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  • Depuis 1994, l’énigme de l’ordre du Temple solaire n’est toujours pas résolue

    L'animateur Bernard Derome présente un reportage sur l'infiltration de l'ordre du Temple solaire à Hydro-Québec.

    D'octobre 1994 à mars 1997, une série de suicides collectifs d'adeptes de l'ordre du Temple solaire secoue l'opinion publique au Québec, en France et en Suisse.

    Photo : Radio-Canada

    Radio-Canada

    Entre le 4 octobre 1994 et le 22 mars 1997, 74 adeptes, dont huit Québécois, de la secte de l’ordre du Temple solaire (OTS) sont morts dans des « suicides collectifs », au Québec, en France et en Suisse. Les motifs de cette tragédie demeurent une énigme.

    Tout à coup, on va découvrir que tu étais — je sais pas moi —  [le prophète] Isaïe. Alors, t’es peut-être rien pour l’instant, mais en étant cette entité-là, faut que tu bouges et que tu retrouves pourquoi tu es là, qu’est-ce que tu vas avoir à faire?

    Jean-Claude Auclair, ancien adepte de l’ordre du Temple solaire, 2015

    Suicides des deux côtés de l’Atlantique

    Montréal ce soir, 4 octobre 1994

    Le 4 octobre 1994, comme le rapporte le journaliste Alexandre Dumas dans un reportage présenté dans l'émission Montréal ce soir de ce jour-là, les policiers de la Sûreté du Québec enquêtent sur un incendie dans le village laurentien de Morin-Heights.

    Le sinistre soulève beaucoup de questions. Le chalet appartient à Luc Jouret qui est un des chefs spirituels de la secte secrète de l’ordre du Temple solaire.

    Les agissements de la secte ont fait du bruit quelques mois auparavant au Québec.

    Or, plusieurs indices laissent croire que l’incendie a été provoqué et camoufle en fait des meurtres.

    Les policiers retrouvent initialement deux cadavres, puis trois autres, dissimulés dans un coin secret du chalet.

    Tout dans cette scène de crime est incompréhensible pour les enquêteurs de la Sûreté du Québec.

    Le mystère s’épaissit de manière tragique le lendemain, 5 octobre 1994.

    En Suisse ce jour-là, on découvre que 48 adeptes de l’OTS se sont enlevé la vie lors de cérémonies de suicides collectifs.

    Dans le village de Salvan, les disciples se sont injectés — ou se sont fait administrer — une dose mortelle de curare.

    Dans le village de Cheiry, plusieurs des 20 adeptes décédés ont reçu une balle dans la tête, ont été étouffés avec des sacs de plastique ou ont été poignardés.

    Deux autres épisodes de suicides collectifs se déroulent les 15 et 16 décembre 1995 et le 22 mars 1997 en France et une nouvelle fois au Québec.

    Au total, 74 adeptes de l’OTS vont périr durant ces événements.

    Une secte aux accents apocalyptiques

    Mais qu’est-ce que cette secte? se demandent à la fois les policiers, la presse et le public.

    Le Point, 5 octobre 1994

    Le 5 octobre 1994, l’animateur Jean-François Lépine propose une entrevue au Point avec l’ethnologue Jean-François Mayer.

    Celui-ci est un spécialiste des mouvements spirituels en Suisse.

    Il dresse un portrait à la fois des motivations des adeptes de la secte et de son gourou Luc Jouret.

    L'ordre du Temple solaire est d’inspiration millénariste et apocalyptique.

    Les disciples de l'OTS voulaient fuir ce monde qui se dégradait et qui, selon eux, allait disparaître sous la folie des hommes à l'approche de la fin du 20e siècle.

    Le but ultime, c’est le « transit ».

    Ce mot codé signifie rejoindre les grands maîtres qui habitent sur l’étoile Sirius.

    Évidemment, cela implique leur départ de la planète Terre.

    Jean-François Mayer s’attarde aussi sur la personnalité du gourou Luc Jouret.

