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Scheer sabrerait de 25 % l'aide étrangère offerte par le Canada

Le reportage de Louis Blouin

Photo : Radio-Canada / Louis Blouin

François Messier

Un gouvernement conservateur élu le 21 octobre réduirait substantiellement l'aide du Canada à des pays étrangers, cesserait de financer l'agence onusienne qui vient en aide aux réfugiés palestiniens et augmenterait l'aide militaire à l'Ukraine.

C'est ce qu'a annoncé depuis Toronto mardi le chef du parti, Andrew Scheer, lors d'une rare conférence de presse consacrée aux affaires étrangères depuis le début de la campagne électorale.

Le chef conservateur a notamment annoncé qu'il réduirait l’aide étrangère globale du Canada de 25 %, qui passerait ainsi de 6 à 4,5 milliards de dollars par année.

Une partie de l’argent récupéré, soit 700 millions de dollars, serait redistribuée aux pays les moins développés de la planète, dont des pays d’Afrique subsaharienne, l’Afghanistan et Haïti. L'autre partie permettrait de financer les promesses électorales du parti.

Les pays qui recevraient de l'aide étrangère en priorité sous un gouvernement Scheer seraient en fait ceux dont l’indice de développement humain (IDH) est inférieur à 0,6 sur une échelle allant de 0 à 1.

Selon les conservateurs, ces pays ne reçoivent que 58 % de l’aide étrangère canadienne à l’heure actuelle.

Notre philosophie est que des pays qui ont un indice de développement très élevé n'ont pas besoin du même appui que les autres. C'est un choix. […] On va rediriger l'argent de l’enveloppe pour l’aide étrangère pour appuyer les Canadiens.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

M. Scheer a aussi fait savoir qu'un gouvernement conservateur mettrait un terme à l'aide canadienne dirigée vers des pays ouvertement hostilesaux intérêts canadiens, comme l’Iran, la Corée du Nord et la Russie.

Il a d'ailleurs indiqué qu'un gouvernement qu'il dirigerait adopterait de nouveaux outils juridiques pour tenir les régimes hostiles responsables de leurs gestes, mais sans en dire davantage.

Il est à noter que les pays considérés hostiles par M. Scheer ne reçoivent pas nécessairement une aide directe du gouvernement canadien.

L'aide canadienne à la Corée du Nord, par exemple, vise à soutenir une intervention internationale gérée par des partenaires multilatéraux, comme le Programme alimentaire mondial des Nations unies et l’UNICEF, indique le ministère des Affaires étrangères.

Notre dossier Élections Canada 2019

Le chef conservateur a réitéré qu’un gouvernement conservateur cesserait de financer l’Office de secours et de travaux des Nations unies (UNRWA), qui vient en aide à environ 5 millions de réfugiés palestiniens.

L'UNRWA est ouvertement antisémite et continue de soutenir des organisations terroristes comme le Hamas, a-t-il soutenu.

Le gouvernement Trudeau a annoncé il y a un an qu'il verserait 50 M$ sur deux ans à l'agence, qui offre des services aux descendants de Palestiniens qui ont fui leurs terres ou qui en ont été chassés lors de la création de l'État d'Israël, en 1948.

M. Scheer suivrait ainsi l’exemple de l’administration Trump aux États-Unis, qui a arrêté de financer l’UNRWA l’an dernier.

Le chef conservateur a aussi indiqué qu'il renforcerait l'engagement du Canada envers ses alliés traditionnels, notamment au sein de l'OTAN et de NORAD.

Il compte en outre offrir une aide militaire et non militaire additionnelle à l'Ukraine, où le gouvernement est engagé dans une lutte avec des séparatistes prorusses épaulés par Moscou.

Cela inclura l’expansion de l’actuelle mission de soutien à l’Ukraine et la fourniture à l’armée ukrainienne de l’équipement dont elle a besoin pour défendre ses frontières.

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Andrew Scheer n'a pas semblé préoccupé par l'impact qu'une diminution de l'aide étrangère canadienne sur la campagne du Canada pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l'ONU.

Nos alliés savent ce dont on est capables sur la scène internationale, a-t-il dit. Mais c'est plus important pour moi que les Canadiens en aient plus pour aller de l'avant, que de chercher à gagner des faveurs aux Nations unies.

Ce n'est pas une question d'abandonner, mais de comment on va l'accomplir. [...] Je ne veux pas dépenser de l'argent pour un siège [au Conseil de sécurité].

Andrew Scheer, chef du Parti conservateur du Canada

Selon le chef conservateur, la politique étrangère de M. Trudeau est un échec total.

Un objectif onusien loin d'être atteint

En vertu d'un objectif fixé par les Nations unies en 1970, le Canada, comme d'autres pays, devrait consacrer 0,7 % de son produit intérieur brut (PIB) à l'aide étrangère, mais il en est loin à l'heure actuelle.

Un rapport d'un comité de l'Organisation de coopération et de développement économiques a d'ailleurs conclu l'an dernier que cette aide est passée de 0,31 % du PIB en 2012 à 0,26 % en 2017. La moyenne pour les pays membres du comité était de 0,32 %.

Invité à commenter l'annonce des conservateurs, le chef libéral Justin Trudeau ne s'est pas engagé à atteindre cet objectif. Le chef néo-démocrate Jagmeet Singh a pour sa part promis d'y parvenir, comme l'a déjà fait la chef du Parti vert, Elizabeth May.

M. Trudeau a cherché à ramener l'annonce d'Andrew Scheer sur le terrain de l'environnement, en faisant valoir que la baisse de l'aide étrangère empêcherait des pays de lutter efficacement contre le réchauffement climatique.

Le plan sur le climat d’Andrew Scheer consiste à encourager de l’action dans d’autres pays autour du monde. Mais là on voit qu’il veut limiter la capacité de ces pays à [agir] pour contre les changements climatiques.

Justin Trudeau, chef du Parti libéral du Canada

Il a soutenu que son gouvernement avait fait énormément d’investissements dans l’aide outre-mer depuis quatre ans, en aidant plus particulièrement les organismes menés par des femmes ou des organismes qui aident les femmes les plus vulnérables.

Il s'est aussi félicité d'avoir convaincu des pays du G7 d'investir environ 4 milliards de dollars pour favoriser l'éducation des fillettes lors du Sommet du G7 qui a eu lieu dans Charlevoix l'an dernier. La contribution du Canada dans ce plan était de 400 millions de dollars sur trois ans.

Il y a toujours plus à faire, mais on est un pays qui comprend que d'aider outre-mer, c’est aussi une façon d’aider les Canadiens à réussir dans un monde plus sûr et plus stable, a-t-il ajouté.

Depuis Vancouver, le chef néo-démocrate a aussi critiqué l'approche conservatrice. Selon lui, il y a d'autres façons d'augmenter les revenus de l'État pour financer, voire améliorer, les programmes sociaux au pays.

Les conservateurs n’ont jamais parlé de [lutter contre] les paradis fiscaux, de [taxer] les ultra-riches dans la société. Ça, c’est vraiment où on peut aller chercher des revenus pour payer les services sociaux dont on a besoin.

Jagmeet Singh, chef du Nouveau Parti démocratique du Canada

Selon Jagmeet Singh, les Canadiens sont d'avis que leur gouvernement devrait jouer un rôle pour faire en sorte que le monde soit meilleur.

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