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Premier débat en français : quatre chefs fédéraux, quatre stratégies

Photomontage de Justin Trudeau (PLC), Andrew Scheer (PC), Yves-François Blanchet (BQ) et Jagmeet Singh (NPD).

Les chefs (dans le sens horaire) : Justin Trudeau (PLC), Andrew Scheer (PC), Yves-François Blanchet (BQ) et Jagmeet Singh (NPD).

Photo : Radio-Canada

Philippe-Vincent Foisy
Louis Blouin
Jérôme Labbé
Christian Noël

Justin Trudeau, Andrew Scheer, Jagmeet Singh et Yves-François Blanchet vont croiser le fer mercredi soir pour la première fois depuis le début de la campagne. Alors qu’il y a encore beaucoup d’électeurs indécis, que le jello n’est toujours pas pris, comme on dit dans le jargon politique, ce débat revêt une grande importance. Quels défis devra relever chaque chef? Tournée des caravanes électorales.

Justin Trudeau

Le chef libéral sera le seul ce soir à avoir de l’expérience en débat comme chef de parti fédéral. Il connaît aussi la formule du Face-à-face de TVA et, contrairement à ses adversaires conservateur et néo-démocrate, il est plus habile en français, explique un stratège libéral.

L’objectif principal de Justin Trudeau sera de rester au-dessus de la mêlée, de parler directement aux téléspectateurs afin de faire passer ses messages, tout en se montrant ferme dans ses attaques, dit-on.

Je vais parler [du] choix important que les Canadiens vont faire le 21 octobre : est-ce qu'on continue d'avancer avec le Parti libéral ou est-ce qu'on retourne en arrière aux années Harper?, a soutenu Justin Trudeau mardi matin.

Justin Trudeau en train de s'entraîner à la boxe dans un gymnase de Montréal.

Comme en 2015, Justin Trudeau a fait quelques exercices de boxe avant de prendre part au débat des chefs.

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

C’est une élection sur les valeurs, explique un stratège libéral. Notre but sera de montrer que les valeurs libérales sont celles des Québécois et que les conservateurs sont déconnectés.

Le chef libéral tentera aussi de convaincre les Québécois qu’un vote pour un autre parti que le sien ouvrira la porte aux conservateurs, d’où l’évocation fréquente de l’ancien premier ministre Stephen Harper dans ses discours.

Justin Trudeau portera aussi une attention particulière au chef du Bloc québécois, qui est, selon certains sondages, deuxième dans les intentions de vote au Québec.

Andrew Scheer

Le chef conservateur a besoin du Québec, et son équipe est bien consciente de sa principale vulnérabilité : son français. À son arrivée à Montréal, mardi après-midi, le mot était donné : le chef s'exprimera seulement dans la langue de Molière jusqu'à la fin du débat mercredi. Les membres de son entourage, qui ne parlent que l'anglais, doivent limiter les contacts avec lui.

Mardi et mercredi, Andrew Scheer aura passé au total 12 à 15 heures isolé, en préparation avec ses plus proches conseillers. De hauts responsables conservateurs participent à des simulations, comme le directeur adjoint de la campagne, Marc-André Leclerc, et sa conseillère principale, Kenzie Potter. Des comédiens prennent aussi part à ces exercices.

Andrew Scheer en train de marcher.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur

Photo : La Presse canadienne / JONATHAN HAYWARD

Dans les séances de répétition, ils tentent de « déstabiliser » Andrew Scheer et de le pousser dans les câbles. Le but est de peaufiner les attaques, les répliques, et de « savoir quand intervenir ». La formule face-à-face force les conservateurs à développer une stratégie personnalisée pour chacun des adversaires.

La principale cible? Justin Trudeau. Ce que le chef conservateur veut, c'est être premier ministre, fait valoir Marc-André Leclerc. La veille du débat, Andrew Scheer déclarait : Mon but est de montrer que [Justin Trudeau] ne mérite pas un deuxième mandat. Il ne peut pas défendre son bilan avec les grands déficits, les scandales et la corruption.

Il devrait aussi décocher des flèches au chef du Bloc québécois, avec qui il est en compétition directe au Québec. Andrew Scheer tentera de dépeindre le Bloc comme « un spectateur » qui n'aura jamais de réel pouvoir.

Mon message aux Québécois, c'est qu'il n'y a que le Parti conservateur qui peut remplacer le PLC. C'est notre parti qui respecte les champs de compétence des provinces et qui va adresser [sic] les enjeux spécifiques au Québec comme la déclaration d'impôt unique, déclarait le chef conservateur, mardi.

C'est la première fois que le chef conservateur sera présent aussi longtemps sur le petit écran des Québécois. Une occasion de le faire connaître, selon son équipe, mais surtout de mettre de l'avant ses engagements. Son entourage cherche à trouver l'équilibre entre les attaques et le contenu du programme.

