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La presse écrite recevra 50 M$ par an pour faire face à la crise

Le reportage de Sylvain Desjardins

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

La ministre de la Culture et des Communications et le ministre des Finances du Québec ont annoncé l'injection d'une cinquantaine de millions de dollars par année pour aider les médias écrits et numériques.

Le programme d'aide présenté mercredi par Nathalie Roy et Eric Girard comporte un crédit d'impôt de 35 % pour les salaires des journalistes, chroniqueurs, photographes et graphistes.

Rétroactif au 1er janvier 2019, ce crédit d'impôt est permanent, a spécifié le ministre Girard, et il s'applique à un salaire annuel maximal de 75 000 $.

Le ministère des Finances évalue que 200 médias (à l'exclusion des agences de presse) sont admissibles à ce crédit d'impôt, pour un total de 1200 employés.

Le crédit d'impôt pour la transformation numérique des entreprises de la presse d'information écrite est, quant à lui, prolongé jusqu'au 31 décembre 2023.

En matière de recyclage, Québec bonifie son soutien à RecycleMédias, de manière à payer aux municipalités la contribution des médias pour la collecte sélective. Au Courrier d'Aylmer, cela équivaut au salaire d'un employé à temps partiel, dit l'éditrice, Lily Ryan. C'est donc une aide appréciable. Déjà qu'on a de la difficulté à payer nos employés pour continuer à publier ces journaux, lance-t-elle.

Pour sa part, le ministère de la Culture et des Communications bonifie, révise et prolonge de deux ans, soit jusqu'en 2023-2024, ses programmes d'aide budgétaire destinés à la presse écrite.

En parallèle, les médias écrits nécessitant un soutien financier temporaire pourront demander à Investissement Québec de gonfler leur fonds de roulement, le moment requis.

Enfin, Québec s'engage à revoir le placement média publicitaire gouvernemental. Par des mesures qui seront détaillées ultérieurement, le gouvernement aidera les médias en région, y compris la télévision, a dit en substance Nathalie Roy.

Un homme et une femme côte à côte, en gros plan, en conférence de presse.

Le ministre des Finances, Eric Girard, et la ministre de la Culture et des Communications, Nathalie Roy, annoncent des mesures d'aide à la presse écrite et électronique du Québec.

Photo : La Presse canadienne / Jacques Boissinot

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec est très conscient de l'importance des médias pour le Québec et très sensible à la crise dans laquelle plusieurs se trouvent, a pour sa part déclaré Eric Girard.

Le gouvernement ne donne pas un chèque en blanc au secteur de la presse écrite : Nous voulons que les mesures que nous mettons en place soient justes pour l'ensemble de l'industrie, a précisé le ministre des Finances.

Des réactions positives, bien que...

L'opposition libérale a répliqué à l'annonce du gouvernement Legault en affirmant que l'État réglera la situation des médias le jour où il taxera les grandes plateformes numériques que sont Google, Apple, Facebook et Amazon – appelées GAFA.

Actuellement, Google et Facebook partent avec 80 % des revenus publicitaires, alors que nos médias paient des taxes et des impôts au Québec, a déclaré Isabelle Melançon, critique libérale en matière de culture et de communication.

Catherine Dorion, de Québec solidaire, salue l'instauration d'un crédit d'impôt sur la masse salariale, comme le réclamaient nombre de participants à la commission sur l'avenir des médias, dit-elle. Mais le gouvernement n'a encore rien prévu pour les GAFA, qui doivent aussi fournir leur part d'efforts, selon la députée de Taschereau.

Comment est-ce qu'on les fait contribuer? C'est une affaire pressante, pas juste au Québec, pas juste à la commission, mais partout dans le monde, affirme-t-elle. Et est-ce que le gouvernement va être à la traîne là-dessus?

Pour Harold LeBel, whip et président du caucus du Parti québécois, ce qui vient d'être annoncé est correct pour l'instant.

Mais la commission doit poursuivre son travail et arriver avec un rapport qui va donner au gouvernement ce qu'il faut pour avoir une vraie politique de soutien aux médias, dit-il.

Sur Twitter, Pierre Karl Péladeau, président et chef de la direction de Québecor, a dénoncé la nouvelle. Il y a tout lieu de croire que François Legault a décidé de créer deux classes de journalistes : les gentils de la presse écrite et les rejets de la télé, a-t-il réagi en mentionnant que les salles de nouvelles des télévisions généralistes privées sont aussi en péril.

