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Débat : Trudeau s'engage sur l'aide à mourir, Scheer talonné sur l'avortement

Daniel Thibeault nous offre un compte rendu du premier débat en français.

Photo : Radio-Canada

Daniel Blanchette Pelletier
Valérie Boisclair

Une promesse surprise de Justin Trudeau sur l’aide médicale à mourir et un examen scrupuleux de la position sur l'avortement d'Andrew Scheer, ciblé de toutes parts, ont marqué le premier débat des chefs en français de la campagne électorale fédérale mercredi soir.

Au cours du premier segment du débat présenté par le réseau TVA, Justin Trudeau a promis de réviser la loi sur l'aide médicale à mourir dans les six premiers mois d'un éventuel gouvernement libéral et a affirmé qu'il ne porterait pas en appel la récente décision de la Cour supérieure du Québec, qui a jugé qu'un des critères d'admissibilité de la loi était trop restrictif.

M. Trudeau s’était contenté de répondre, lorsque le verdict est tombé, au tout début de la campagne, qu’il avait besoin de temps pour étudier le jugement.

Oui, nous allons réviser la loi d’ici six mois. Nous n’irons pas en appel.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral

Juste avant, le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a demandé à son vis-à-vis libéral s’il s’engageait à lever les restrictions prévues en ce moment dans la loi. Mais Justin Trudeau n'a pas détaillé ses intentions, en concédant toutefois qu’il s’attendait à ce que la loi doive évoluer.

Relancé à ce sujet dans le point de presse après le débat, M. Trudeau a résumé son approche : On sait que l’équilibre est important entre protéger les plus vulnérables et assurer le respect des droits et des choix de tout le monde, et d’avoir cet équilibre, ça va être important dans le projet de loi que nous allons présenter.

Jagmeet Singh s'est lui aussi engagé à aller de l’avant dans ce dossier s'il était élu premier ministre.

Je pense que c’est une décision difficile, mais c'est une question de dignité [...] Après la décision de la Cour au Québec, c'est clair que les critères sont trop limités et je veux changer ça.

Affirmant que la juge avait été très claire sur la nécessité des gouvernements de refaire leur travail, le chef bloquiste Yves-François Blanchet a cherché à diviser les chefs entre ceux qui feraient appel, et ceux qui ne le feraient pas.

Seul le chef conservateur Andrew Scheer penche pour l’appel. Je crois que c’est mieux d’avoir une décision finale, a-t-il justifié.

Scheer ciblé sur le droit à l'avortement

Le début du débat a aussi été marqué par le ton adopté par M. Trudeau à l'égard d'Andrew Scheer, son principal adversaire dans cette course, qu'il a tutoyé à quelques reprises. M. Scheer a d'ailleurs été ciblé tant par Justin Trudeau que par Jagmeet Singh ou Yves-François Blanchet sur des questions sociales, surtout celle du droit à l'avortement.

Le chef conservateur s’est contenté de répéter qu’il voterait contre tout projet de loi déposé à ce sujet. Comme j’ai dit, la position sur cet enjeu n’a pas changé pour le Parti conservateur, a insisté Andrew Scheer.

C’est normal d’avoir différentes perspectives sur des enjeux sociaux [...] La chose qui est importante, c'est que j’ai fait un engagement clair et les Québécois peuvent avoir confiance que sous un gouvernement conservateur, ce débat ne sera pas rouvert.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a assuré qu’aucun député bloquiste ne pourrait rouvrir le débat sur l’avortement. Un député qui souhaiterait déposer un projet de loi pour limiter le droit des femmes à disposer de leur propre corps serait exclu du caucus, a-t-il déclaré. Il n’y aura aucun compromis sur cet enjeu.

Le chef libéral Justin Trudeau a essayé, à plus d’une reprise, de forcer Andrew Scheer à révéler sa position personnelle sur l’avortement.

C’est important pour les gens de savoir, personnellement, toi, Andrew Scheer, est-ce que vous croyez qu’une femme devrait avoir le choix?

Justin Trudeau, chef du Parti libéral

Est-ce que vous croyez en tant que chef, en tant que père, en tant que mari, que les femmes ont le droit de choisir? a insisté le chef libéral.

Moi, je suis pour le droit à l’avortement, je suis pour le mariage de même sexe, je suis pour le droit de mourir dans la dignité. Est-ce que vous êtes prêt à dire ça aujourd’hui? a demandé à son tour Jagmeet Singh au chef conservateur.

Plus d'une fois, les journalistes sont revenus à la charge avec cette même question dans le point de presse d'après-débat. Andrew Scheer n'a pas bronché.

