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Le conflit avec la Chine fait perdre des centaines de millions aux producteurs de porcs

Les autorités ignorent pour l'instant la cause du sinistre, mais ne suspectent pas un acte criminel.

Photo : Associated Press / Gerry Broome

Marc-Antoine Lavoie

Un producteur de porcs de la région de Montmagny devra composer avec près d’un million de dollars de moins en banque cette année. Maxime Gosselin exige des mesures concrètes de la part des partis fédéraux, alors que la guerre commerciale entre la Chine et le Canada lui fait mal depuis un an.

Les répercussions de ce conflit sont importantes pour Maxime Gosselin qui produit 40 000 porcs annuellement. Ses pertes financières étaient observables bien avant la fermeture du marché chinois au mois de juin, indique-t-il.

Ce producteur déplore le fait qu'il doive faire les frais d’un conflit politique causé par l’arrestation en décembre 2018 de Meng Wanzhou, une personne haut placée du fleuron technologique chinois Huawei.

Depuis un an, on est à peu près à 20 $ du cochon de moins qu'on aurait dû avoir. C'est énorme, dit le producteur de Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud, en précisant qu'il n’enregistrera pas de profit cette année pour cette raison.

Maxime Gosselin dans sa porcherie.

Maxime Gosselin subira des pertes de 800 000 $ en 2019.

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Les Chinois présentement ont besoin de viande. Ils ont des problèmes de maladie [peste porcine africaine]. Nous, nous sommes capables de fournir de la viande de qualité, mais le contexte politique fait en sorte qu'on a des barrières, critique-t-il.

Crainte de pertes permanentes

La Chine représentait, en 2018, un marché de 283 millions de dollars pour les éleveurs de porcs québécois, pour un total d’environ 500 millions au Canada.

Le producteur Maxime Gosselin explique que les Européens, les Chiliens et les Brésiliens, notamment, tentent de se tailler une plus grande place en terrain chinois depuis que le Canada en est exclu.

M. Gosselin craint qu’un conflit à long terme n'entraîne des pertes irrécupérables. S’ils font la même qualité et qu’ils réussissent à répondre aux critères chinois, est-ce qu'on va réussir à reprendre la place qu'on avait?, s’inquiète-t-il.

Conflit politique, solution politique

Du côté des Éleveurs de porcs du Québec, l'organisation estime à 265 millions de dollars les pertes de revenu potentiel depuis un an au pays.

Ça crée de l'incertitude au niveau de nos producteurs sur le terrain. On a des investissements à faire au niveau du bien-être animal dans les prochaines années, donc c'est un contexte qui est très difficile pour l'ensemble des producteurs, soutient le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.

Le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy.

Le président des Éleveurs de porcs des Deux Rives, Louis-Philippe Roy

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Selon lui, la solution est simple. Ottawa doit apporter une aide financière au producteur pour pallier le conflit politique. Les États-Unis ont déjà dédommagé leurs producteurs, souligne-t-il. Le Canada estime pour le moment qu’il est trop tôt pour ouvrir une telle enveloppe.

C'est une mauvaise réponse pour l'ensemble de nos producteurs. Ça fait un an que nos producteurs sont dans une incertitude avec des prix qui sont vraiment bas, critique-t-il.

En pleine campagne électorale, l'organisation demande aux partis politiques d’exprimer leurs solutions pour mettre fin à cette crise.

Le prochain gouvernement fédéral doit prendre position et doit mettre en place dès les élections un plan de match pour justement être capable de rouvrir le marché chinois.

Louis-Philippe Roy, président des Éleveurs de porcs des Deux Rives

Cycle brisé

Les producteurs de porc du Canada sont habitués aux fluctuations du marché, puisque le prix qu’ils obtiennent est annexé à celui offert aux Américains.

Quand c'est une année difficile, on économise. Mais quand c’est une bonne année, c'est le temps d'engranger pour investir pour être compétitif quand on va reprendre le bas du cycle, décrit Maxime Gosselin.

Une porcherie derrière un champ de maïs dans un paysage d'automne.

La porcherie de Maxime Gosselin à Saint-Pierre-de-la-Rivière-du-Sud

Photo : Radio-Canada / Marc-Antoine Lavoie

Le problème, c'est que la dernière bonne année date de 2014, et les espoirs étaient grands pour 2019.

On était dû pour avoir une bonne année. Le contexte politique fait en sorte qu'on la manque. Si on encaisse deux bas de cycle en ligne, ça va être difficile, affirme le producteur.

Que disent les partis politiques au fédéral?

  • Parti libéral du Canada

Nous sommes disposés à augmenter l’appui fédéral aux agriculteurs pour les aider à gérer les risques qui sont indépendants de leur volonté. Pour faire en sorte que les agriculteurs aient accès à l’aide dont ils ont besoin quand ils en ont besoin, nous procéderons à un examen de nos programmes de gestion des risques pour les entreprises, en portant une attention particulière au besoin de stabilité de nos agriculteurs.

Aussi, afin d’offrir aux producteurs et aux transformateurs d’aliments une aide accrue et plus rapide, et d’atteindre notre objectif de faire du Canada le deuxième exportateur de produits agricoles du monde d’ici 2025, nous allons fusionner les services financiers et consultatifs actuellement répartis entre plusieurs organismes pour les regrouper sous Financement agricole Canada, qui verra son mandat élargi et renforcé.

  • Parti conservateur du Canada

Nous voulons retirer immédiatement le Canada de la Banque asiatique d’investissement dans les infrastructures. Nous comptons également déposer sans délai une plainte devant l’Organisation mondiale du commerce, augmenter les inspections de toutes les importations chinoises et examiner des représailles tarifaires possibles sur les importations chinoises.

Les Canadiens méritent de la force et de la compétence sur la scène mondiale et s’attendent à en recevoir, plutôt que de subir de la faiblesse et des échecs répétés. Les conservateurs du Canada ne cessent de démontrer que nous allons affronter la Chine et soutenir le secteur agricole du Canada.

  • Nouveau Parti démocratique du Canada

Nous nous engageons à indemniser les producteurs de leurs pertes, ils ne devraient pas payer le prix des erreurs diplomatiques de Justin Trudeau. En ce qui concerne la détérioration des relations avec la Chine, la solution devra finalement être diplomatique. Nous devons défendre les emplois canadiens et les voies diplomatiques ouvertes. La démarche conservatrice consistant à envoyer un signe à la Chine sera contre-productive, et les libéraux ne comprennent pas l'urgence de la situation. Nous aurons un engagement constructif avec les autorités chinoises jusqu'à ce que les différends commerciaux soient résolus.

  • Parti vert du Canada

L’embargo sur le porc canadien a été imposé injustement au Canada après que quelqu’un eut apposé de fausses étiquettes sur sa marchandise, essayant de la faire passer pour du porc canadien. Cela témoigne de la grande qualité des produits canadiens. Un gouvernement vert travaillerait diplomatiquement pour mettre fin à l’embargo. Il protégerait les producteurs en remaniant les programmes de gestion des risques de l’entreprise afin de réagir plus rapidement aux catastrophes qui menacent nos agriculteurs.

Radio-Canada a communiqué avec les principaux partis pour leur permettre de répondre à nos questions.

Québec

Agriculture