaire actuelle a mis le bloc à vendre. Je dois quitter, et tout ce que je trouve dans le quartier, ce sont des trois et demi à 900 $. C’est très angoissant.

Sur l’île de Montréal, à peine 11 % des logements sont des logements sociaux ou abordables qui tiennent compte des revenus des locataires pour la fixation du prix du loyer. Une denrée rare.

On reçoit régulièrement des gens qui sont dans des situations pressantes, en état d’urgence, et qui se cherchent un logement dans la semaine ou le mois qui suit. L’offre ne suffit pas à la demande.

Richard Audet, porte-parole de la Fédération des coopératives d’habitation intermunicipale du Montréal métropolitain (FECHIMM)

Le Grand Montréal compte quelque 600 000 personnes vivant avec des revenus inférieurs à 20 000 $ par année, ou moins de 40 000 $ par ménage, selon Centraide. Ces électeurs aux revenus modestes n'ont pas beaucoup de place dans la campagne électorale actuelle.

C'est clair que pour les deux partis qui sont le plus susceptibles de remporter la donne le 21 octobre, c'est la classe moyenne qui est au coeur de leurs préoccupations, déplore la porte-parole du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Marie-Josée Corriveau, en référence au Parti libéral et au Parti conservateur.

Seulement à Montréal, 23 000 ménages attendent d'avoir accès à un HLM. Sylvie Proulx dit avoir attendu le sien pendant 17 ans. Ça fait 5 ans que je suis dans [Hochelaga-Maisonneuve] et tout ce que je vois qui se fait construire, c'est plus des condos qu'autre chose, constate la Montréalaise.

Un marché en surchauffe

Des besoins qui dépassent les promesses électorales

La surchauffe du marché immobilier montréalais mais aussi le manque d’investissements en logements sociaux et abordables sont la principale cause de la pénurie. D'autant que les fonds fédéraux de 55 milliards de dollars promis en 2017, avec la Stratégie nationale sur le logement, tardent à venir.

Les libéraux ont annoncé des fonds lors de leur premier mandat, mais l’argent doit suivre à compter de 2020 seulement, donc s’ils obtiennent un deuxième mandat. Ils auraient pu en faire davantage pendant les quatre ans où ils étaient au pouvoir, pense Pierre Gaudreau, coordonnateur du Réseau d'aide aux personnes seules et itinérantes de Montréal (RAPSIM).

Ces milliards répartis sur dix ans visent à créer de nouveaux logements abordables, à en moderniser d’autres et à offrir aux personnes les plus démunies des allocations pour le logement. Le programme géré par la Société canadienne d'hypothèques et de logement (SCHL) inclut aussi des programmes d’accès à la propriété pour les jeunes ménages.

Je ne suis pas convaincu que l’accès à la propriété va libérer des logements locatifs sur le marché privé et que les ménages les plus démunis vont y avoir accès, estime Hélène Bélanger, professeure en études urbaines à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) et membre du Collectif de recherche et d’action communautaire sur l’habitat (CRACH).

C’est pourtant le programme proposé par les conservateurs, qui favorisent les propriétaires ou ceux en voie de le devenir. Les principales promesses :

  • alléger le test de résistance, qui resserre les critères de risque de l’emprunteur;
  • augmenter la période d'amortissement maximale d'un prêt hypothécaire de 25 à 30 ans.

Ainsi, les nouveaux acheteurs pourraient faire de plus petits paiements, comme c’était le cas avant 2012, lorsque les conservateurs avaient réduit la période d’amortissement à 25 ans.

Notre dossier Élections Canada 2019

Critiqués de toute part

Le FRAPRU reproche aux deux grands partis de ne pas prioriser la construction de logements sociaux.

Ça fait quand même quatre ans et quelques mois qu'on essaie de répéter ­[aux libéraux] qu'il faut investir dans le logement social, rappelle Marie-Josée Corriveau. On est déçus qu'il n'y ait pas encore d'annonces probantes là-dessus.

Pour répondre aux besoins des plus mal pris, il n’y a pas 10 000 solutions. Il faut cibler le logement social et y investir massivement.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, en conférence de presse, le 4 octobre

Et les conservateurs? Ça, c'est un désastre! lâche sans mâcher ses mots la porte-parole du FRAPRU. Les problèmes des gens pauvres en matière de logement n’existent absolument pas dans leur plateforme.

Cinq femmes sont assises devant une table, décorée d'une banderole sur laquelle on peut lire : « Faut plus d'argent du fédéral pour le logement social ».

La porte-parole du FRAPRU, Véronique Laflamme (au centre), et des représentantes de quatre autres regroupements ayant un intérêt dans les questions de logement ont présenté leurs demandes aux partis politiques fédéraux le 4 octobre. Outre des investissements de 2 G$, ils demandent aux partis de s'engager à assurer à long terme, en partenariat avec Québec, la vocation sociale et le niveau actuel d'abordabilité des habitations à loyer modique (HLM).

Photo : Radio-Canada

Pour sa part, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a promis la construction de 500 000 nouveaux logements sociaux ou abordables sur dix ans et une aide directe aux familles pour payer le loyer.

Le logement social est la seule forme d’habitation qui vient en aide aux plus démunis et aux plus pauvres. Ces gens-là, sur le marché privé, n’arrivent pas à se payer une chambre. Avec un programme de supplément au loyer, ils ne payent que 25 % de leur revenu. Ils sont en sécurité parce que c’est du long terme, ajoute Mireille Foisy-Hotte, organisatrice communautaire au Comité logement Ville-Marie.

On demande aux partis en lice non seulement de respecter la Stratégie sur le logement, mais de prévoir des investissements minimum de 2 milliards de dollars par année dédiés au logement social.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU, en conférence de presse, le 4 octobre

Selon le FRAPRU, c'est le NPD et le Bloc québécois qui font la plus grande place au logement social dans leur plateforme. Le Parti vert quant à lui propose un revenu minimum garanti pour les plus démunis.

Libéraux et conservateurs leur promettent plutôt des baisses d'impôts. Des mesures intéressantes, mais rien dans ce que proposent les partis ne permettrait de lutter efficacement contre les inégalités sociales, concluent les organismes.

Avec des informations de Jean-Sébastien Cloutier

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