J’ai mon propre bilan de voter dans la Chambre des communes [...] Comme une grande majorité des Québécois-Québécoises, je suis catholique.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Quand on lui a demandé pourquoi il faisait référence à sa religion dans sa réponse, M. Scheer a déclaré que c'était pour reconnaître que notre société, c’est une société laïque, qu’un premier ministre doit gouverner pour tous les Canadiens.

La légalisation des drogues, pas pour tout de suite

Durant le débat, le chef conservateur a toutefois eu l'occasion de répliquer sur un enjeu social. À une question sur la possibilité de décriminaliser la possession de toutes les drogues, Justin Trudeau a répondu : Pas tout de suite. Le chef conservateur a répliqué du tac au tac : Alors ça, c’est votre plan secret de décriminaliser toutes les drogues!

En point de presse après le débat, M. Trudeau a insisté sur le fait que cela ne se ferait « pas du tout dans ce mandat ».

On reconnaît qu’il y a des mesures importantes qui ont été prises, mais on ne va pas décriminaliser toutes les drogues, a-t-il précisé.

Trudeau défend son bilan en environnement... et ses deux avions

Appelé à expliquer sa position de défenseur de l’environnement après avoir permis au gouvernement d’acheter le pipeline Trans Mountain, Justin Trudeau a dit comprendre que certains électeurs se soient sentis trahis.

Je comprends, parce que ça a été une décision difficile, a-t-il dit, avant d’affirmer que cet achat serait « très profitable » pour le Canada en lui permettant de vendre son pétrole à d’autres marchés que les États-Unis.

Pour Yves-François Blanchet, Justin Trudeau tente d’agir après coup. Selon lui, la pensée des libéraux se résume ainsi : On va créer des dommages environnementaux majeurs, et après on va essayer de les réparer. Le chef du Bloc a souligné qu'il faudrait miser sur le Québec, qui est un « développeur de technologies environnementales exportables et créatrices de richesses », afin d’assurer la transition des énergies fossiles vers les énergies propres.

On a eu ici même à Montréal 500 000 jeunes dans les rues qui manifestaient contre les changements climatiques, mais aussi contre la décision de M. Trudeau d’acheter un pipeline.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Si l’achat d’un oléoduc par le gouvernement libéral n’était pas la chose à faire pour lutter contre les changements climatiques, la mise en place d’un corridor énergétique tel que proposé par les conservateurs n’est pas la solution non plus, selon le chef néo-démocrate.

Vous ne comprenez pas l’impact que cette crise climatique a sur les jeunes, a lancé M. Singh à son vis-à-vis conservateur.

Andrew Scheer, qui estime que ce réseau national permettra aux Canadiens de bénéficier de leurs propres ressources naturelles, a souligné que son corridor était, au contraire, une « solution gagnant-gagnant pour toutes les provinces », et une « opportunité pour le Québec ». Le gouvernement Legault a toutefois déjà dit qu'il s'opposait à tout projet d'oléoduc.

Ce n’est pas gagnant d’imposer une chose à laquelle les Québécois ont dit non.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique

Interrogé pour savoir s’il mettrait en oeuvre le corridor énergétique, même sans l’accord du gouvernement Legault, M. Scheer a répondu laconiquement qu’il « respectait le champ de compétence des provinces », même s'il a déjà affirmé qu'il défendrait les « intérêts nationaux ».

Il ne manquait toutefois pas de mots pour attaquer le chef libéral. Les dernières minutes du débat consacrées à l’environnement ont donné lieu à un échange musclé entre Andrew Scheer et Justin Trudeau.

« Faux écolo »

Vous êtes un hypocrite sur les questions d’environnement [...] vous êtes un faux écolo, a lancé le chef conservateur à l'endroit du chef libéral.

Il y a seulement un chef ici qui a deux avions de campagne, et c’est vous. Un pour vous et les médias, et un pour vos costumes et vos canots.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

En point de presse, un peu plus tard, le chef libéral a confirmé avoir deux avions, dont « un avion de cargaison ». Ça nous permet d’aller à plus d’endroits au Canada pour rencontrer plus de gens, a-t-il indiqué, précisant qu'il achetait des crédits carbone pour compenser les émissions de gaz à effet de serre causés par ses déplacements.

Ce n’est pas le cas des conservateurs, « qui pensent que la pollution, ça devrait être gratuit », a-t-il ajouté.

Comme le chef du Parti libéral, Yves-François Blanchet s’est aussi fait questionner au cours du débat sur ses positions contradictoires. En tant que ministre de l’Environnement pour le gouvernement péquiste de Pauline Marois, il a notamment donné son aval à l’inversion de l’oléoduc 9B d’Enbridge et à la construction de la cimenterie McInnis.

