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Un champignon pathogène introduit au Canada en 1964 par un tsunami, croient des chercheurs

Des spores sont observées au microscope.

Les spores du champignon se sont acclimatées à la forêt de l'île de Vancouver.

Photo : Centers for Disease Control and Prevention

Adrien Blanc

Depuis 20 ans, un champignon microscopique originaire de la forêt amazonienne, le Cryptococcus gattii, prolifère dans le sud de la Colombie-Britannique. Deux biologistes américains suggèrent qu'il serait arrivé par le tsunami qui a frappé la côte ouest du Canada en 1964.

Les professeurs David Engelthaler et Arturo Casadevall ont publié leur théorie le 1er octobre dans le journal mBio, de l'Association américaine de microbiologie.

Ils émettent l'hypothèse que les spores fongiques ont été transportées depuis le Brésil dans les ballasts de cargos au début du XXe siècle et répandues au large de la côte ouest du Canada.

Les spores auraient stagné dans l'eau salée pendant des décennies avant d'être disséminées sur la côte est de l'île de Vancouver par le tsunami de 1964 qui a dévasté une partie de la municipalité de Port Alberni.

Quelque chose a apporté ce champignon sur la côte est de l'île de Vancouver, dit David Engelthaler. Le seul événement qui correspond à un tel mouvement est un tsunami. Or, le séisme et le tsunami de 1964 ont été les plus puissants d'Amérique du Nord.

Les chercheurs croient que le champignon microscopique, qui se propage en suspension dans l'air, se serait alors acclimaté progressivement à la forêt de l'île jusqu'à devenir mortellement dangereux. Au moins une dizaine de personnes seraient mortes entre 1999 et 2008 après l'avoir inhalé.

D'abord confiné à l'île de Vancouver, le champignon s'est ensuite répandu au sud de la Colombie-Britannique, selon les autorités de la santé.

Une théorie contestée

L'hypothèse des biologistes américains laisse toutefois deux chercheuses canadiennes sceptiques.

Karen Bartlett, de l'Université de la Colombie-Britannique, note que le champignon Cryptococcus, qui s'est établi sur la côte ouest, présente différents patrimoines génétiques. Il est peu probable qu'une telle diversité génétique provienne d'une seule introduction du champignon à un moment précis, explique-t-elle.

L'hypothèse est intéressante, voire... originale. Je pense que c'est encore une hypothèse. Les preuves ne sont pas à l'appui.

Eleni Galanis, médecin épidémiologiste au Centre britanno-colombien de contrôle des maladies

Eleni Galanis, épidémiologiste au Centre britanno-colombien de contrôle des maladies, demande pour sa part pourquoi la côte est de l'île de Vancouver aurait la seule à avoir été contaminée, alors que le tsunami a touché l'ensemble de la côte.

David Engelthaler répond : Un grand nombre de cas a été trouvé dans la région de Port Alberni, dans l'eau, dans la forêt et chez les animaux. Et Port Alberni est l'endroit de l'île qui a été le plus touché par le tsunami.

Il recommande de faire des prélèvements ailleurs sur la côte britanno-colombienne pour permettre des comparaisons.

Une maladie rare

Chaque année, en Colombie-Britannique, entre 10 et 25 personnes sont infectées par le Cryptococcus gattii, et 16 % d'entre elles en meurent, selon le Centre britanno-colombien de contrôle des maladies.

Les fumeurs, les personnes qui prennent des stéroïdes par voie orale, qui ont une maladie chronique des poumons ou une immunodéficience sont les plus à risque de souffrir de la maladie fongique liée au Cryptococcus gattii.

Les personnes qui en sont atteintes peuvent présenter des symptômes s'apparentant à ceux d'une grippe, d'une pneumonie ou d'une méningite : toux persistante de plusieurs semaines, voire plusieurs mois, difficultés respiratoires, maux de tête, vomissements, fièvre et perte de poids, selon le Centre britanno-colombien de contrôle des maladies.

La maladie a aussi été constatée chez des dauphins, des chiens, des chats et des lamas. Elle ne peut pas être transmise de l'animal à l'humain ni entre les personnes.

Colombie-Britannique et Yukon

Maladie