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[Train de campagne] Des Syriens aux accents acadiens à Chéticamp

« Il y a tout ce qu’il faut pour être heureux » dans ce petit village acadien.

La famille Alnaasan assise sur un divan.

Mahmmoud Alnaasan avec les membres de sa famille : Abdul, Rahmeh, Rou’a et Lujain

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Janic Tremblay

À l'occasion de la campagne électorale, les journalistes Janic Tremblay et Marie-France Abastado de Désautels le dimanche entreprennent la traversée du Canada en train à la rencontre des électeurs. Troisième envoi d’une série de cartes postales.

Je suis toujours à l’île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse, plus précisément dans le petit village acadien de Chéticamp. Dans ce coin de pays, le vieillissement de la population est un enjeu quotidien. Les jeunes sont partis, place aux travailleurs étrangers.

Fidèle Lefort me montre l’odomètre de la minifourgonnette qu’il conduit tous les jours. Il affiche 238 000 kilomètres. C’est beaucoup pour une voiture qui n’a pas encore trois ans. Voyez-vous, Fidèle est chauffeur pour la Coopérative de transport de Chéticamp (L’Acabie). Il m’explique que le service est né il y a quelques années. Et il y a un lien direct avec le vieillissement de la population.

Ici il y a de plus en plus de vieux. Ils sont nombreux à ne plus conduire ou à ne pas avoir de voiture. Ce sont eux qui utilisent le service pour se rendre à leurs rendez-vous médicaux à l’extérieur ou pour aller faire des courses. On avait une seule voiture au début. On en a maintenant trois et aussi des conducteurs à temps plein pour répondre à la demande.

Fidèle Lefort

Si le service est si populaire, c’est aussi parce que de nombreux aînés ne peuvent pas compter sur leurs proches ou leurs enfants pour leurs déplacements.

Les jeunes? Ils sont partis en ville. Ils laissent la région. Il n’y a pas de travail pour eux ici. Et là on manque de main-d’oeuvre! Certains propriétaires de motels ne sont pas certains de pouvoir ouvrir en début de saison. Il manque de jeunes. Les gens retraités reviennent au travail. J’ai 73 ans moi! C’est un défi pour les gouvernements, me dit-il avec passion.

Fidèle Lefort devant son véhicule de transport.

Fidèle Lefort est chauffeur pour la Coopérative de transport de Chéticamp.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Et ça crée de vrais problèmes aux entrepreneurs du coin. Paulette Devaux, copropriétaire de Chéticamp Boat Builders, en sait quelque chose.

L’entreprise a ouvert il y a 40 ans. On a des employés qui sont ici depuis le premier jour. Ils vont bientôt partir à la retraite, mais je n’ai personne pour les remplacer. C’est très préoccupant. Il nous faut du jeune monde.

Paulette Devaux

Pour la femme d'affaires, la solution passe notamment par l’immigration et la venue de travailleurs étrangers. Il faut dire que l’un de ses plus jeunes employés n’est pas né ici. Il vient de loin. De très loin, en fait...

Notre dossier Élections Canada 2019
Mahmmoud Alnaasan sur le pont d'un bateau.

Mahmmoud Alnaasan répare des bateaux à Chéticamp.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Patrice Poirier m’emmène faire le tour de la cour de la compagnie où sont stationnés quelques bateaux en réparation. Ses cris percent le vent.

Mahmmoud! Mahmmoud!

Après quelques minutes, Mahmmoud Alnaasan émerge de la cale d’un bateau de pêche qu’il est en train de réparer et vient nous saluer. Il fait partie des 40 000 réfugiés syriens qui ont trouvé asile au Canada en vertu de la politique d’accueil mise en place par le gouvernement libéral en 2015-2016. L’ancien chef cuisinier qui passait ses journées dans un restaurant de Homs est maintenant devenu, entre autres choses, un spécialiste de la fibre de verre. Il ne se fait pas prier pour me parler de sa nouvelle vie.

C’est différent ici. Avec la langue et le froid. Mais je suis heureux. C’est une vie tranquille. Tout le monde est gentil avec nous. C’est bien différent de la Syrie où les horizons étaient bouchés. Nos enfants ont maintenant un avenir. Ils vont à l’école. Ils font du sport. Je rêve d’ouvrir un restaurant ici un jour.

Mahmmoud Alnaasan
Mahmmoud Alnaasan en combinaison blanche.

Mahmmoud Alnaasan a convaincu sa famille de s'établir en Nouvelle-Écosse.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Mahmmoud est musulman pratiquant. Son épouse Rahmeh porte le voile. Cela les rend assez visibles dans une petite communauté comme celle de Chéticamp. Or, l’intégration dans le village s’est faite sans aucun problème, selon Ginette Chiasson, de l’organisme Lifeline 224, dont le mandat est d’aider les réfugiés à se réinstaller dans le coin. Elle souhaite en accueillir encore plus pour des raisons humanitaires, mais aussi économiques.

On voit que dans les régions rurales partout au pays la population diminue énormément. Les jeunes vont vivre en ville. Si on attire des gens d’ailleurs ici, on va créer un environnement propice à des emplois mieux rémunérés et améliorer la rétention. Si on peut faire ça grâce aux nouveaux arrivants, tant mieux!

Ginette Chiasson

Justement, d’autres immigrants arriveront bientôt à Chéticamp. Mahmmoud Alnaasan a convaincu son beau-frère et un de ses cousins de venir rejoindre la famille dans le petit village acadien parce qu’il y a tout ce qu’il faut pour être heureux, dit-il.

J’ai longuement parlé avec la famille Alnaasan, qui semble bel et bien en voie de s'enraciner ici. La mère, Rahmeh, travaille déjà au restaurant Évangéline.

Quant aux enfants, l’aîné Abdul aime les mathématiques et travaille déjà à temps partiel pour accumuler de l’argent afin de suivre des cours de conduite et de s’acheter une voiture. La cadette Lujain écoute Shawn Mendes et ambitionne de devenir policière. Quant à la benjamine, Rou’a, elle lit La toile de Charlotte, et son français a déjà des accents acadiens. Le Canada de demain, c’est un peu eux.

À bientôt!

Un phare aux couleurs de l'Acadie avec l'écriteau Chéticamp.

Chéticamp prend de nouveaux accents avec l'arrivée d'immigrants syriens.

Photo : Radio-Canada / Janic Tremblay

Le reportage de Janic Tremblay en Nouvelle-Écosse est présenté dans le cadre de l'émission Désautels le dimanche à 10 h sur ICI Première.

Janic Tremblay, souriant.

Le journaliste Janic Tremblay, de l'émission « Désautels le dimanche »

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

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