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Éducation : le système du Québec, « un boulet » pour le Canada

Un élève dans une classe.

Le Mouvement invite à mettre fin au financement public des écoles privées et à « unifier » le système public.

Photo : iStock / noipornpan

Jean-Philippe Guilbault

Dans son dernier rapport qui se fonde sur les résultats des provinces canadiennes aux tests de l’OCDE, le Mouvement L’école ensemble dénonce la « ségrégation » dans le système scolaire québécois qui serait le moins équitable au pays.

Le Mouvement L’école ensemble a demandé à l'Organisation pour la coopération et le développement économique (OCDE) de ventiler les résultats du dernier test du Programme international pour le suivi des acquis des élèves (PISA) pour chacune des provinces canadiennes.

Ce test, dévoilé originalement en octobre 2018, ne contenait que le résultat canadien. Or, fait remarquer le Mouvement, il n’existe pas de système d’éducation canadien, mais bien 10 systèmes d’éducation provinciaux distincts.

Ainsi, le Mouvement a été en mesure d’isoler le résultat du Québec qu’il qualifie de boulet pour le Canada.

[S]ans le Québec, le Canada se hisserait sur le podium des pays les plus justes avec l’Islande et l’Estonie. Le Québec, lui, a le niveau d’iniquité des États-Unis, soutient dans un communiqué le coordonnateur du Mouvement, Stéphane Vigneault.

Le Mouvement L'école ensemble a été créé en 2017 par des parents souhaitant mettre fin à « la ségrégation scolaire ». Il fait pression auprès du gouvernement pour notamment mettre fin au financement public des écoles privées.

Pour calculer l’équité d’un système d’éducation, l’OCDE analyse quatre critères repris par le rapport du Mouvement : dans tous les cas, le Québec est bon dernier parmi les provinces canadiennes.

Premier facteur, le taux de variation de performance entre élèves favorisés et défavorisés justifié par des facteurs socioéconomiques. Il s’agit de l’écart de réussite entre les deux catégories d’élèves causé par des facteurs socioéconomiques hors du contrôle de l’élève.

Le Québec a l’écart le plus élevé au pays à 11,2 %. L’Ontario a un écart de 8,3 % et l’Île-du-Prince-Édouard, en tête des provinces, présente un écart de 2,8 %.

À l’international, un pays comme l’Islande a un écart de 4,9 % et les États-Unis présentent un écart semblable à celui du Québec à 11,4 %.

Un deuxième critère analysé par l’OCDE est l’écart de performance global entre les élèves favorisés et défavorisés.

Au Québec, cet écart est de 78 points. La moyenne des autres provinces, sans le Québec, est de 66,9 points.

Troisième critère, le pourcentage d’élèves défavorisés dans des écoles défavorisées, et le pourcentage d’élèves défavorisés dans des écoles favorisées.

Selon le Mouvement, cet indicateur permet de mesurer l’« effet de concentration de la défavorisation ».

Au Québec, près de la moitié (49,6 %) des élèves défavorisés évoluent dans des écoles jugées défavorisées. Et à l’inverse, seuls 5,2 % des élèves défavorisés sont inscrits dans des écoles favorisées.

Le dernier critère analysé par l’OCDE se fonde également sur les disparités entre milieux favorisés et défavorisés : il s’agit de l’écart de performance des élèves défavorisés selon qu’ils fréquentent une école favorisée ou défavorisée.

Ainsi, au Québec, l’écart est de 88 points, un sommet au Canada alors que la moyenne provinciale est de 46,2 points.

Dans certains pays performants (Islande, Finlande, Norvège), on n’observe aucun point d’écart de performance chez les élèves défavorisés selon le type d’établissement qu’ils fréquentent, note le Mouvement dans son rapport.

Fin du financement public du privé

Au Québec, si on arrive avec un retard à l’école, on va en ressortir avec un retard, a résumé sur les ondes de RDI M.Vigneault.

À la lumière de ces résultats, le Mouvement L’école ensemble dresse des recommandations pour le gouvernement de François Legault.

La voie vers un système équitable est toute tracée : il faut mettre fin au financement des écoles privées par les contribuables. Il faut aussi mettre fin à la sélection dans les écoles publiques, a expliqué Sylvain Vigneault. Il faut commencer par ces deux actions-là.

Par la suite, le Mouvement suggère de maintenir l’enseignement différencié pour les élèves en difficulté au sein des classes communes et de revoir les bassins scolaires pour le réseau public unifié.

Comme la carte électorale, la carte scolaire sera reconfigurée à intervalles réguliers, note le Mouvement dans son rapport.

Le coordonnateur du Mouvement indique d’ailleurs percevoir une « ouverture » de la part du premier ministre, mais l’invite à lancer des actions concrètes.

Si je pouvais parler à M. Legault, je lui dirais que s’il veut faire baisser le décrochage, faire monter les résultats, augmenter la cohésion sociale et baisser les coûts, laissez faire pour l’instant la fin des commissions scolaires ou les maternelles 4 ans, explique-t-il. Ou bien faites-le, mais commencez par nous donner un système d’éducation équitable parce que sans ça, toutes vos autres initiatives sont vouées à l’échec.

Un rappel des constats du Conseil supérieur de l'éducation

Pour Emmanuelle Doré, professeure invitée au Département de didactique de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), les résultats obtenus par le Mouvement ne sont pas surprenants puisqu'ils s'inscrivent dans la continuité du rapport publié en septembre 2016 par le Conseil supérieur de l'éducation (CSE) : Remettre le cap sur l'équité.

Le CSE s'était aussi penché sur les résultats du Québec aux tests PISA, mais ceux de 2012, pour dresser un portrait accablant pour la province et son système d'éducation.

Au lieu d’atténuer les inégalités sociales, le fonctionnement du système scolaire québécois contribue donc en partie à leur reproduction, pouvait-on y lire.Les enfants des milieux défavorisés et ceux qui éprouvent des difficultés d’apprentissage sont surreprésentés dans les classes ordinaires des écoles publiques, ce qui peut créer dans ces classes des contextes moins propices à l’apprentissage [et à l’enseignement].

Ces données avaient aussi été mises en relation avec d'autres études, ce qui démontre la solidité de l'étude menée par le CSE à l'époque, explique Mme Doré.

La problématique est validée par la recherche, résume-t-elle.

Là où elle met un bémol, c'est par rapport aux recommandations du Mouvement L'école ensemble qui diffèrent de celles faites par le CSE en 2016. À son avis, la réorganisation du financement public ne suffira pas à régler le problème des piètres performances du Québec.

Les questions qui sont en jeu ici sont très profondes et sont en lien avec des problèmes systémiques qu’on ne peut pas nécessairement régler avec des moyens, explique la professeure. Il faudrait un chantier majeur pour impliquer les acteurs [du milieu].

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