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La nocivité de la viande rouge pour la santé est remise en question

Viande rouge

Photo : iStock

Agence France-Presse

Des chercheurs remettent en cause les études classant la viande rouge comme « cancérogène probable ».

De nombreux pays recommandent de limiter la consommation de viande rouge et de charcuterie pour prévenir cancers et maladies du cœur, mais un réexamen de dizaines d'études passées par des chercheurs indépendants conclut lundi que le risque potentiel est faible et les preuves incertaines, créant une tempête scientifique.

Dans de nouvelles consignes, un panel de chercheurs de sept pays conseille aux adultes de continuer leur consommation actuelle de viande rouge, c'est-à-dire une moyenne de trois à quatre portions par semaine en Amérique du Nord et en Europe. Même consigne pour la charcuterie, selon ces recommandations parues lundi dans la revue Annals of Internal Medicine, publiée par l'American College of Physicians.

Les multiples études réanalysées collectivement par le groupe indiquent que réduire la consommation de viande rouge de trois portions par semaine pourrait abaisser la mortalité par cancer de sept morts pour mille personnes, ce que les chercheurs considèrent comme une baisse modeste. En outre, ils insistent : le degré de certitude de cette statistique est faible.

Pour la charcuterie et les maladies cardiovasculaires et le diabète, la qualité des preuves est jugée très faible par l'équipe, qui a eu recours à une méthodologie baptisée GRADE.

Il y a de très faibles réductions de risque pour le cancer, les maladies du cœur et le diabète, et en outre, les preuves sont incertaines, résume Bradley Johnston, professeur associé d'épidémiologie à l'Université Dalhousie au Canada et directeur du groupe NutriRECS, qui a rédigé les consignes.

Peut-être qu'il y a une réduction du risque, ou peut-être pas, dit-il à l'AFP.

Avec leur nouvelle analyse, les chercheurs disent vouloir faire mûrir le domaine des recommandations nutritionnelles, qu'ils jugent représentatives d'une vieille école trop axée sur les bénéfices sociétaux et non individuels, afin d'aller dans le sens d'une médecine plus personnalisée.

Ils disent que les recommandations qui font généralement autorité ne soulignent pas assez que le risque absolu demeure faible, et qu'il reste très difficile d'isoler l'effet d'un aliment particulier sur toute une vie, de multiples causes autres que le régime alimentaire pouvant influer sur la santé.

Nous communiquons aux gens notre meilleure estimation de la vérité, qui est incertaine. Selon leurs propres préférences, ils peuvent décider de réduire ou d'éliminer la viande et la charcuterie, poursuit Bradley Johnston.

Mais notre recommandation est que, pour la plupart des gens, la meilleure approche est de continuer, étant donné la très faible réduction de risques et l'incertitude des preuves.

La réduction de la consommation de viande rouge et de charcuterie est un pilier des recommandations nutritionnelles dans de nombreux pays.

La dernière édition publiée en janvier par Santé publique France recommande par exemple de limiter la charcuterie à 150 grammes par semaine et les viandes autres que la volaille à 500 grammes.

Le Centre international de recherche sur le cancer, agence de l'Organisation mondiale de la Santé, classe la viande rouge comme cancérogène probable et la charcuterie cancérogène.

Conflit d'intérêts

La revue Annals of Internal Medicine a publié un correctif le 31 décembre 2019 pour signaler que le chercheur Bradley Johnston n’a pas dévoilé un conflit d’intérêts concernant cette étude, a révélé le 7 janvier le Washington Post.

Il appert que M. Johnston n’a pas rapporté que lui et l’Université Dalhousie, qu’il a depuis quittée, ont reçu plus de 75 000 $ du groupe AgriLife Research dans les 36 mois précédant la publication de l’étude.

Une telle déclaration est pourtant requise en vertu des règles adoptées par l’International Committee of Medecine Journal Editors, un réseau de publications médicales auquel adhère la revue.

Les fonds d’Agrilife ont permis de financer une méta-analyse sur les gras saturés, et non l’étude qui a été publiée par Annals of Internal Medecine.

Elle soulève néanmoins un doute sur l’objectif poursuivi par les chercheurs, indique Neal Barnard, qui a mené une campagne pour obtenir cette correction.

M. Barnard est le président de Physicians Committee for Responsible Medicine, une organisation à but non lucratif qui fait la promotion d’un régime alimentaire à base de végétaux.

Selon le doyen d’Agrilife, qui est aussi l’un des auteurs de l’étude, Patrick Stover, le groupe a financé des recherches sur le bœuf à hauteur de 4,5 millions de dollars en 2019. La moitié de cet argent vient de groupes liés à l’industrie, l’autre, de sources fédérales, dont le département américain de l’Agriculture.

Quand M. Johnston a été interrogé sur cette bourse, il a convenu qu’elle aurait dû être révélée et il a accepté de faire le changement, a expliqué la rédactrice en chef d’Annals of Internal Medecine, Christine Laine. Selon elle, la revue n'a été informée de ce lien qu’après la publication de l’étude.

La nouvelle étude critiquée

Les consignes publiées lundi ont suscité une volée de critiques dans le milieu des experts en nutrition et en épidémiologie, la discipline étudiant le rapport entre les maladies et les facteurs pouvant les causer.

Tout en approuvant la rigueur des nouvelles analyses, beaucoup différaient sur les conclusions.

Le risque de cancer colorectal lié à la charcuterie est peut-être faible, précise ainsi le professeur Tim Key, sous-directeur de l'unité d'épidémiologie du cancer à Oxford, mais à l'échelle d'une population, il n'est pas négligeable.

Le Word Cancer Research Fund a indiqué qu'il ne changerait pas ses consignes : Nous maintenons notre confiance dans la recherche rigoureuse conduite depuis 30 ans, a déclaré sa directrice de la recherche, Giota Mitrou.

Il est déprimant que tout tende à indiquer qu'après toutes ces années et des millions de participants à des études, nous n'en savons toujours pas beaucoup, conclut de son côté Kevin McConway, professeur émérite de statistiques à l'université Open.

Les consignes publiées lundi ont été approuvées par 11 des 14 chercheurs composant le panel.

Les gens devraient utiliser cela pour faire des choix mieux informés, plutôt que de se laisser dicter par des organisations ce qu'il faut faire, maintient Bradley Johnston.

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