J’ai joué dans le film de prendre de l’argent du pétrole pour essayer de réparer les dommages du pétrole. Mais après avoir vu une logique commerciale, et non pas de transition énergétique, je me suis retiré, a-t-il pour sa défense, mettant de l’avant le système de péréquation verte proposé par le Bloc québécois.

Notre dossier Élections Canada 2019

SNC-Lavalin et ALENA

Justin Trudeau s'est fait demander s'il était au-dessus des règles éthiques, après avoir été blâmé deux fois plutôt qu’une par le commissaire à l’éthique pendant son mandat.

Non, pas du tout, a-t-il répondu. Mais je comprends que la responsabilité d’un premier ministre, c’est toujours de défendre les travailleurs, toujours défendre les familles à travers le pays. C’est exactement ce que j’ai mis à l’avant-plan et ce que je continuerai de faire.

Andrew Scheer a, sans surprise, été très critique de la gestion des libéraux dans ce dossier.

M. Trudeau n’a pas perdu des ministres. Il a congédié les seules qui ont dit la vérité, qui ont refusé d’être complices, a-t-il rappelé, faisant référence au départ des ex-ministres Jody Wilson-Raybould et Jane Philpott, maintenant candidates indépendantes.

Il a évoqué un abus de pouvoir de Justin Trudeau. Il n’y a aucune justification pour s’ingérer dans une poursuite criminelle, a laissé tomber M. Scheer.

Il est en train de dire qu’il ne défendrait pas les emplois de Lavalin, a rétorqué M. Trudeau.

On s’est tenus debout pour les travailleurs de l’automobile. On s’est tenus debout pour les travailleurs à travers le pays avec la renégociation de l’ALENA dans un moment d’imprévisibilité et de protectionnisme américain.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral

Pourquoi toujours sacrifier des entreprises du Québec, s’est désolé Yves-François Blanchet lorsqu'il a pris la parole.

Il faut arrêter de casser du sucre sur le dos des Québécois. Il n’y a pas de bandits qui travaillent chez SNC-Lavalin. [...] Il y a eu une maladresse grave de M. Trudeau, et une volonté de M. Scheer de jouer contre le Québec pour faire des gains dans le reste du Canada.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Revenant plus tard sur la renégociation de l’ALENA, MM. Scheer et Singh ont tous deux rappelé leur opposition à l’accord qui en a découlé, l'ACEUM. Si le chef néo-démocrate s’oppose à sa ratification, le chef conservateur a plutôt parlé d’une occasion manquée pour les libéraux.

M. Trudeau a eu une opportunité d’améliorer l’ALENA. Il a échoué. Mais c'est essentiel d’avoir la certitude pour l'économie, alors nous allons la ratifier, a toutefois reconnu M. Scheer.

Tous aussi contre Blanchet

Les trois chefs de partis fédéralistes se sont attaqués à leur adversaire bloquiste en l’accusant à tour de rôle de semer la division.

Ce qu’on entend de M. Blanchet, c'est toujours un rappel de vouloir créer de la division entre le Québec et le reste du Canada, souligner les différences, sortir des chicanes entre moi et François Legault, par exemple, a lancé le chef libéral.

Je suis d’accord avec M. Trudeau. C’est exactement ce que vous faites, M. Blanchet, a ajouté Jagmeet Singh.

En fait, c’est dégueulasse ce truc de vouloir toujours essayer de créer des chicanes.

Jagmeet Singh, chef du NPD

Le chef bloquiste a dénoncé le choix de mots du chef néo-démocrate. L’usage du mot dégueulasse est un peu incertain, a-t-il dit, l’attribuant aux difficultés de M. Singh avec le français.

C'est toujours la même chose avec le Bloc québécois. C'est les pressions, c'est les demandes... La seule façon de remplacer le gouvernement de Trudeau, c’est de voter conservateur, a ajouté Andrew Scheer.

Avec le Parti conservateur, on va avoir des députés du Québec autour de la table de négociations, pas seulement faire des demandes et mettre la pression.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Le chef bloquiste s’est offusqué qu’Andrew Scheer laisse entendre qu’un député n’ait pas un rôle important à jouer à la Chambre des communes.

Mettons quelque chose au clair : si ne pas être un député du gouvernement est inutile, alors vous avez été inutile pour les quatre dernières années et vous allez peut-être être inutile le 21 octobre. Il n’y a qu’une personne de vous trois qui va être premier ministre.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

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Avec la collaboration de Marc-Antoine Ménard

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