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« Un film d’horreur » : des sévices présumés dans un collège chrétien

On voit une vieille photo du Collège Grenville avec l'école et le pensionnat.

Une photo d'époque du Collège Grenville en bordure du St-Laurent.

Photo : Collège Glenville de Brockville

Prenez note que cet article publié en 2019 pourrait contenir des informations qui ne sont plus à jour.

Un ancien élève du Collège de Grenville a raconté en cour mardi à Toronto les sévices qu'il dit avoir subis dans l'institution chrétienne de Brockville dans les années 1980 au procès civil contre l'ancien établissement.

Avertissement : le contenu de ce texte pourrait choquer certains lecteurs.

Plus de 1300 anciens élèves poursuivent le défunt collège privé dans un recours collectif, qui a reçu l'approbation des tribunaux en 2008. Les faits reprochés se seraient produits de 1973 à 1997.

François Lukawecki se souvient qu'il a eu une très mauvaise impression de l'institution Grenville et du personnel lorsqu'il y a été admis à l'adolescence en 1987. J'y ai détesté mon passage, le révérend Charles Farnsworth qui était le directeur avait un air sadique, dit-il d'entrée de jeu à la barre.

« [Le directeur] faisait peur comme dans un film d'horreur. »

— Une citation de  François Lukawecki, plaignant

Il affirme aussi que le révérend Farnworth aimait enlacer les élèves, qui n'appréciaient pas être touchés de la sorte.

Les employées avaient toutes les cheveux courts et les élèves portaient des jupes très longues, j'avais l'impression d'avoir fait un voyage dans le temps, quelque chose n'était pas net, ajoute M. Lukawecki.

On voit une photo d'époque du prêtre Charles Farnsworth au Collège Grenville.

Le révérend Charles Farnsworth dirigeait le Collège Grenville à l'époque des faits reprochés.

Photo : Mike Morley

Le Montréalais de 46 ans, qui est lui-même enseignant aujourd'hui au primaire, soutient que les règles à Grenville étaient très strictes, l'atmosphère très religieuse et la discipline cruelle. On nous rappelait sans cesse que Satan était autour de nous et qu'il nous invitait à la luxure, dit-il. Le personnel se présentait comme des soldats qui devaient nous protéger du Malin.

Il ajoute que les filles qui avaient des poitrines volumineuses étaient humiliées en public et que d'autres étaient traitées de Jézébelles, parce qu'elles étaient des séductrices avec des corps de démons.

On voit François Lukawecki sortir de la Cour supérieure de l'Ontario.

François Lukawecki est au nombre des participants à un recours collectif contre le Collège Grenville.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

Homosexualité = péché

M. Lukawecki affirme que les cours de religion portaient essentiellement sur les péchés comme la convoitise et le mensonge, mais aussi sur le sexe et l'homosexualité.

« J'étais mortifié à l'idée que l'on me dénonce comme homosexuel et j'en étais venu moi-même à utiliser des qualificatifs homophobes contre mes camarades pour cacher mon orientation sexuelle. »

— Une citation de  François Lukawecki

Il explique qu'on le traitait par exemple de pédé et de bon à rien et qu'on le qualifiait de démoniaque. On me forçait à être moins efféminé, se souvient-il. Il précise qu'on l'accusait de ne pas prier assez.

On voit une vieille photo du réfectoire du Collège Grenville.

Le réfectoire du Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

Il décrit la vidéo sur les dangers du satanisme que les élèves étaient obligés de regarder le soir avec des surveillants. Nous étions effrayés par les images d'exorcisme, certains en avaient des cauchemars, raconte-t-il. C'était du matériel complètement inapproprié pour des jeunes.

Il souligne que les élèves étaient endoctrinés et menacés de ne rien dire à leurs parents avant de partir en vacances sous peine de représailles.

On voit un corridor du Collège Grenville.

Le corridor principal menant aux différentes salles de classe au Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

Nettoyer à la brosse à dents

François Lukawecki expose le rituel de la discipline en vigueur durant lequel on assoyait les élèves durant une heure sur une chaise en les privant de sommeil.

