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Alzheimer : la recherche toujours dans l’impasse

Représentation de neurones dans le cerveau humain

Des neurones

Photo : Radio-Canada

Danny Lemieux

Malgré des centaines d’essais cliniques, on ne connaît toujours pas la cause de la maladie d’Alzheimer. L'émission Découverte revient sur les grands jalons de cette maladie.

Alzheimer. Le nom fait peur. Irréversible, incurable, la maladie efface la mémoire, fait disparaître la personnalité. Au Canada, toutes les 56 secondes, un nouveau diagnostic tombe.

Qu’est-ce qui cause la maladie? Comment se déclenche-t-elle? On cherche la réponse depuis 20 ans. Malgré des centaines d’essais cliniques, c’est toujours l’impasse.

L’âge est essentiellement le facteur déclenchant. Mais s’il y a un facteur biologique et moléculaire derrière tout ça, on ne le connaît pas. On comprend toutefois les facteurs qui modulent la maladie, mais en termes de causes fondamentales, on n'a pas encore trouvé.

Judes Poirier, directeur, programme de recherche vieillissement et maladie d’Alzheimer, Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Lorsque le diagnostic se confirme, la maladie est déjà très avancée. Il est trop tard. À ce moment, 70 % des neurones du cerveau sont atteints. La maladie s’échafaude silencieusement depuis 10, 15, voire 20 ans déjà.

Cela veut dire que des gens qui sont dans la cinquantaine seraient à risque ou commenceraient peut-être à accumuler des problèmes reliés à la maladie.

Simon Duchesne, Centre de recherche CERVO, Institut universitaire en santé mentale de Québec.

On connaît aujourd’hui une cinquantaine de démences, mais l’alzheimer est de loin la plus répandue.

Elle représente les deux tiers de l’ensemble des démences. Toutes ont leur profil. L’alzheimer se démarque principalement par les zones du cerveau qu’elle détruit et la progression de ses symptômes.

La maladie débute dans l'hippocampe, une structure qui stocke et récupère les souvenirs. À ce moment, la mémoire à court terme est affectée. On cherche ses mots. L’humeur change. On perd légèrement la notion du temps.

De l’hippocampe, la maladie se propage aux lobes temporaux. La perte d’autonomie s’installe. La confusion aussi.

Représentation du cerveau montrant la progression de la maladie d'Alzheimer

La maladie début dans l'hippocampe pour se propager ensuite aux lobes temporaux.

Photo : Radio-Canada

Les conversations s’étiolent. On est désorienté.

La maladie progresse et atteint maintenant les lobes frontaux. À ce stade, la personne a besoin d’aide pour prendre soin d’elle. La communication est pratiquement inexistante. L’évolution de la maladie est propre à chaque patient. Mais aux derniers stades, tout le cerveau est endommagé.

Quand les neurones meurent, toute l'infrastructure qui supporte les neurones a tendance à dépérir également, ce qui fait qu'il y a une perte de volume global du cerveau.

Simon Duchesne, Centre de recherche CERVO, Institut universitaire en santé mentale de Québec.
Représentation du cerveau montant la progression de la maladie d'Alzheimer.

La maladie progresse et atteint les lobes frontaux.

Photo : Radio-Canada

Les deux visages de la maladie

La maladie d’Alzheimer a deux visages. D’abord, sa forme jeune et agressive. Rare, cette forme ne touche que 1 % des patients atteints. Ses symptômes débutent autour de la quarantaine. Elle résulte d’une mutation génétique. Quatre gènes liés à cette forme ont été découverts jusqu’à présent. Être porteur d’une anomalie génétique est une condamnation : la maladie est inévitable.

Le visage le plus connu de la maladie est sa forme commune. Elle regroupe 99 % des cas recensés. Les premiers symptômes apparaissent vers la mi-soixantaine. Si le principal facteur de risque est le vieillissement, la maladie s’explique par un mélange complexe de composantes génétiques et d’habitudes de vie.

Une vingtaine de gènes permettent de savoir si une personne est plus susceptible de développer l’alzheimer. Ces gènes ne causent pas la maladie, mais ils influent sur son déclenchement et sa vitesse d’évolution.

On ne sait toujours pas ce qui cause l’alzheimer. Cependant, lorsqu’on regarde le cerveau d’un patient, on observe systématiquement la même chose : le dépôt d’amyloïdes et de tau, deux protéines. Elles s’accumulent à l’intérieur des neurones et autour.

La présence d’un peu de plaques amyloïdes et de tau dans le cerveau ne semble pas très problématique. Si le tau est restreint dans certaines zones cérébrales ou bien que vous avez seulement des plaques amyloïdes, ça ne semble pas très problématique [non plus]. C'est vraiment quand il y a la présence de ces deux protéines qu’on voit apparaître des problèmes au niveau cognitif.

Sylvia Villeneuve, neuropsychologue, Institut universitaire en santé mentale Douglas.

Pourquoi ces protéines s’accumulent-elles?

C'est encore une question non résolue, explique Simon Duchesne. Encore une fois, c'est un peu plus complexe qu'on le croyait.

La maladie d'Alzheimer apparaît rarement seule. Dans 90 % des cas, elle se mélange à d’autres anomalies cérébrales. Les chercheurs sont alors confrontés à de nombreuses interactions, difficiles à isoler les unes des autres.

Si l’alzheimer tient encore tête aux chercheurs, cela ne veut pas dire pour autant qu’il faille baisser les bras ou attendre la pilule miracle.

Si vous faites de l’exercice, gérez votre alimentation, une alimentation saine, et [que] vous prenez le contrôle de vos facteurs de risque comme l’hypertension, les taux de cholestérol élevés ou le diabète, vous réduisez les risques d’avoir la maladie d’Alzheimer.

Judes Poirier, directeur, programme de recherche vieillissement et maladie d’Alzheimer, Institut universitaire en santé mentale Douglas

De plus, on sait qu’une vie intellectuelle et sociale riche permet de constituer une réserve cognitive, une réserve qui repousse l’apparition des premiers symptômes. Gagner quelques mois, voire quelques années… Avec l’alzheimer, il n’y a pas de petites avancées.

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