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Certains sans-abri préfèrent les campements aux refuges : voici pourquoi

Deux femmes devant une tente dans un campement de sans-abri.

Environ 50 % des sans-abri de Winnipeg ont passé du temps en famille d’accueil pendant leur enfance.

Photo : Radio-Canada

Laïssa Pamou

À l’approche des températures plus froides, certains itinérants font des pieds et des mains pour trouver une place dans un refuge ou un logement de transition. D’autres préfèrent toutefois demeurer dans des abris de fortune situés dans les campements ou sous les ponts, ou encore dans des bâtiments abandonnés. Ils tentent ainsi de garder le peu de dignité qui leur reste, affirme Rick Lees, directeur général du Main Street Project, un organisme d’aide aux sans-abri de Winnipeg.

La prolifération des camps de sans-abri à Winnipeg émane d’un désir d’indépendance et de fierté qui peut être observé également ailleurs au Canada, explique M. Lees. Ils cherchent ce droit à la dignité, de pouvoir prendre leurs propres décisions, dit-il. Et dans ces cas, nous faisons des patrouilles pour leur offrir de l’aide sans toutefois les juger.

Le directeur général de l'organisme précise cependant que, durant l’été, le choix de vivre dans les camps est plus attribuable à la recherche du confort. Si on a le choix entre être dans un centre où on est entassés les uns sur les autres, ou avoir une tente avec un peu plus d’espace et recevoir des services, je crois que, moi aussi, je choisirais une tente.

Il ajoute que la verdure des espaces publics de Winnipeg permet aux personnes qui passent l’été dans les campements de profiter davantage du plein air.

Je connais des personnes qui ont déjà passé l’hiver dans des campements, dit Smiley Mousseau, un sans-abri rencontré dans un campement de Winnipeg. Mais moi, j’espère trouver un appartement ou un refuge plus convenable.

Le Main Street Project offre des services d’alimentation de base, de refuge, de soutien et de logement de transition aux personnes sans domicile fixe.

Qui sont les sans-abri de Winnipeg?

Dans la ville de Winnipeg, environ 1500 personnes sont sans abri, d’après l’organisme de lutte contre l’itinérance End Homelessness in Winnipeg.

Cette population est constituée, entre autres, de plus de 60 % de personnes autochtones et de 11 % de personnes LGBTQ2S+.

Des statistiques qui ne représentent que la partie visible de l’iceberg, déclare David Alper, professeur en travail social à l'Université de Saint-Boniface. Lorsqu’on recense les sans-abri dans les villes comme Winnipeg, on compte généralement les hommes qui sont itinérants, dit-il.

Il explique que, pour échapper aux dangers de la nuit, de nombreuses personnes s’adonnent à des pratiques peu recommandables pour dormir sous un toit qui n’est pas le leur.

Les femmes, qui sont plus à risque de subir des violences dans les rues, vont offrir des faveurs sexuelles en échange d’un lit, dit-il.

Une communauté stéréotypée

Tous les sans-abri n’ont pas de problèmes de dépendance ou d’alcoolisme. C’est dommage qu’on leur colle souvent cette étiquette, déplore Kristiana Clemens, directrice des communications et des relations communautaires d'End Homelessness Winnipeg.

Plusieurs raisons comme la violence familiale et la pauvreté font que ces personnes se retrouvent dans la rue et deviennent itinérantes, dit-elle. Son organisme a mené un sondage en 2018 qui démontre que le taux d’alcoolisme chez les sans-abri est équivalent au taux d’alcoolisme dans la population qui a un logement.

Je n’ai pas choisi de vivre dans ces conditions, dit Smiley Mousseau. C’est le fonctionnement du système qui nous y a conduits, dit-il. Je veux m’en sortir, je veux quitter cet endroit.

David Alper, professeur à l'Université de Saint-Boniface.

David Alper, professeur en travail social à l'Université de Saint-Boniface

Photo : Radio-Canada

David Alper explique que les personnes vivant dans la précarité doivent faire des choix difficiles : se soigner, se nourrir ou payer un logement. On voit dans la rue des gens qui ont tout perdu du jour au lendemain ou qui portent les séquelles d’un système colonial passé, dit-il.

Environ 50 % des sans-abri de Winnipeg ont passé du temps en famille d’accueil pendant leur enfance, selon End Homelessness Winnipeg.

Un effet des décisions passées d'Ottawa

Le nombre de personnes mal logées ou sans abri est en augmentation au Canada depuis les années 1990, lorsque le gouvernement fédéral s’est retiré de ses responsabilités de financer et de maintenir les logements sociaux au Canada, déclare M. Alper.

L’accès au logement doit être un droit fondamental et non un bien de consommation perçu comme une marchandise.

David Alper, professeur, sciences sociales, Université de Saint-Boniface

Comme de nombreux gestionnaires d’organismes de lutte contre l’itinérance, il pense que la solution au problème passe par un investissement important dans la construction de logements subventionnés.

Le logement permanent est toujours le besoin primordial de la personne, et nous préconisons le "logement d’abord",dit Kristiana Clemens. Une fois une personne logée, elle dispose de la stabilité nécessaire pour s'attaquer à ses autres problèmes et participer au développement communautaire.

M. Alper précise que ces logements sociaux doivent être assortis de services d’accompagnement et de réinsertion. Ils doivent également avoir un personnel formé pour soutenir des personnes ayant des problèmes de santé et de dépendance.

La prévention aussi

L’organisme End Homelessness Winnipeg suggère aussi aux pouvoirs publics de s’assurer que les personnes vulnérables, comme les adolescents qui atteignent l'âge où ils ne bénéficient plus du système de protection de l’enfance ou les personnes qui sortent de prison, obtiennent le soutien nécessaire pour s'intégrer à la communauté et trouver un logement.

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