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Droit de réplique : Julien Lacroix devant sa critique

Julien Lacroix tient un micro dans la main droite

L'humoriste Julien Lacroix sur scène

Photo : Michel Grenier

Pascale Lévesque

CHRONIQUE – Et puis, c’était bon, le spectacle de Julien Lacroix? Sa transition du web à la scène est réussie et prend vie dans un premier spectacle solo de stand-up abouti et livré avec hardiesse. La suite de mes impressions, l’humoriste l’a reçue directement, dans un rare échange où il a eu le droit de réplique sur la critique et a pu défendre ses choix. Retour sur la première.

« Le nouveau visage de l’humour », titrait le Journal de Montréal. « Aplomb et côté baveux d’un Mike Ward », écrivait-on dans La Presse. Jusqu’ici tout va bien, comme le dit le titre de son premier « one-man show  ». Une phrase qui peut sans gêne s’adapter au futur simple. Ainsi, c’est plutôt « tout ira bien » qu’on entendait à la sortie de sa rentrée montréalaise, la semaine dernière, au Monument National. Un atterrissage digne du commandant Piché. 

Julien Lacroix a quand même l’air nerveux lorsqu’on le rencontre dans un commerce du Plateau-Mont-Royal au surlendemain de sa première. Ce n'est pas tous les jours qu'on s'assoit en face de son ou sa critique. Les critiques s'écrivent plus souvent caché derrière un clavier qu'autour d'un café. 

Cette star du web devenue concepteur, humoriste, comédien et chouchou des jeunes avait vendu 75 000 billets avant sa première. Et ce n'est pas fini…, soulève-t-il. S’il est enthousiaste par rapport à la prochaine année, il ne cache pas un certain trac quant à la suite. C'est que j'ai toujours l'impression de déranger. Avant, je ne montais même pas sur scène pour dire bye ni prendre des photos. C'est gênant! Mais j'ai appris à le faire, parce que j'aime tellement ça, le stand-up. J'aime roder, j’aime courir d'une place à l'autre pour tester et, surtout, jouer devant le public. C'est là que je déploie mon énergie, où je peux le mieux m'en servir. Vous avez vu les capsules, le film, mais ça, voyez le stand-up, c'est peut-être la chose que je fais le mieux.

Pendant que ses pairs et les journalistes étaient assis dans le noir à l’attendre, Julien Lacroix les observait, tapi derrière l’écran vidéo sur lequel sont projetées les images des premières minutes de son spectacle.  Bien que l’exercice ait été rodé une centaine de fois, il n’en revient toujours pas que ses blagues puissent fédérer une gang d’humains, même si, ce soir-là, ce sont des êtres humains bien spéciaux, ceux qu’on invite dans une soirée de première et qui forment une foule plus appréhensive, moins détendue qu’une foule de dividus, pour paraphraser Claude Poirier. 

Pourquoi une première, alors? Parce qu’elle marque le coup d’une longue année de travail. Je me suis pété la tête à trouver les meilleures idées, à enlever des gags, à résoudre les mathématiques complexes liées à la structure du show, fait valoir celui qui réalise après coup toute la portée de cette fameuse première.

Mais pourquoi diantre Julien est-il si pressé? 

Il est pressé d’arriver vite au punch, au rire. Son débit est celui d’un conducteur qui zigzague d’une voie à l’autre sur l’autoroute en klaxonnant. Ma metteuse en scène [Marie-Christine Lachance] m’a fait ajouter plein de prémisses aux gags, relate-t-il. Le critique de La Tribune Steve Bergeron écrivait plus tôt en août : « Ça va aller Julien, ça marche, ton show. Pas besoin d’aller si vite (on perd des mots) ni de crier autant. Prends un demi-valium et ce sera aussi bon. »

En plus, j'ai slaqué! Mais je n'aime pas ça, slaquer. Je n'aime pas être dans l'état où je dois me dire : "OK! Calme-toi." Je m'amuse sur scène et je n'aime pas ça, ralentir. Je dois le faire quand même. C’est peut-être ce que j’ai à améliorer, ma livraison. Le soir de la première, j’ai bafouillé une couple de fois et ça m'a frustré. Câline, je le sais par cœur, je le livre par cœur, mais je me suis quand même enfargé, concède-t-il. Le truc, c'est simplement de penser plus, d'avoir du plaisir sans me laisser posséder par lui. Mais c'est l'fun que ça aille vite, non?

Était-ce vraiment nécessaire, un numéro sur ses parents et sa fratrie?

Louis-José Houde, Philippe Bond et Phil Roy l’ont fait avant. Même François Morency exploite le filon sur le tard! Tout le numéro sur ma famille, je ne voulais pas en parler. Tu as raison, à peu près tous les humoristes l'ont fait. Comment être original et pertinent? se questionne-t-il. En même temps, tous les humoristes ont aussi parlé des relations de couple à un moment donné ou l’autre, et ce, depuis que le premier australopithèque est grimpé sur sa roche pour raconter une blague. 

Mon équipe a insisté, ne serait-ce que pour me présenter au public. Ça reste un impératif dans un premier spectacle. Ça avait beau me gosser, ça peut accrocher et interpeller et faire en sorte qu'il me suit pour le reste du spectacle, explique Julien, qui a accepté l’idée, mais qui ne s’en est pas servi pour ouvrir le spectacle. 

Pourquoi un spectacle aussi léger?

