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La Vérif : le Canada aide-t-il des régimes « corrompus », comme le dit Andrew Scheer?

Le reportage de Vincent Maisonneuve

Photo : getty images/istockphoto / Vladone

Romain Schué

Selon le chef du Parti conservateur, le gouvernement de Justin Trudeau a versé des millions de dollars à des régimes jugés « hostiles », mais aussi à des pays développés. Pourtant, sous les libéraux, le Canada est loin de faire partie des plus importants donateurs dans le monde.

Comme l’affirme Andrew Scheer, le gouvernement Trudeau a-t-il aidé des « régimes corrompus »?

La réponse est oui, mais ce sont essentiellement des raisons humanitaires ou de sécurité internationale qui justifient ces aides.

Je suis convaincu que les Canadiens préfèrent que l’argent des contribuables [n'aille] pas aux régimes hostiles.

Andrew Scheer, le 1er octobre 2019

Le chef conservateur a dans sa ligne de mire trois pays qui seraient aidés par le Canada : la Corée du Nord, la Chine et l’Iran.

Effectivement, comme le mentionne Canada International (Nouvelle fenêtre), depuis 2005, le Canada a accordé plus de 35 millions de dollars en soutien à l’intervention humanitaire internationale en Corée du Nord.

Une pénurie alimentaire en Corée du Nord

Ces sommes ont été versées par le biais des Nations unies et de l’UNICEF, pour pallier « des pénuries alimentaires ». Le Canada n’apporte aucune contribution financière directe au gouvernement de la Corée du Nord ni aux organisations nord-coréennes, précise Ottawa.

Selon des données fournies par Affaires mondiales Canada, près de 2 millions de dollars ont été versés à la Corée du Nord pour l'année 2017-2018, principalement pour de l’aide humanitaire. L’ONU a d’ailleurs confirmé (Nouvelle fenêtre), ce printemps, les besoins urgents dans ce pays, avec 10 millions de personnes « en état d’insécurité alimentaire aggravée ».

L’Iran, de son côté, a bénéficié pour cette période de moins de 2 millions de dollars, principalement dans la catégorie « sécurité internationale et affaires politiques ».

Un document gouvernemental spécifie que des initiatives sont prises par le Canada pour s’assurer que l’Iran respecte ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire.

D'autres engagements sont également pris dans le monde et des aides sont proposées pour des programmes visant, par exemple, à enrayer la prolifération des armes, y compris les armes de destruction massive.

Pour la Chine, on parle d'aides de 4 millions de dollars, dont plus du tiers visent la lutte contre les changements climatiques.

Une diminution sous Trudeau

Fait intéressant, le gouvernement de Justin Trudeau a été moins généreux que celui de Stephen Harper en matière d'aide internationale.

Pendant les neuf années au pouvoir du chef conservateur, le Canada a offert 0,30 % de son revenu national brut pour l’aide publique au développement (APD), selon des données fournies par le Conseil canadien pour la coopération internationale (CCCI).

Avec Justin Trudeau, ce ratio est de 0,28 %, ce qui est inférieur à la moyenne de l’OCDE (0,31 %) et nettement en dessous de la cible de 0,7 % préconisée par les Nations unies.

Le gouvernement actuel aura la moyenne la plus basse de tous les gouvernements depuis 50 ans, a récemment déploré le président du CCCI, Nicolas Moyer.

Le Canada fait d’ailleurs pâle figure par rapport aux autres pays membres du G7, loin derrière le Royaume-Uni, l'Allemagne ou la France.

Comme le mentionne le CCCI, le Canada est dépassé par « des gouvernements de tous les horizons politiques », y compris l’Irlande et la Norvège, deux pays concurrents du Canada pour un siège au Conseil de sécurité des Nations unies en 2021.

En valeur absolue, les États-Unis restent néanmoins le pays dépensant le plus d’argent (34 milliards de dollars américains en 2018), devant l’Allemagne (25 milliards américains) et le Royaume-Uni (19 milliards américains). Le Canada se classe au 10e rang (4,6 milliards de dollars américains, soit 6,1 milliards canadiens).

Où se situerait le Canada avec la promesse des conservateurs?

Si Andrew Scheer devient premier ministre et s’il respecte sa promesse de diminuer du quart les aides internationales, le Canada atteindra alors son plus bas niveau (en pourcentage de son revenu national brut) depuis 1965.

Une aide en Italie pour un tremblement de terre

Andrew Scheer a également dénoncé des aides versées à des pays aux « revenus moyens ou élevés ». Il a cité, à titre d’exemple, l’Italie, en demandant à Justin Trudeau des explications.

Justin Trudeau doit justifier la raison pour laquelle il a envoyé l’argent des Canadiens à l'Italie, au Brésil et à l'Iran. Il a fait son choix, j’ai fait mon choix.

Andrew Scheer, le 1er octobre 2019

Mais à quoi a servi cet argent?

En 2017, Justin Trudeau avait promis le versement d’un fonds d’aide de 2 millions de dollars pour les sinistrés d’Amatrice, une petite ville italienne qui a subi un puissant séisme en août 2016 ayant fait près de 300 morts. Il s’agit donc d’une aide humanitaire.

Au Brésil, l’aide canadienne provient en grande partie du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), une société d’État canadienne qui finance des travaux de recherche dans les pays en développement.

Près d’un million de dollars sont ainsi versés par le CRDI pour financer différents projets, comme des études sur le virus Zika.

Avec la collaboration de Nathalie Lemieux

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