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Québec enquête sur des déversements de sols en Montérégie

Des camions ont été vus dans le village de Très-Saint-Rédempteur déversant leurs contenus en milieu humide.

Le reportage de Jean-Philippe Robillard.

Photo : Radio-Canada / Vianney Leudière

Jean-Philippe Robillard
Daniel Boily

Le ministère de l’Environnement et la Commission de protection du territoire agricole du Québec (CPTAQ) enquêtent sur des déversements de sols à Très-Saint-Rédempteur en Montérégie, qui auraient eu lieu en milieu humide dans un territoire agricole. La mairesse du village craint que des matières ne soient contaminés.

Fin août, début septembre, la mairesse de Très-Saint-Rédempteur, Julie Lemieux, a constaté une circulation inhabituelle de camions dans son village. Interpellée par des citoyens inquiets, elle a suivi certains de ces camions et découvert qu’ils allaient sur une terre agricole.

J'ai vu les camions. Ils attendaient quasiment en ligne pour entrer sur la terre. Il y a des camions qui rentrent pleins et ils sortent vides.

Julie Lemieux

La mairesse dit ignorer la provenance des chargements et la nature exacte de leur contenu. Elle a prévenu la CPTAQ et le ministère de l’Environnement qui ont ouvert une enquête.

Julie Lemieux à son bureau.

Julie Lemieux est la mairesse de Très-Saint-Rédempteur.

Photo : Radio-Canada / Sylvain Charest

J'aimerais bien être au fait de ce qui se passe sur mon territoire.

Julie Lemieux, mairesse de Très-Saint-Rédempteur

Selon nos vérifications, le terrain est situé en zone agricole et les déversements se font en milieu humide, selon une carte provinciale de Canard illimitée, préparée avec la collaboration du ministère de l’Environnement.

Lors d’une de nos visites, nous avons pu observer à l’aide d’un drone un camion décharger des matières à remblai sur le terrain.

Selon l’avocat spécialisé en environnement Michel Bélanger, toute personne qui veut faire du remblai dans un milieu humide dans une zone agricole doit obtenir au moins deux permis. Selon nos vérifications, le propriétaire du terrain n’avait obtenu aucun de ces permis pour effectuer de tels travaux.

C’est de la terre mélangée avec de la pierre. Il n’y a pas de sols contaminés là.

Mario Cardinal, propriétaire du terrain

Joint au téléphone, le propriétaire du terrain, Mario Cardinal, estime qu'il est dans ses droits. Pour l'agriculture, tu as le droit de remplir un trou et lorsque le trou va être plein […] je vais cultiver dessus. On va pouvoir cultiver du maïs, du soya et du blé.

Selon Mario Cardinal, il est faux de dire qu’il effectue du remblaiement dans un milieu humide reconnu par le ministère de l’Environnement. Ça devient un milieu humide parce que le trou est ouvert et que l'eau monte dedans. Si tu laisses un trou à ciel ouvert, après 25 ans, il y a des grenouilles dedans et il y a n’importe quoi qui peut pousser.

M. Cardinal a été conseiller municipal de Très-Saint-Rédempteur pendant 20 ans.

La CPTAQ confirme avoir reçu le signalement et faire enquête. Un suivi sera effectué par notre service des enquêtes dans les meilleurs délais. Elle confirme également par courriel qu’un autre dossier d’enquête est en traitement sur un autre terrain appartenant à M. Cardinal.

Le ministère confirme avoir reçu une plainte en lien avec du remblayage dans un milieu agricole dans la municipalité de Très-Saint-Rédempteur. Le 12 septembre 2019, une inspection a été réalisée par le ministère, lors de laquelle des échantillons ont été prélevés.

Patrick Bousez assis.

Patrick Bousez est le préfet de la MRC Vaudreuil-Soulanges.

Photo : Radio-Canada / Alphonse Mondello

Le préfet de la MRC de Vaudreuil-Soulanges, Patrick Bousez, n'est pas étonné de ce qui se passe à Très-Saint-Rédempteur. Il affirme que les déversements de matière de sols excavés provenant de la région de Montréal sont devenus monnaie courante sur son territoire depuis que les chantiers de construction poussent comme des champignons dans la région de Montréal.

Il y a beaucoup de construction, il y a très peu de sites de remblais, donc beaucoup d’entrepreneurs voient un potentiel de remblaiement dans notre région.

Pierre Bousez

Il ajoute : C'est un domaine sur lequel on n'a pas de contrôle. Le contrôle doit venir soit du ministère de l'Environnement ou au niveau de l’agriculture.

Il pense que le ministère de l’Environnement doit mieux surveiller ce qui se passe dans les campagnes. Il serait préférable qu’on ait un peu plus de personnel au niveau du ministère pour effectuer ces tâches. […] il manque peut-être un peu de budget et de contrôle, donc […] on vit des situations comme ça.

Selon la mairesse Julie Lemieux, il faut tirer la sonnette d'alarme, parce que c'est important, nos terres agricoles, et c’est important qu'elles restent saines. Elle ajoute m'apercevoir qu'il est probablement en train de faire du remblai dans un milieu humide… c'est le "boute". C'est important de garder les milieux humides au Québec.

Selon nos informations, il n'y aurait pas eu d'autres déversements ces dernières semaines.

Le gouvernement du Québec a déposé un projet de règlement sur la traçabilité des sols contaminés excavés afin de prévenir les déversements illégaux. Un projet pilote est toujours en cours.

Avec la collaboration de Thomas Gerbet

Agriculture

Environnement