Julien Lacroix a beau être dans la mi-vingtaine et présenter un spectacle qui, logiquement, est au diapason de son âge, son contenu est en apparence très léger. Ça contraste avec le contexte actuel. Les choix de thèmes sont loin de cette jeunesse qui prend la rue pour protester au nom de l'environnement, qui se tient debout à grands coups de #MeToo. J'aurais pu faire semblant de faire un show où je donne mon opinion sur plein de ces sujets d'actualité et préoccupations, mais ça n'aurait pas été moi ni pertinent. J'ai vite réalisé que je n'avais rien de plus à ajouter aux numéros faits par d’autres humoristes à propos de l’environnement, poursuit-il. Julien fera des blagues et Greta peut s’occuper des leçons. Elle le fait d’ailleurs très bien. 

Julien se défend toutefois d’avoir un spectacle trop léger. Je suis chanceux, dans la mesure où je m'adresse à des plus jeunes sur des sujets qui les préoccupent et qui sont au cœur de l'adolescence, comme la sexualité et l'identité, dit-il. Il cite en exemple son numéro « Gai ou pas gai? », un numéro où Julien énumère une suite d’exagérations, en posant la question, mais qui sont sans ambiguïté. Il arrive souvent que des gens, après le spectacle, me posent la question si je suis gai ou pas. Je trouve ça hilarant. Il y a un peu de ça dans ce numéro. C'est une manière légère, facile et simple d'aborder ce qui est encore, malheureusement, un tabou et qui fait l'objet d'une curiosité mal placée. Ça [remet en question] l’importance qu’on accorde aux apparences, fait-il valoir. 

Julien Lacroix cite aussi en exemple son gag sur un ado de 15 ans qui utilise le terme fourrer pour aborder ses relations sexuelles. En vérité, à cet âge-là, les ados en sont à explorer leur sexualité et leur corps. C’est pertinent même si c’est abordé de manière ludique. Donc, pas de pression. C'est peut-être le message que mon jeune public peut capter, espère l’humoriste. 

Pas si léger dans le contenu, mais dans la forme, on peut remarquer une certaine répétition, si bien que ça devient prévisible. Une fois de plus, Steve Bergeron de La Tribune : Ce qu’on finit par voir venir parfois, ce sont ses répliques où il renverse la vapeur, par exemple lorsque le meurtre de sa voisine d’appartement l’empêche de dormir. On se doute bien que son personnage aura une réaction pourrie d’indifférence et de méchanceté.

Pour créer un effet de surprise dans ses gags, Julien utilise des chutes souvent obscènes, très vulgaires, graphiques même, afin de créer un contraste avec sa prémisse.

C'est que ça me fait rire dans la vie! justifie Julien sur le ton d'un petit garçon fier de son mauvais coup. J'en ai enlevé beaucoup. J'ai enlevé des meurtres, j'ai enlevé des obscénités… Il n’y a pas tant de morts que ça! Le but, c'était de surprendre, mais là, visiblement, ça ne surprend pas tout le monde.

En faisant le ménage, on a essayé de doser, ajoute Julien, un peu piqué par la remarque. Cela dit, on n'échappe pas à nos patterns personnels et le mien me permet de dire des choses quand même intenses. Bref, ça l'amuse, c'est assumé et c'est là pour rester.

Il est bon, son spectacle. Il mérite quelques fleurs, surtout parce que c’est bien construit, bien équilibré. Véronique Lauzon de La Presse a écrit, à la suite de la première : Il assume totalement son côté irrévérencieux, toujours prêt à écorcher, et ce, sans s’excuser. Vrai, jusqu’à ce qu’arrive le numéro de clôture; celui dont Julien est le plus fier, à cause de la réponse du public. C’est à ses dépens qu’il commente une vidéo tirée de ses archives personnelles, alors qu’il se filmait dans sa chambre en train de jouer à la télévision. Attachez vos tuques : le jeune ne se prend pas pour un humoriste, mais plutôt pour un styliste de mode! Et il est drôle malgré lui. L’adulte qu’il est devenu le roast pas à peu près, pour reprendre ses termes. Je suis vraiment à cogner! Je trouvais ça intéressant de clore le spectacle en m’auto-insultant. J'insulte à peu près tout le monde au fil du spectacle, dans les numéros et dans les impros. Ça rétablit l'équilibre. C’était important de finir comme ça, fait-il valoir. 

Finir comme ça aussi pour boucler la boucle, celle d’un spectacle d’une star du web qui commence avec une vidéo et qui se clôt avec une vidéo. C’est logique, c'est comme ça que les gens m'ont connu, précise-t-il. Il se dévoile dans cette même chambre, où tout a commencé, où il a capté les vidéos de ses premières incursions sur le web il n’y a que quelques années. 

Dans le Journal de Montréal, Raphaël Gendron-Martin écrivait : Le nouveau visage de l'humour. C’est la première critique que Julien a lue après sa représentation de mercredi. J'ai trouvé ça très flatteur, dans la mesure où j'ai tenté de faire les choses différemment. Je le vois comme un clin d'œil à mon parcours. Aussi, je le vois comme un message envoyé au public, comme si on leur disait : "Il y en a un nouveau dans la gang." Une manière de dire que j'ai ma place officiellement parmi les collègues.

Hum, Raphaël, un gars, qui envoie autant de fleurs à Julien, un autre gars… Gai ou pas gai?

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