Notre dossier Élections Canada 2019

Jagmeet Singh

Le chef néo-démocrate se dit pour sa part fébrile en vue du débat de ce soir. N’ayant jamais eu l’occasion de croiser le fer avec Justin Trudeau ailleurs qu’à la Chambre des communes, il entend bien profiter de son temps d’antenne pour attaquer le chef libéral sur son bilan.

J’ai hâte d’avoir l’occasion de confronter M. Trudeau, a-t-il déclaré mardi, accusant le premier ministre sortant d’avoir « brisé les promesses qu’il a faites aux jeunes », notamment en « achetant un pipeline ». J’ai hâte d’avoir l’occasion de donner une voix à ces gens, à la jeunesse, à Monsieur, Madame Tout-le-Monde, pour lui dire qu’il a eu tort de faire ce qu’il a fait, et qu’on peut faire mieux.

Sa conseillère pour le Québec, Marie-Ève Ste-Onge, le prépare depuis des mois en vue des débats en français. Elle raconte que son chef est toujours très actif physiquement pendant ces séances, qui peuvent parfois s’étendre sur une journée complète.

Jagmeet Singh est assis dans un avion, une jeune femme est agenouillée tout près de lui et lui montre un document.

Jagmeet Singh en pleine préparation avant le débat du 2 octobre.

Photo : Radio-Canada / Jérôme Labbé

On va commencer, et puis là, à un moment donné, il va être debout; il va bouger; il va regarder; il va écouter; il va penser; il va se gratter la tête; il va tirer un peu son turban par l’arrière; son turban va finir par ressortir… et puis, au bout de quelques heures, finalement, le turban est parti, c’est inévitable, plaisante-t-elle.

Mme Ste-Onge est la même qui aide M. Singh à s'exercer en français chaque matin dans la caravane néo-démocrate. Car il s’agit, après tout, de sa troisième langue, après l’anglais et le pendjabi.

La garde rapprochée du chef entend profiter de la journée de mardi pour tester une dernière fois les lignes d’attaque qui seront utilisées en soirée.

Le parti entend également lancer aujourd’hui une série de publicités à la télévision et sur les réseaux sociaux – quatre capsules en français de 15 secondes seulement, destinées spécifiquement aux électeurs québécois, dans lesquelles le NPD mettra l’accent sur les différences qui l’opposent au Parti libéral, au Parti conservateur, au Bloc québécois et au Parti vert.

Yves-François Blanchet

Le chef bloquiste en sera à son premier débat national comme chef du Bloc. Il a l’habitude des joutes oratoires, puisqu’il faisait partie du panel de discussion de l’émission Les ex, à ICI RDI. Mais la pression et le format de ce soir sont fort différents.

M. Blanchet est le chef qui maîtrise le mieux la langue française. Son sens de la formule et de la répartie sera son principal atout. Et pourrait aussi être son principal écueil.

Le défi sera de marquer des points, sans avoir l’air irrévérencieux. De montrer qu’il connaît ses dossiers, sans avoir l’air arrogant. Et de répondre aux attaques contre lui sans perdre son calme.

Yves-François Blanchet marche tout près de son autobus de campagne. Il est suivi par plusieurs personnes.

Yves-François Blanchet, chef du Bloc québécois

Photo : La Presse canadienne / Paul Chiasson

Son motto, c’est d’être positif et posé, explique une stratège bloquiste. L’objectif, ce n’est pas de sortir les gants de boxe, c’est d’expliquer nos positions sur les enjeux qui touchent les Québécois.

Au cours des derniers jours, Yves-François Blanchet a passé du temps en répétition pour la formule face à face du débat. Avec des conseillers, qui présentaient les arguments de ses adversaires, il avait pour objectif de s’habituer au rythme, au chronomètre, de peaufiner ses attaques et de raffiner ses parades.

M. Blanchet a hâte d’en découdre avec le chef libéral Justin Trudeau. Mais ce sont les face-à-face avec MM. Scheer et Singh qui pourraient être les plus délicats.

MM. Scheer et Singh sont parfois moins fluides en français, confie une stratège bloquiste. Il faut leur laisser assez de temps pour s’exprimer, même s’ils prennent plus de temps. Il faut faire attention de ne pas trop les interrompre, sinon on peut avoir l’air complètement impoli.

Ses adversaires risquent de vouloir viser son bilan environnemental comme ministre du Développement durable et de l’Environnement dans le gouvernement péquiste de Pauline Marois, comme son approbation pour l’inversion du pipeline 9B d’Enbridge et aussi de la cimenterie McInnis, le plus grand émetteur industriel de gaz à effet de serre (GES) au Québec.

L’objectif du chef bloquiste, c’est de faire sortir le Bloc « du cimetière », comme il l’a déjà dit lui-même. Il a hérité d’un parti avec peu de moyens financiers, ce qui restreint sa capacité de faire campagne. Les débats en français sont une occasion pour lui de s’adresser à son auditoire québécois, sans filtre.

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