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Le verre pose-t-il vraiment problème dans les centres de tri?

Des tessons de verre séparés par couleur au centre de tri de Récupération des Basques.

Récupération des Basques est un organisme à but non lucratif.

Photo : Radio-Canada / Laurence Gallant

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Dans le débat sur la consigne des bouteilles de vin au Québec, un argument a souvent été répété : le verre doit être retiré du bac bleu, parce que lorsqu'il éclate il contamine les autres matières. Des données obtenues par Radio-Canada montrent toutefois que cet argument n'est pas tout à fait vrai.

La majorité des centres de tri n'ont pas de problème de contamination des ballots par du verre, assure Nathalie Drapeau, directrice générale du Centre de tri de Grande-Rivière, en Gaspésie.

Une analyse commandée par Recyc-Québec et récemment effectuée par la firme Stantec semble lui donner raison. Entre janvier et septembre, les ballots de 22 centres de tri ont été inspectés, notamment pour y mesurer la contamination par le verre.

Des objets faits de matières recyclables : boîtes de conserve en métal, bouteilles de verre, bouchons de plastique.

Matières recyclables.

Photo : iStock

Dix de ces centres, de l'Outaouais à la Gaspésie, en passant par Québec et la Mauricie, ont bien voulu partager leurs données avec nous. Ensemble, ils représentent environ la moitié de toute la matière traitée par la collecte sélective, au Québec.

Dans bien des cas, absolument aucune contamination par le verre (0 %) n'a été détectée dans les ballots de carton ondulé, de papier mixte, de papier journal ou de polytéréphtalate d'éthylène [qui compose notamment les bouteilles d'eau en plastique].

Lorsque des morceaux de verre ont été détectés, le pourcentage de contamination est systématiquement inférieur à 1 %.

On n'a jamais eu de réclamation ou de problématique liée à la présence du verre, et l'échantillonnage vient confirmer le tout, dit Daniel Cassivi, directeur général de Récupération Mauricie.

« L'argument de réduire la quantité de verre dans les centres de tri pour réduire la contamination des ballots, pour nous, ce n'est pas pertinent. »

— Une citation de  Daniel Cassivi, directeur général de Récupération Mauricie

Un système parallèle

Le ministre de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC), Benoit Charette, ne laisse cependant planer aucun doute sur ses intentions. Il devrait annoncer très bientôt un élargissement du système de consigne, notamment pour les bouteilles de vin.

Pour Nathalie Drapeau, cette idée créera un système parallèle qui risque de n'être utilisé qu'en partie par les citoyens.

Il y a quand même des citoyens qui vont continuer de mettre le verre [des bouteilles de vin] au bac bleu. Ce verre-là, il va falloir qu'on continue de le trier et de le transformer dans les centres de tri, prédit-elle.

« Économiquement, je ne vois pas l'avantage, puis environnementalement, je questionne beaucoup de choses. »

— Une citation de  Nathalie Drapeau, directrice générale du Centre de tri de Grande-Rivière
Nathalie Drapeau, directrice générale du Centre de tri de Grande-Rivière

Nathalie Drapeau, directrice générale du Centre de tri de Grande-Rivière

Photo : Radio-Canada

Mme Drapeau comprend que sur le plan environnemental, Recyc-Québec et le gouvernement veulent favoriser la refonte du verre pour en faire de nouvelles bouteilles.

Elle explique toutefois qu'avec une consigne élargie, moins de verre se rendra dans les centres de tri. Si j'ai moins de verre à transformer, ça va me coûter plus cher à opérer et je vais en avoir moins à vendre.

Même si Recyc-Québec calcule que 72 % du verre au Québec finit dans les sites d'enfouissement, où il sert principalement de matériau de recouvrement, Mme Drapeau assure que les débouchés ne manquent pas dans les centres de tri pour tenter de réduire ce pourcentage.

À son centre de tri de Grande-Rivière, par exemple, le verre est transformé en matériau pour l'aménagement paysager, en abrasif de rue pour l'hiver ou en remblai sur les chantiers de construction, et il est entièrement vendu sur les marchés locaux, assure-t-elle.

Le problème est ailleurs

Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets, fait partie de ceux qui ont déjà utilisé l'argument de la contamination par le verre pour justifier l'élargissement de la consigne au Québec.

Même s'il constate de l'amélioration, à la lumière des statistiques que nous avons obtenues, il est convaincu que ce n'est pas le cas pour tous les centres de tri du Québec.