« Nous étions privés de cours et forcés de faire des tâches de nettoyage avec une brosse à dents. On nous obligeait à courir dehors durant la nuit pendant qu'on nous criait des insultes... à la terreur s'ajoutait la honte d'être mis à l'écart des autres. »

— Une citation de  François Lukawecki, plaignant

Il rappelle ainsi avoir été frappé, humilié et discipliné pour des raisons futiles par le personnel. La première année, pour avoir refusé de manger du foie au réfectoire et à la troisième, pour avoir apporté des cassettes de musique au collège, où le rock'n'roll était considéré comme l'oeuvre du Diable.

Il ajoute enfin que le directeur Farsnworth l'a agressé sexuellement dans son bureau quelques mois avant sa collation des grades en 1991.

On voit une vieille photo de la levée traditionnelle des drapeaux au Collège Grenville.

Le lever traditionnel des drapeaux au Collège Grenville.

Photo : Mike Morley

François Lukawecki s'est adressé à la presse après son témoignage. Ils nous ont fait vivre des choses qu'on ne devrait jamais faire vivre à des enfants, a-t-il dit. L'Église [anglicane] n'était pas au courant qu'on appartenait à une secte, tout était bien caché de façon très intelligente et pendant des années, ils ont réussi à s'en sortir [sans être inquiétés].

Il a ajouté qu'il portait toujours en lui les séquelles des sévices qu'il dit avoir endurés durant quatre ans et qui l'ont forcé à consulter des thérapeutes. Je continue à souffrir des traitements que j'ai reçus là-bas, a-t-il affirmé. J'ai été brisé à perpétuité.

Contre-interrogatoire

La défense de l'ancien collège a d'abord tenté de le discréditer, en disant qu'il avait omis beaucoup de détails dans sa déclaration à la police en 2008. Je n'étais pas prêt à faire face à tous les traumatismes. Honnêtement, j'avais encore peur du révérend Farnsworth, je ne voulais pas lui faire face dans quelque procédure que ce soit, je croyais que c'était peine perdue, répétera-t-il à l'extérieur du tribunal.

M. Lukawecki dit que les choses ont toutefois changé avec le temps, qu'il a aujourd'hui une sécurité d'emploi et qu'il a consulté des thérapeutes.

« Je n'aurais pas pu vivre avec l'idée d'avoir choisi de ne pas témoigner, alors que j'avais l'opportunité de le faire. Surtout que plusieurs anciens camarades sont encore tellement éprouvés qu'ils sont incapables de témoigner. Je sentais que j'avais donc le devoir de parler aussi pour eux. »

— Une citation de  François Lukawecki, participant au recours collectif

L'avocat de la défense, Geoff Adair, affirme, pour sa part, que M. Lukawecki s'est inspiré dans son témoignage du livre qu'Andrew Hale-Byrne avait écrit sur son passage à Grenville. On a vécu les mêmes choses, donc c'est normal que ce que lui a écrit dans son livre pis moi ce que j'ai témoigné, les deux récits sont très similaires, explique-t-il à la cour.

On voit une ancienne photo du Collège Grenville dans l'album des finissants de l'établissement dans les années 1980.

La photo du Collège Grenville dans l'album des finissants de l'établissement dans les années 1980.

Photo : Grenville Christian College

Le tribunal devra déterminer si les allégations sont fondées, auquel cas, la partie des audiences portant sur les dommages et intérêts sera entendue ultérieurement.

Le recours des plaignants est estimé pour l'instant à 200 millions de dollars.

Les deux intimés, les révérends Alastair Haig et Charles Farnsworth, sont toutefois morts, si bien que ce sont leurs héritiers et les assureurs du Collège Grenville qui sont poursuivis dans ce recours.

Je doute énormément que l'on reçoive un seul sou dans ce recours collectif-là. La compagnie d'assurance fera faillite, je n'ai aucune attente financière. Je souhaite seulement que la vérité sorte, conclut M. Lukawecki.

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