    L’ethnologue avait longtemps discuté avec lui. Il aimait laisser entendre qu’au-delà de ses compétences médicales il connaissait « des choses ».

    D’autres ont qualifié Luc Jouret de charmeur.

    Il savait mélanger la science, les médecines douces et la psychologie à la spiritualité. Il réconciliait l’irrationnel avec la logique.

    Tout le monde en parlait, 9 juin 2015

    Un extrait de l’émission Tout le monde en parlait diffusé le 9 juin 2015, amène un éclairage sur l’état d’esprit des adeptes de l’OTS.

    Deux anciens membres de la secte, Pierre Domingue et Jean-Claude Auclair, sont interviewés dans cet extrait.

    Ils révèlent à la fois leur fascination pour les rituels élaborés par l’OTS et l’acquisition d’une mission que leur procurait le message du gourou Luc Jouret.

    Mais derrière cette quête spirituelle d’absolu proposée par Luc Jouret, et qui a mené plusieurs adeptes au « transit », se cachait-il autre chose?

    D’autres éléments montrent que des desseins encore plus troubles ont possiblement joué un rôle dans la mort des 74 disciples de l’OTS.

    Une secte qui a d’énormes besoins financiers

    L’OTS, nous confirme Jean-François Mayer, avait de grandes ambitions internationales.

    Elle avait aussi besoin de beaucoup d’argent.

    Cela nous ramène au bruit que la secte avait provoqué au Québec quelques mois avant les suicides collectifs.

    Téléjournal, 11 mars 1993

    Le 11 mars 1993, le journaliste Pierre Tourangeau nous apprenait au Téléjournal que l’OTS avait infiltré Hydro-Québec.

    Le tiers des 60 adeptes de la secte au Québec travaillaient pour la Société d’État.

    De ce nombre, on trouvait deux vice-présidents et plusieurs cadres supérieurs.

    L’affaire était suffisamment sérieuse pour que le président-directeur général d’Hydro-Québec et le Syndicat des ingénieurs de la Société d’État exigent une enquête interne.

    On sait que ces employés d’Hydro-Québec ont payé de fortes sommes pour être initiés par Luc Jouret.

    Pierre Tourangeau nous confirme que certains ont été ruinés.

    Plusieurs adeptes québécois, mais aussi français et suisses sont très riches.

    Les rites de passage leur ont souvent coûté des montants astronomiques.

    L’argent semble aller dans les poches de Luc Jouret, mais également de Joseph Di Mambro, l’autre membre fondateur de l’OTS.

    C’est Joseph Di Mambro qui organise des cérémonies où les adeptes voient apparaître les grands maîtres, des prophètes et même le Christ!

    La réalité? Des hologrammes et des artifices que coordonne avec brio l’épouse de Joseph Di Membro.

    Une énigme irrésolue

    Encore de nos jours, les motivations réelles qui pourraient se trouver derrière les suicides collectifs de l’OTS n’ont pas été trouvées.

    Voici cependant quelques détails qui laissent songeur.

    L’inspecteur chargé de l’enquête en Suisse a fait brûler les preuves présentes sur les scènes de crime quelques jours à peine après les événements. Ce geste a hautement surpris, et même choqué, au Québec.

    Luc Jouret et Joseph Di Mambro comptent parmi les cadavres retrouvés en Suisse.

    Tous les adeptes ne sont pas morts volontairement. Plusieurs ont en fait été assassinés.

    Jean-François Mayer rappelle que plusieurs croient que Luc Jouret n’était que le visage public de l’OTS. D’autres personnes, toujours inconnues, auraient tiré les ficelles de cette secte.

    Que conclure? A-t-on assisté à une escroquerie financière déguisée en aboutissement d’une quête spirituelle? À un règlement de comptes entre membres de l'OTS?

    Un quart de siècle après les événements, la fin tragique des adeptes de l’OTS est toujours voilée d’un grand mystère.

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