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De nouveaux arrivants francophones de l'Ouest suivent de près les élections fédérales

Alisa regarde avec un grand sourire sa petite-amie Ekaterina.

Ekaterina Lebedeva, à droite et sa copine Alisa Shvaitser, sont venues de Russie pour s'établir à Vancouver et invitent les Canadiens a se prévaloir de leur droit de vote.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Elboujdaïni

Anaïs Elboujdaïni

Des immigrants qui ne peuvent pas voter lors des élections fédérales suivent tout de même de près la campagne électorale et souhaitent que tous les citoyens canadiens aptes à se prononcer se rendent aux urnes. Les élections revêtent une importance particulière pour ceux qui ont quitté un pays au climat politique instable.

Alisa Shvaitser prend amoureusement la main d’Ekaterina Lebedeva. « Peu m’importe la politique, tant que je peux prendre ta main en public et t’aimer librement », lui souffle-t-elle. Une effusion qu’Ekaterina ne prend pas à la légère.

Tu ne peux pas dire ça en Russie. C’est la politique qui [y] dicte la situation des gais. Je sais que dans les années 1990, les homosexuels n’étaient pas aussi stigmatisés qu’aujourd’hui en Russie , lui lance-t-elle.

Les deux francophiles ont élu domicile à Vancouver et suivent des cours d’anglais offerts par le collège Éducacentre à Vancouver.

Des gens discutent.

Aïda partage les embûches d'autres immigrants qui ne maîtrisent pas encore l'anglais et qui vivent donc en situation minoritaire.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Elboujdaïni

Elles accompagnent Aïda Antar Cherif, récemment immigrée de Tunisie, qui dit connaître l’impact lourd d’un gouvernement et de ses politiques sur la population.

Après quelques secondes de silence, elle avoue avoir peur de la montée des conservateurs et des conséquences possibles de leur élection.

Dans sa demeure de Surrey, en banlieue de Vancouver, le pasteur Jupson Jubikaila suit la campagne électorale à la télévision.

Jubikila Jupson regarde devant lui.

Jubikila Jupson laisse derrière lui un passé qu'il préfère ne pas oublier.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Elboujdaïni

L’homme ne votera pas lors de ces élections fédérales, puisqu’il n’est pas citoyen, mais il s'est déjà exprimé avec ses pieds : il a traversé le continent africain du Congo à la Guinée Conakry pour réclamer l'asile politique.

Cette fuite de 10 mois en compagnie de sa femme et de leurs huit enfants lui a permis d'élire domicile dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Les défis ne se sont pas arrêtés là pour la famille, qui a ensuite immigré à Surrey.

Nous avons beaucoup souffert pour retrouver le sourire, explique le pasteur Jupson Jubikila. Cette souffrance, elle prend racine dans la difficulté d’apprendre l’anglais dans un environnement anglophone. Encore aujourd’hui, c’est difficile.

Le pasteur Jubilika Jupson tient son cellulaire et écoute, l'air pensif.

Le pasteur Jubikila Jupson aspire à ce que ses enfants poursuivent des études postsecondaires. Le Canada, pour lui, c'est la chance de leur permettre d'y accéder. Il est au téléphone avec un de ses fils, qui étudie à l'Université de Saint-Boniface, au Manitoba.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Elboujdaïni

Le pasteur croit que le Canada doit faire mieux pour placer les immigrants dans un milieu dont ils connaissent déjà là langue officielle, lorsque possible.

Ce commentaire, le coordonnateur du programme d’établissement et d’intégration des nouveaux arrivants francophones du collège Éducacentre, Jamal Nawri, l'entend fréquemment.

Les nouveaux arrivants, surtout dans la première année, [sont] dans le souci du quotidien, de trouver du travail, de trouver une garderie pour les enfants, explique Jamal Nawri.

Certains se tiennent plutôt loin de la politique en raison de leur expérience passée. S’ils étaient dans un pays qui n’était pas une démocratie, donc à partir de là, ils ne sont pas intéressés.

Jamal Nawri, coordonnateur du programme d’établissement et d’intégration des nouveaux arrivants francophones du collège Éducacentre

C'est une erreur, selon Aïda Antar Cherif, qui souhaiterait pouvoir voter ou, du moins, que ceux qui sont aptes à le faire songent aux nouveaux immigrants.

Un portrait d'Aïda Antar Cherif, qui porte un chapeau.

Aïda Antar Cherif déplore la difficulté de faire reconnaître ses diplômes, obtenus en France et en Belgique. Une difficulté doublée de l'apprentissage de l'anglais, alors qu'elle croyait atterrir dans un pays bilingue, d'un océan à l'autre.

Photo : Radio-Canada / Anaïs Elboujdaïni

« J’ai étudié en France et en Belgique et mes diplômes ne sont pas reconnus. Il faut que j’apprenne l’anglais et je suis vouée à obtenir des emplois qui ne rémunèrent pas et qui ne mettent pas à profit mon expérience », lance-t-elle.

Si elle avait un poids dans ces élections, elle presserait les politiciens de se prononcer sur leur vision de la question.

Bon an mal an, environ 100 000 nouveaux arrivants sont inscrits à la liste électorale canadienne, ce qui représente 0,4 % des électeurs, selon Élections Canada. Il est toutefois impossible, selon l’organisme, de connaître le nombre d’entre eux qui exercent leur droit de vote.

Or, l’acte est d’une importance capitale pour Aïda, Ekaterina et Jubikila.

« En Russie, nous n’avions pas de réelle démocratie, mais ici, les gens ont la liberté de faire entendre leur voix », croit Ekaterina.

Qu’ils aient fui la persécution, aient voulu donner un meilleur avenir à leurs enfants ou souhaité s’aimer publiquement, les nouveaux immigrants francophones que nous avons rencontrés ont une pluralité de raisons d’aboutir dans l’ouest du pays.

Ils n’ont cependant qu’un souhait : obtenir leur citoyenneté le plus rapidement possible pour prendre part activement au système électoral et voter en fonction de leur réalité.

Colombie-Britannique et Yukon

Élections fédérales