Le gouvernement doit cesser de dire que les médias doivent s'adapter à la nouvelle réalité, parce que la nouvelle réalité, c'est que les médias se font soutirer par les géants du numérique les revenus que leurs contenus génèrent. C'est le gouvernement qui a le pouvoir de mettre fin à cette iniquité.

Jean-Thomas Léveillé, vice-président de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ)

Le président de la FTQ, Daniel Boyer, abonde dans le même sens et souhaite qu'Ottawa et Québec agissent pour freiner l'effet des GAFA.

La CSN et la Fédération nationale des communications (FNC-CSN) saluent les mesures annoncées par Québec. Nous espérons seulement qu’il n'est pas trop tard et que les médias écrits, actuellement menacés, pourront traverser la crise, a dit le président de la CSN, Jacques Létourneau.

La secousse créée par Groupe Capitales Médias

Depuis le 26 août, la commission parlementaire sur l’avenir des médias d’information tient une série d'audiences dans la province. La dernière de celles-ci est prévue le 11 octobre.

À la mi-août, avant même que la commission ne démarre ses travaux, la nouvelle voulant que Groupe Capitales Médias (GCM) soit au bord de la faillite était venue bouleverser le monde des médias écrits. L'aspect ''urgence'' vient de la situation de Groupe Capitales Médias, a reconnu le ministre des Finances. Parce que dans un monde idéal nous aurions attendu [...] le dépôt du rapport.

GCM a d'ailleurs applaudi au plan d'aide, mercredi.

À l'issue d'une réunion téléphonique d'urgence du Conseil des ministres, le gouvernement du Québec avait annoncé l'octroi d'une aide d'urgence de 5 millions de dollars à GCM, sous forme de prêt. Cette aide a permis à l'entreprise de se mettre à l'abri de ses créanciers et de poursuivre ses activités au moins jusqu'au 31 décembre.

Denis Bouchard est éditeur adjoint, directeur général et rédacteur en chef du Quotidien à Chicoutimi, qui appartient à GCM. Il affirme que le programme mis au point par Québec donne du temps au Quotidien pour chercher des solutions et réfléchir à un modèle. C'est le repreneur qui en décidera, mais dans un modèle numérique, ira-t-il vers un modèle payant?, se demande M. Bouchard.

Le fragile écosystème des médias

Comme l'avait expliqué la professeure Colette Brin de l'Université Laval en commission parlementaire en août dernier, la situation de Groupe Capitales Médias expose au grand jour la fragilité actuelle de notre écosystème médiatique, particulièrement à l'extérieur de Montréal.

Les revenus publicitaires ont chuté de 42 % pour les hebdos, de 53 % pour les quotidiens et de 63 % pour les magazines entre 2012 et 2017, affirmait Mme Brin, aussi directrice du Centre d'études sur les médias.

De son côté, l'ex-journaliste Jean-Hugues Roy affirmait, sur ICI PREMIÈRE en janvier, que plus de 260 journaux avaient mis la clé sous la porte au Canada au cours des 10 dernières années.

Le professeur à l'École des médias de l'Université du Québec à Montréal (UQAM) affirme que le modèle économique selon lequel les médias écrits vivent des revenus publicitaires est devenu insoutenable.

En novembre 2018, le gouvernement canadien avait annoncé des mesures totalisant 600 millions de dollars pour aider les médias. Accueillies avec un soupir de soulagement, ces mesures ont toutefois été jugées insuffisantes par un comité d'experts indépendants.

Les GAFA au banc des accusés

Le Centre d’étude sur les médias a calculé qu’entre 2012 et 2017 les médias ont vu leurs revenus publicitaires diminuer de 29 %.

Pour remédier à la baisse de revenus publicitaires des médias traditionnels, plusieurs pays évoquent la possibilité de taxer les grandes plateformes numériques.

À ce chapitre, la France est passée à l'action. Depuis juillet dernier, le gouvernement français impose une taxe de 3 % au chiffre d'affaires, en France, d'entreprises telles que Google, Apple, Facebook et Amazon.

En janvier dernier, dans un mémoire déposé dans le cadre de l'examen de la Loi sur la radiodiffusion, Radio-Canada a demandé au gouvernement canadien que les services comme Netflix et Amazon soient réglementés par le CRTC et soumis aux mêmes exigences que les diffuseurs canadiens.

D'autres médias ont formulé pareille demande à Ottawa.

Avec les informations de La Presse canadienne

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