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À la recherche de la plus petite (et mignonne) chouette du Québec

Gros plan sur une main qui tient une petite chouette.

Le biologiste Jonathan Gagnon passe des nuits àtenter de capturer la plus petite des chouettes du Québec, la nyctale.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Passer la nuit à tenter de capturer la plus petite des chouettes du Québec : c'est le passe-temps d’un biologiste de Rouyn-Noranda.

De début septembre à la fin octobre, ce diplômé de l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) tend des filets dans sa cour arrière du quartier D'Alembert pour documenter la migration de la petite nyctale, espérant ainsi prendre son fils de cinq ans dans les filets de sa passion pour l'ornithologie.

Un homme avec une lampe frontale sur la tête tient dans ses mains une petite chouette.

Le biologiste Jonathan Gagnon part à la recherche des petites nyctales la nuit.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Sitôt les enfants au lit et démarré l'enregistrement du cri de ce tout petit rapace, Jonathan Gagnon sent que les chances de succès sont bonnes.

Ah! Écoute! Petite nyctale! Les conditions sont parfaites, dit-il. Ni pluie ni vent. Et surtout pas de pleine lune. L’impression qu’on a, c’est qu’il fait trop clair et là on se questionne : est-ce que la chouette migre moins quand il fait trop clair ou c’est tout simplement qu’elle voit très bien nos filets?, s’interroge-t-il.

Elle est tout près, environ 20 mètres max, chuchote-t-il pendant le trajet d’une centaine de mètres entre les deux installations.

Un homme tient une petite chouette avec sa main gauche et prend des notes avec sa main droite alors que son fils, assis sur les genoux de sa mère de l'autre côté de la table regarde.

Le fils de Jonathan Gagnon aime observer lorsque son père pèse, mesure et observe les nyctales qu'il capture.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Objectif : attraper des nyctales, noter leur poids, la taille de leurs ailes, leur âge et leur sexe, les baguer, les relâcher… et attendre qu’elles se prennent dans d’autres mailles pour comparer les données.

Le biologiste explique qu’à l'automne, on peut ainsi non seulement suivre la migration de la petite chouette, mais aussi évaluer le succès de la nidification pendant l'été. Il a un numéro à une patte, on sait d'où provient l'oiseau, en quelle année il a été bagué et ainsi de suite, explique-t-il. Pour la science, ce sont des données sur les oiseaux qui sont relativement faciles à acquérir et qui donnent beaucoup d'informations.

Une autre motivation, ce sont mes enfants.

Jonathan Gagnon, biologiste

Les années où j’attrape 95 % de jeunes, ça veut dire que ça a été une bonne année, explique le passionné d'ornithologie. Ça a niché, il y avait beaucoup de rongeurs sûrement. Et une année, comme les deux dernières années, où 75 % de mes oiseaux sont des adultes, on comprend que ça a été très mauvais en nidification.

Des connaissances relativement récentes

Il ajoute que l'intérêt scientifique pour ce rapace nocturne est relativement récent dans la région. On documente ses habitudes alimentaires, reproductives et migratoires dans le vaste réseau de nichoirs déployés sur le territoire par l’UQAT où la petite nyctale côtoie canards et crécerelles : de Normétal au nord, à Cloutier au sud, en passant par le lac Abitibi, à la frontière avec l'Ontario à l'ouest, et jusqu'à Guyenne/Launay à l'est.

Des mains tiennent une petite chouette au-dessus d'une table avec des feuilles de notes et une calculatrice.

Jonathan Gagnon pèse, mesure et observe chaque oiseau qu'il capture.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Mais pourquoi tant d’attention? Est-elle menacée? Du tout. En fait, grâce à des projets comme ça, on apprend que la petite nyctale est partout. Avant 2002, je pense qu'il n'y avait même pas de mention en Abitibi, rappelle-t-il.

Il fait valoir que le chercheur de l’UQAT Louis Imbeau, qui a supervisé ses travaux de maîtrise, a aussi largement contribué à l’avancement des connaissances à ce sujet, tout comme le seul autre témiscabitibien doté d’un permis de baguage, Jonathan Fréchette, au Témiscamingue.

Le suivi des réseaux de nichoirs a par ailleurs révélé qu’elle se reproduisait jusqu’en Minganie; l’espèce a même été notée à Anticosti, où on ne l’avait pas trouvée lors de la campagne du premier atlas et où sa présence est considérée comme exceptionnelle, peut-on lire dans le Deuxième atlas des oiseaux nicheurs du Québec méridional, paru en avril dernier, auquel les ornithologues de l’Abitibi-Témiscamingue, dont Jonathan Gagnon, ont largement contribué.

Tout vient à point à qui sait attendre

Deux sacs en tissus avec de petites masses noires à l'intérieur sont déposés sur une table.

Jonathan Gagnon dépêtre doucement les nyctales de leur piège et les glisse dans un sac en tissu.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Après deux tournées infructueuses espacées par des périodes d’attente de 45 minutes, vers 23 h, 2 oiseaux sont faits prisonniers. Jonathan Gagnon les dépêtre doucement de leur piège et les glisse dans un sac en tissu. Il dépose les sacs sur la table de la cuisine et va chercher son fils de cinq ans qui lui a fait promettre de le réveiller s’il parvenait à capturer des chouettes.

Pour en voir plus: Jonathan Gagnon à l'émission Fou des oiseaux (Nouvelle fenêtre)

Le plaisir de capturer l'oiseau, le manipuler, le baguer, l'espèce de plaisir enfantin de toucher l'oiseau. Si tu n'as pas ce plaisir, ce défi ou cette volonté-là, tu ne feras pas ça. C'est beaucoup de travail... et je travaille demain matin!

Jonathan Gagnon, biologiste

Tour à tour, il pèse, mesure et observe chaque oiseau. Les plumes des ailes du premier individu, uniformément brunes, lui permettent de déterminer qu’il s’agit d’un jeune.

Pour le deuxième, Jonathan Gagnon utilise une lampe noire pour distinguer deux tons des plumes à l’intérieur des ailes. Elles datent d’époques différentes, c’est un adulte. Un ratio entre le poids des petites nyctales (100,4 grammes pour la plus « lourde ») et la longueur de leurs ailes permet de déterminer qu’il s’agit de deux femelles.

Jonathan Gagnon tient une petite chouette dans sa main gauche.

Jonathan Gagnon explique qu'à l'automne, on peut suivre la migration de la petite chouette, mais aussi évaluer le succès de la nidification pendant l'été.

Photo : Radio-Canada / Émilie Parent-Bouchard

Mon garçon, on voit dans son visage à quel point ça l'allume. Il devient rayonnant quand il voit une chouette, relate Jonathan Gagnon, dont la conjointe aussi biologiste tient le petit qui somnole. Si je réussis à me rendre au moment où mon garçon voudra lui-même commencer à baguer, ça aussi c'est une motivation, d'amener mon fils à vouloir s'occuper des animaux.

À minuit et demi, Jonathan Gagnon ferme ses filets. Les deux petites chouettes qu’il a baguées le 28 septembre sont les quatorzième et quinzième de l’année... une année ordinaire selon le biologiste. Il tendra quand même ses filets jusqu'à la fin octobre, voire jusqu'au mois de novembre si les conditions le permettent. Parce que de libérer ces petits oiseaux d’à peine cent grammes, ainsi sont faites les soirées automnales du biologiste.

Pour écouter le reportage d'Émilie Parent-Bouchard présenté à Région zéro 8, cliquez ici.

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