Pire encore, le véritable problème selon lui est que le verre lui-même est contaminé par d'autres matières dites infusibles que certains citoyens déposent à tort dans le bac bleu, comme la céramique ou la porcelaine.

Cette contamination, explique-t-il, empêche le verre issu des centres de tri d'être refondu afin de fabriquer de nouvelles bouteilles.

« Tous les centres de tri, malheureusement, ont un faible pourcentage, mais quand même suffisant, pour faire en sorte que le verre récupéré par la collecte sélective ne peut pas être recyclé sous forme de verre. »

— Une citation de  Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets
Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

Karel Ménard, directeur du Front commun québécois pour une gestion écologique des déchets

Photo : Radio-Canada

Est-ce qu'il faut retirer le verre du bac parce que certains citoyens y déposent les mauvaises matières ou pourrait-on simplement leur rappeler quelles matières sont récupérables? La réponse de M. Ménard est sans équivoque.

Ça fait plus de 20 ans, 30 ans même, qu'on récupère toutes les matières mélangées. Malgré les campagnes de sensibilisation, on n'a jamais été capable d'avoir du verre de qualité assez bonne pour qu'il puisse être recyclé sous forme de verre par la refonte.

Viser le recyclage, pas la valorisation

L'élargissement de la consigne devra donc se faire, réitère-t-il. C'est d'autant plus important qu'en vertu de la Loi sur la qualité de l'environnement, le réemploi et le recyclage du verre doivent primer sur la valorisation.

Sa vision des choses est partagée par Marc Olivier, professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle.

L'ensemble des matériaux qu'on met dans un bac de récupération, c'est parce qu'on veut que chacun d'entre eux puisse être utilisé au mieux, illustre-t-il

« Que chacun d'entre eux [...] puisse avoir accès à un recyclage de qualité où on allonge le cycle de vie des matériaux, justement pour essayer de diminuer notre empreinte environnementale. »

— Une citation de  Marc Olivier, professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle
Marc Olivier, professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle

Marc Olivier, professeur-chercheur au Centre de transfert technologique en écologie industrielle

Photo : Radio-Canada

M. Olivier soutient aussi que le moindre éclat de verre peut avoir des répercussions sur le recyclage du papier, car il peut « s'accrocher » à la fibre et gâcher une partie du produit final. Retirer le verre du bac serait donc aussi gagnant pour les producteurs de papier recyclé.

Si 50 % ou 60 % du verre est retiré des bacs de récupération [...], ça diminue de 50 % ou 60 % ce risque-là d'avoir de petits éclats de verre qui aillent gâcher le papier, résume-t-il.

« Un choix de société »

Le directeur général de Récupération Mauricie, Daniel Cassivi, a un tout autre point de vue sur la question.

Si on ne retire qu'une partie du verre du bac bleu – les bouteilles de vin, par exemple – les contaminants comme la céramique et la porcelaine occuperont proportionnellement une place plus grande.

Le risque pour les centres de tri qui continueront à recevoir une certaine partie du verre – comme les pots de cornichons – serait donc de se retrouver avec du verre davantage contaminé qu'aujourd'hui.

« Ça va laisser une quantité de verre qui pourrait à la limite ne plus être traitable. Il faudrait voir les calculs, mais c'est possible que le pourcentage qui va aller à l'enfouissement augmente. »

— Une citation de  Daniel Cassivi, directeur général de Récupération Mauricie

Selon lui, le Québec se trouve à la croisée des chemins et il doit faire un choix de société.

Si on veut que le verre soit absolument recyclé en [contenants de] verre, il faut sortir le verre du bac bleu complètement, donc pas seulement la consigne sur les bouteilles de vin, dit-il.

À l'inverse, si on accepte la valorisation en produits comme des abrasifs ou pour la filtration, il faut investir dans nos centres de tri.

Liste des centres de tri qui ont fourni leurs données :

  • Centre de tri de Grande-Rivière
  • Société Via - Québec
  • Société Via - Lévis
  • Société Via - Rivière-du-Loup
  • Centre de tri Tricentris - Gatineau
  • Centre de tri Tricentris - Lachute
  • Centre de tri Tricentris - Terrebonne
  • Récupération Mauricie
  • Anonymes* (2)

*Deux centres de tri n'ont pas souhaité être identifiés en raison du débat actuel sur la consigne.

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