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La division entre les Sino-Canadiens, un terrain électoral miné

Le reportage de Laurence Martin

Photo : Radio-Canada / Martin Diotte

Radio-Canada

Guerre commerciale annoncée, escalade de la violence entre les autorités chinoises et les protestants hongkongais, diplomatie mise à mal, la relation entre le Canada et la Chine pourrait influencer le vote des citoyens d'origine chinoise. Croire que ces électeurs forment un bloc monolithique serait mal avisé, selon certains de ses membres et des experts, car les divisions sont profondes.

Dans un restaurant de Vancouver, Victor Feng et Vincent Zhu discutent d’enjeux électoraux. Près de 60 % des résidents de la circonscription fédérale de Richmond-Centre, conservatrice depuis 2008, sont issus de communautés immigrantes chinoises. Or, la position d’Andrew Scheer sur la Chine pourrait brouiller les cartes.

Justin Trudeau a dit que le Canada n'allait pas se laisser faire. Là, Andrew Scheer en remet et affirme qu'il faut être encore plus ferme. Ce n'est pas constructif pour nos relations commerciales, croit M. Feng.

Deux hommes et une femme mangent dans un restaurant de Vancouver.

M. Feng et M. Zhu aiment les valeurs promues par le Parti conservateur, notamment la répression du crime ou encore la réduction des taxes, mais la position du chef Andrew Scheer sur la Chine leur déplaît, a constaté la journaliste Laurence Martin.

Photo : Radio-Canada

Il [Andrew Scheer] peut être dur avec la Chine, mais que va-t-il se passer? Est-ce que la Chine va s'en soucier? Le Canada peut-il en profiter ou sera-t-il lésé par ces politiques? s’interroge pour sa part M. Zhu.

À quelques kilomètres de là, dans un salon de l’Université de la Colombie-Britannique (UBC) une demi-douzaine d’étudiants écrivent des lettres de soutien aux manifestants emprisonnés à Hong Kong.

Ici, on croit au contraire que le Canada doit dénoncer plus fermement le caractère « autoritaire » du gouvernement chinois.

J'aurais aimé que le gouvernement de Justin Trudeau soit plus ferme, dit l’un d’eux. Ça n'a pas eu d'impact sur la position de Pékin.

Gros plan sur un message de support envers les manifestants hongkongais avec, en arrière-plan, des étudiants.

Des étudiants se sont rassemblés à l'UBC pour écrire des cartes de soutien aux manifestants hongkongais.

Photo : Radio-Canada

Le terrain miné du conflit Chine-Hong Kong

Le conflit qui perdure et les heurts entre des manifestants hongkongais et les forces policières sont ressentis très intensément, au sein de la diaspora chinoise, explique Ian Young, un correspondant du journal South China Morning Post.

C’est une question importante, et peut-être une des raisons pour lesquelles bon nombre de politiciens sont restés silencieux, parce que c’est une question qui divise.

Ian Young, correspondant du journal « South China Morning Post »

À Vancouver, il y a environ deux fois plus d'immigrants provenant de la Chine continentale que de Hong Kong. Si vous prenez une position ferme en faveur des protestataires, il y a un grand risque de contrecoup parmi les [membres de la] communauté chinoise, dont certains soutiennent le gouvernement avec vigueur, dit-il.

Un homme en pointe un autre devant une foule aux couleurs du drapeau chinois.

Plusieurs manifestations ont eu lieu au cours des derniers mois à Vancouver.

Photo : Radio-Canada / Jon Hernandez

M. Young cite notamment la circonscription de Steveston—Richmond-Est, où la participation d’un assistant du candidat libéral sortant, Joe Peschisolido, à une manifestation pro-Pékin n’est pas passée inaperçue.

L’information s'est rapidement propagée à travers la communauté hongkongaise, et M. Peschisolido est désormais considéré comme « pro-Chine », raconte-t-il.

La diaspora chinoise est divisée, rappelle le professeur Yves Thibergien, spécialisé en études chinoises à l'UBC. Les politiciens canadiens n’ont pas avantage à prendre position dans ce conflit. Chaque prise de position risque d'aliéner des électeurs « pro » ou « anti » Pékin, selon lui.

C'est difficile pour un parti politique d'être gagnant-gagnant, quelle que soit la position qu'on prenne.

Yves Thibergien, professeur à l'UBC

Pour Victor Feng, le Canada ne devrait pas prendre position. Je ne crois pas que ça aide à calmer la situation, dit-il. Les partis devraient condamner la violence, simplement.

M. Feng recommande malgré tout à ses compatriotes de regarder plus loin que cette question spécifique. Est-ce que la plateforme est bonne pour les intérêts nationaux [et] au peuple canadien? C’est ce qui importe, précise-t-il.

Avec les informations de Laurence Martin

Colombie-Britannique et Yukon

Élections fédérales