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Fusillade du Centre Eaton : la Couronne réclame la prison à vie pour homicide involontaire

Christopher Husbands avait été reconnu coupable de meurtre non prémédité.

Christopher Husbands a été reconnu coupable d'homicide involontaire alors qu'il était accusé de meurtre non prémédité.

Photo : CBC / Alex Tavshunsky

Jean-Philippe Nadeau

À Toronto, la Couronne a réclamé la réclusion criminelle à perpétuité contre le tireur du Centre Eaton, Christopher Husbands, au premier jour des arguments finaux que les deux parties présentent aux audiences sur la détermination de la peine. L’individu de 29 ans a été reconnu coupable en février dernier d'homicide involontaire relativement à la fusillade qui a fait deux morts et six blessés en 2012.

Ces audiences sont importantes pour la Couronne dans la mesure où le criminel est techniquement admissible à une libération conditionnelle, puisqu’il a déjà purgé sept années en détention préventive. Le Code criminel lui permet toutefois d’exiger la prison à vie, même pour un homicide involontaire.

La procureure Mary Humphrey a soutenu lundi que l'individu était dangereux, parce qu'il représente un risque élevé de récidive comme en fait foi son rapport d'évaluation psychiatrique. Elle précise que Christopher Husbands est atteint d'un trouble de la personnalité antisociale.

Me Humphrey souligne que l'individu possédait déjà avant la fusillade un lourd casier judiciaire pour agression sexuelle, trafic de stupéfiants et de possession d'arme. Il a été arrêté une première fois à l'âge de 13 ans pour trafic de marijuana; à 14 ans, il transportait et cachait des armes de poing pour ses amis, dit-elle.

On voit les procureures de la Couronne Meghan Scott et Mary Humphrey à la sortie du palais de justice de Toronto.

La procureure Mary Humphrey (à droite) avec une collègue devant le palais de justice de Toronto.

Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe Nadeau

La procureure ajoute que Husbands a violé toutes les ordonnances des tribunaux et toutes les conditions de remise en liberté dans ses précédentes causes judiciaires. Elle rappelle qu’il était assigné à résidence le jour où il est allé au Centre Eaton, mais qu'il a enfreint son couvre-feu.

Toutes les conditions étaient réunies pour une tempête parfaite lorsqu'il s'est retrouvé avec une arme chargée au Centre Eaton... s'il était effectivement atteint d'un syndrome de stress post-traumatique, pourquoi n'est-il pas resté chez lui comme le lui ordonnaient les tribunaux?

Mary Humphrey, procureure de la Couronne

Le procès a montré que Christopher Husbands a tué deux jeunes hommes appartenant à un gang rival qui l'avait sérieusement blessé au couteau trois mois avant la fusillade du 2  juin 2012.

Des policiers qui sont derrières un ruban de sécurité

La fusillade du 2 juin 2012 au Centre Eaton de Toronto a fait deux morts.

Photo : La Presse canadienne / Victor Biro

Me Humphrey souligne que la libération conditionnelle de Husbands soulève de sérieuses inquiétudes. Il est calculateur, impulsif et irresponsable, il embellit la vérité au sujet de ses antécédents, il n’a aucun respect pour les autres et n’éprouve aucun remords, il place ses intérêts au-dessus de tout, conclut Me Humphrey qui reprend les grandes lignes du rapport du psychiatre Julian Gojer.

La Couronne a donc réclamé la prison à vie pour le verdict d'homicide involontaire, ainsi que 14 ans pour les cinq chefs de voies de fait graves, 10 ans pour l'accusation de négligence criminelle ayant causé des blessures et 14 ans pour celle de maniement inconsidéré d'une arme à feu en public.

Position de la défense

La défense du criminel soutient au contraire que son client a bien agi par légitime défense et qu'il souffrait d'un syndrome de stress post-traumatique lorsqu'il a dégainé son arme en direction d'Ahmed Hassan, 24 ans, et de Nixon Nirmalendran, 22 ans, au Centre Eaton. Elle a donc demandé une peine variant de 12 à 15 ans de prison.

L'avocat Dirk Derstine affirme que son client ne pouvait savoir qu'il se retrouverait ce soir-là face à face avec le groupe qui l'avait poignardé trois mois plus tôt. Il était allé acheter une paire de patins à roues alignées et casser la croûte, répète-t-il. La fusillade qui s'en est suivie était donc imprévisible selon lui.

On voit un sketch judiciaire représentant l'avocat de la défense de Christopher Husbands, Dirk Derstine, en train de plaider au lutrin dans le prétoire du tribunal.

L'avocat de la défense de Christopher Husbands, Dirk Derstine, plaide au lutrin.

Photo : Radio-Canada / Pam Davies

Me Derstine demande par ailleurs au juge O’Marra de la Cour supérieure de l’Ontario de replacer dans leur contexte les accusations qui ont précédé celles relatives à la fusillade, parce que son client a eu une enfance difficile.

L'avocat affirme par exemple que Christopher Husbands a été victime de discrimination raciale et il appelle à ce sujet son dernier témoin, une experte en criminologie de l'Université de l'Alberta qui se spécialise dans la violence armée à Toronto.

Photo des trous de balle dans la porte d'une demeure de Regent Park

La porte d'un appartement criblée de balles dans Regent Park avant les travaux de revitalisation du quartier.

Photo : Radio-Canada

Marta-Marika Urbanik rappelle d’abord que Christopher Husbands a grandi dans le quartier défavorisé Regent Park de Toronto, où la population noire est victime, selon elle, de préjugés raciaux.

Les perceptions de discrimination font en sorte que les jeunes Noirs se comportent de façon négative [face à la loi], parce qu'ils se sentent injustement traités dès l'enfance à l'école, puis à l'emploi.

Marta-Marika Urbanik, assistante-professeure, Université de l'Alberta

Mme Urbanik cite de nombreuses études qui montrent que les Noirs sont la cible des policiers plus que tout autre groupe de couleur à être de la métropole et qu'ils sont surreprésentés dans la population carcérale en Ontario. Cette victimisation mène à la marginalisation sociale, puis à des problèmes d'anxiété, de dépression et de stress post-traumatique, poursuit-elle.

Une banderole de police jaune et une autopatrouille bloquent une partie de la rue Dundas.

Christopher Husbands avait ouvert le feu dans l'aire de restauration située au sous-sol du Centre Eaton.

Photo : CBC/Jeremy Cohn

Mme Urbanik ajoute que les Noirs sont par ailleurs plus enclins à ne pas collaborer avec la police à cause d’un code du silence qui existe, selon elle, dans leur communauté. On comprend dans ce témoignage que la défense cherche à expliquer la raison pour laquelle son client n’a pas dénoncé à la police ceux qui l’avaient agressé le 28 février 2012.

Il s’agit du second procès de Christopher Husbands. Le premier avait été annulé après que la défense eut porté le verdict de culpabilité en appel devant le plus haut tribunal de la province pour une erreur que le juge avait commise au sujet de la sélection du jury.

La Couronne a déjà fait appel du second verdict de culpabilité, parce que le jury a acquitté il y a six mois Christopher Husbands de l'accusation principale de meurtre non prémédité.

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Toronto

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